“ Je dirai seulement quelques mots des bardes slaves ou joueurs de guzla, comme on les appelle. La plupart sont des vieillards fort pauvres, souvent en guenilles, qui courent les villes et les villages en chantant des romances et s’accompagnant avec une espèce de guitare, nommée guzla, qui n’a qu’une seule corde faite de crin. Les oisifs, et les Morlaques ont peu de goût pour le travail, les entourent, et quand la romance est finie, l’artiste attend son salaire de la générosité de ses auditeurs. ”
Guzla
Définition et enjeux
Citations sur “guzla”
Édouard Montagne,
Le Bâtard de Ravaillac, par Édouard Montagne
(1883)
“ Ce fut l'explosion subite des effluves d'amour, emprisonnes par le remords dans le coeur du moine : – Grâce ! ma Guzla bien-aimée ! balbutia-t-il d'une voix navrée. Ne pleures pas ? Ne doutes plus de moi ! Ne sens-tu pas que je t'aime, que je t'adore toujours à me damner ! Mais comprends-tu, Guzla, ce que c'est que d'être élevé dans cette religion si menaçante pour les fautes du coeur ?.... De ne pouvoir arracher de son esprit ces idées qui y ont germé depuis l'enfance, d'entendre chaque nuit une voix intérieure qui vous crie « sacrilége ! » ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ Un joueur de guzla se croirait déshonoré s’il traitait un sujet que les vieilles femmes racontent dans les villages.Ainsi jamais aucun guzlar ne se serait laissé séduire à l'histoire du bey Janco Marnavich telle que Mérimée l'a imaginée. Mais la douleur du bey «qui cherche les lieux déserts et se plaît dans les cavernes des heyduques», cette douleur inconsolable; ce morne désespoir; sa mort enfin causée par le remords d’avoir lui-même tué son fidèle ami: tout cela constitue un thème bien digne de la poésie populaire ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ Qu'est-ce que la guzla? Qu'est-ce que Hyacinthe Maglanovich? A-t-on jamais ouï parler du bey de Veliko, du bey de Moïna, de Constantin Yacoubovich et des deux grands guerriers Lepa et Tchernyegor? Wurtz! ah! quel nom, grand Dieu! quel Hector que ce Wurtz! ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ Le vieux bey laisse tomber sa guzla, il dégage de sa ceinture multicolore son hanzar redoutable et, à travers les barres de fer, tue sa petite-fille et se laisse, à son tour, tuer par ses ennemis pour sauver sa tribu menacée. «Et, ajoute le poète, l'histoire du bey Spalatin, de sa petite-fille morte et de sa tribu délivrée, est la plus belle qui ait été jamais chantée sur la guzla.» ”
“ O Lepà ! ô Tchernyegor ! le vent s’élève, vous pouvez déployer toutes vos voiles. La sainte Vierge et Saint-Eusèbe veillent sur vos légers vaisseaux ; ils sont comme deux aigles qui descendent de la montagne noire pour ravir des agneaux dans la plaine. 4. Lepà est un brave guerrier et Tchernyegor est aussi un brave soldat. Ils prennent beaucoup d’objets précieux aux riches fainéans des villes ; mais ils sont généreux pour les joueurs de guzla, comme les braves doivent l’être : ils font l’aumône aux pauvres.2 ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ «On appréciera comme nous la compétence du traducteur (dont nous ignorons le nom) lorsque nous aurons dit que, Italien de naissance, il avait pour mère une Morlaque de Spalato dont la langue lui était familière à l'égal de la sienne.»Après quoi, le critique cita abondamment la préface de la Guzla et la Notice sur Hyacinthe Maglanovich; il remarque toutefois que Mérimée donne de l'instrument serbe une autre description que M. Bowring. Il s'agissait de savoir si la guzla n'avait qu'une seule corde, comme le disait la traduction française, ou trois, comme le prétendait l'Anglais. ”
“ Hyacinthe Maglanovich est le seul joueur de guzla que j’aie vu, qui fût aussi poëte ; car la plupart ne font que répéter d’anciennes chansons, ou tout au plus ne composent que des pastiches, on prenant vingt vers d’une ballade, autant d’une autre, et liant le tout au moyen de mauvais vers de leur façon. ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ Avec raison, M. Filon remarque qu'il ne leur manque que la versification pour être vrais chefs-d'œuvre du genre.À un point de vue plus général, nous pourrions dire que la Guzla, considérée comme document de «Mil huit cent trente, époque fulgurante», se rattache surtout à ce courant caractéristique de la nouvelle école, où fraternisent la littérature et la peinture, où l'on est amoureux du ciel levantin, des visages basanés, de la bijouterie orientale. ”
“ Nicéphore m’aimait avant le riche bey de Moïna. 5.Nicéphore. Chantez, musiciennes, chantez comme des cigales ! Je n’ai que dix pièces d’or ; j’en donnerai cinq aux musiciennes, cinq aux joueurs de guzla. — Oh, bey de Moina ! pourquoi me regardes-tu avec crainte ? N’es-tu pas le bien-aimé de la belle Sophie ? n’as-tu pas autant de sequins que de poils blancs à la barbe ? Mes pistolets ne te sont pas destinés. Hou ! hou ! ma jument noire, galoppe à la vallée des pleurs : ce soir je t’ôterai bride et selle ; ce soir tu seras libre et sans maître 6. ”
Édouard Montagne,
Le Bâtard de Ravaillac, par Édouard Montagne
(1883)
“ Dans ses flancs devaient se perdre chaque j our les flots de rhéthorique passionnée, quintessenciée bien inutilement par les raffinés et les muguets avignonnais La Guzla ouvrait consciencieusement chacune des épitres qu'elle passait presque aussitôt à la duègne. – Toujours le même style, toujours la même déclaration, répétait-elle en hâtant sa besogne. Protestations pour la vie, dévouements sans bornes, désespoirs, folies ! Au panier ! ”
“ C’est pourquoi ils ont gagné le cœur des plus belles femmes. Lepä a épousé la belle Yevekhimia ; Tchemyogor a épousé la blonde Nastasia ; et quand ils revenaient de la mer, ils appelaient d’habiles joueurs de guzla et se divertissaient en buvant du vin et de l’eau-de-vie. 6. Quand ils eurent pris une riche barque, ils la tirèrent à terre, et ils virent une belle robe de brocard3. Celui à qui elle était dût être bien triste de perdre cette riche étoffe ; mais cette robe pensa causer un grand malheur, car Lepà l’a convoitée et Tchernyegor aussi. ”
Édouard Montagne,
Le Bâtard de Ravaillac, par Édouard Montagne
(1883)
“ Il céda à la tentation touchante d'imprimer à ce front abattu un baiser d'adieu, de pardon, peut-être de tendresse réveillée ! L'attouchement de ses lèvres brûlantes eut un effet presque miraculeux sur Guzla qui s'affaiblissait rapidement dans un état comateux. Elle sortit de son assoupissement morbide. Elle devina à quel usage était réservée l'arme étincelant au poing d'Angel. Tout son être se raidit par un effort spasmodique. Elle recrouvra la voix. et aussi la passion initiatrice de sa prime jeunesse. – Pitié ! Grâce pour toi ! sanglotait-elle, en cherchant à désarmer le proscrit ”
“ Hélène a mis son bonnet garni de tresses d’argent et son beau manteau rouge brodé.2 Elle a chaussé de forts souliers de buffle3, et elle est partie pour la montagne au moment où le soleil se couchait. 5. Les beys d’Ostrowicz sont assis autour d’un feu. Les uns polissent leurs armes ; d’autres font des cartouches. Sur une botte de paille est un joueur de guzla qui charme leur veille. 6. Hadagny, le plus jeune d’entre eux, tourne les yeux vers la plaine. Il voit monter quelqu’un qui vient observer leur camp : soudain il se lève et saisit un long fusil garni d’argent. ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ Pas plus que le vampirisme, un guzlar n'aimerait à chanter le mauvais œil. Plus ancienne que la précédente, cette dernière superstition est moins grossière et trouve un fondement véritable dans l'observation de certains phénomènes naturels. Les Grecs ont eu terreur du mauvais œil; ils ont cru au charme funeste des paroles louangeuses; ne pouvant trouver d'explications à certaines maladies qui s'abattaient sur les troupeaux ou sur les hommes, il leur était commode de croire aux jeteurs de sort. ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ CHAPITRE VII «La Ballade de l'épouse d'Asan-Aga.»§ 1. Analyse du poème.—§ 2. Traductions étrangères: en Allemagne; en Angleterre; en France; autres traductions.—§ 3. La traduction de Mérimée. Conclusion.La Triste ballade de la noble épouse d'Asan-Aga est la seule pièce authentique qui se trouve dans la première édition de la Guzla. Elle y occupe la dernière place [692] , et c'est aussi par elle que nous finirons cette partie de notre étude.Nous avons dit comment, en 1774, l'Italien Fortis révéla à l'Europe littéraire ce poème «morlaque» destiné à devenir célèbre [693] . ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ Je suppose, dit-il, que cette chanson, dont on a donné un extrait dans une revue anglaise, a fourni à l'auteur du théâtre de Clara Gazul l'idée de l'Amour africain [560] .Si nous avons affaire dans _les Pobratimi _à un petit drame: le drame de l'amour sacrifié à l'amitié, nous trouvons dans la troisième ballade: la Querelle de Lepa et de Tchernyegor [561] , toute une comédie. Il y a là comme une parodie discrète des chants dont le ton est plus sérieux; Mérimée s'amuse à se moquer de l'auteur de la Guzla. ”
“ « A moi, mes jeunes guerriers ! aidez-moi à prendre cette robe ! » Et il a tiré son pis- tolet ; mais il a manqué Lepà et il a tué son page4. Aussitôt les sabres sortirent de leurs fourreaux : c’était une chose horrible à voir et à raconter. 9. Enfin, un vieux joueur de guzla s’est élancé : « Arrêtez ! a-t-il crié, tuerez-vous vos frères pour une robe de brocard ? » Alors il a pris la robe et l’a déchirée en morceaux5. Lepà remit le premier son sabre au fourreau, et Tchernyegor ensuite ; mais il regardait Lepà de travers, parce qu’il avait un mort de plus.6 10. ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ M. Gerhard a voulu compléter sa collection, en traduisant aussi l'ouvrage récemment publié à Paris sous le titre de la Guzla, ou choix de poésies illyriques recueillies dans la Dalmatie, la Bosnie, la Croatie et l'Herzégowine. Toutes ces pièces forment ensemble deux volumes... En bon traducteur, M. Gerhard professe une grande admiration pour la poésie servienne; il la trouve plus près du genre anacréontique que la poésie des Grecs modernes... Ces poésies sont curieuses, d'abord parce qu'elles sont l'expression de l'esprit national et de l'imagination d'un peuple peu connu ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ Nous ne trouvons pas, comme le fait le critique Annenkoff, la traduction russe de la Guzla plus expressive que l'original français [914] , mais nous pensons ne pas nous tromper en disant qu'elle garde toute la précision de l'original là même où le traducteur l'a dépouillée de ce qu'il a jugé n'être pas nécessaire. Dans le Morlaque à Venise, le soldat expatrié se plaint de cette grande ville maudite: «Les femmes se rient de moi quand je parle la langue de mon pays, et ici les gens de nos montagnes ont oublié la leur [915] .» ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ D'une inspiration émue, cette originale mélopée d'une mère au chevet de son enfant agonisant est d'un charme à la fois triste et pénétrant; on y sent comme une émotion contenue; la mère enveloppe son enfant d'une tendresse si grande que ce dernier espoir qu'elle se donne, cette foi si sincère qu'elle a en des pratiques superstitieuses, nous paraissent tous naturels.MAXIME ET ZOÉ [669] .—En bien des endroits, nous l'avons vu, Mérimée en composant la Guzla a dû songer à ses auteurs classiques. ”
Prosper Mérimée,
Lettres à une inconnue
“ S'il a fait les Débuts d'un Aventurier, c'est qu'étant au frais, malgré lui, pendant quinze jours, il n'avait rien de mieux à faire. Pour écrire la Guzla, la recette est simple: se procurer une statistique de l'Illyrie, le voyage de l'abbé Fortis, apprendre cinq ou six mots de slave. Ce parti pris de ne pas se surfaire va jusqu'à l'affectation. Il a si grand'peur de paraître pédant, qu'il fuit jusque dans l'autre extrême, le ton dégagé, le sans façon de l'homme du monde. ”
“ Sa maison était remplie de monde ; les hommes, la pipe à la bouche ; les femmes parlant toutes à la fois et accablant de questions la malade qui, toujours très-pâle, leur répondait à peine. Son cou était entortillé de ces lambeaux teints de la liqueur rouge et infecte qu’ils prenaient pour du sang, et qui faisait un contraste affreux avec la gorge et les épaules à moitié nues de la pauvre Khava. ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ Environ trente ans plus tard, un anonyme anglais mettait à son tour en vers la prose de Mérimée en s'inspirant de la version allemande de Wilhelm Gerhard. Il rendit en décasyllabes blancs deux ballades de la Guzla: Hadagny (The Fatal Shot) et les Pobratimi (The Bounden Brothers) , qui furent insérées dans le Chambers's Journal du 22 septembre 1855. Nous citerons seulement le commencement de Hadagny: There is war 'tween Ostroviz and Serral: Yea the swords of both the tribes are shining: Earth six times hath drunk the blood of heroes. ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ LA GUZLA, pp67-69.Déjà ils étaient réveillés, et l'heure Dans une caverne, couché sur des approchait où l'on nous apportait notre cailloux aigus, est un brave nourriture, et chacun de nous tremblait heyduque, Christich Mladin [537] . de son rêve, quand j'entendis clouer À côté de lui est sa femme, la sous moi la porte de l'horrible tour; belle Catherine, à ses pieds ses alors je regardais fixement mes enfants deux braves fils. Depuis trois sans prononcer un mot. Je ne pleurais jours ils sont dans cette pas; mon cœur était devenu de pierre. caverne sans manger ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ C'est d'après Fortis qu'il dépeint les heyduques, et dans le tableau qu'il en fait il se montre très fidèle à son guide qu'il suit, pour ainsi dire, pas à pas; l'exemple suivant est bien fait pour rendre sensible la manière dont Mérimée emprunte et s'approprie les renseignements qui se trouvent à sa disposition:VOYAGE EN DALMATIE: LA GUZLA: Quand les pandours prennent un Lorsque les pandours ont fait heyduque, ils ne le lient pas, comme on un prisonnier, ils le fait dans le reste de l'Europe: ils conduisent d'une façon assez coupent le cordon de sa longue culotte, singulière. ”
Vojislav Mate Jovanović, "La Guzla" de Prosper Mérimée
“ Les mêmes jours, le Globe publiait une série de poésies serbes, traduites en prose par Mme Louise Sw.-Belloc: la Fondation de Scutari, Bataille de Kossovo, la Tête de Lazar retrouvée, les Frères, le Mariage de Haïkouna, etc. [744] On se rappelle que Mme Belloc avait annoncé un volume de piesmas, quelques semaines seulement avant l'apparition de la Guzla [745] ; devancée par cet anonyme Italien qui envoyait de Strasbourg un recueil tout fait, elle communiqua son manuscrit à la rédaction du journal romantique [746] . Mais, chose des plus louables, elle ne se contenta pas de cela ”
Édouard Montagne,
Le Bâtard de Ravaillac, par Édouard Montagne
(1883)
“ Presque au même instant, Spiridione trouvait de son côté l'expédient qu'il attendait du hasard. A l'issue concert, au moment où la dernière trille de la mtatrice s'éteignait sous un tonnerre d'applaudisments, l'Italien s'aperçut que des mains tremblantes de la jeune femme, s'échappait son mouchoir. Il se précipita pour ramasser le tissu. et le tendit tremblant à la triomphante sirène. après y avoir bilement glissé son billet. Dans cet empressement solite, Guzla devina un but caché. ”
Constant Améro, Miliza : histoire d'hier (1894)
“ Miliza atteignit la première des maisonnettes, celle de son grand-père, le guzlar Stoïan Doïko. On sait qu'un guzlar est un chanteur populaire, parfois improvisateur. La plupart des guzlars des pays serbes sont aveugles — comme Homère. ”
Constant Améro, Miliza : histoire d'hier (1894)
“ Les raïas de Rasno ne parvenaient point à se dégager de l'influence de cette température accablante. Le vieux guzlar très fatigué, trempa ses lèvres dans une tasse de cuivre pleine d'une eau coupée de quelques gouttes d'alcool de prunes, que lui apporta sa petite-fille. Il prêtait l'oreille aux propos tenus par ces gens troublés et hésitants. - Si encore nous avions des armes ! se disaient-ils l'un à l'autre; mais nous n'avons pas d'armes, répondaient avec découragement ceux qu'on interpellait. Un pli amer rida la lèvre du vieil homme. ”
“ Les svati allèrent chercher la mariée, et de sa maison ils partirent avec elle tous remplis d’allégresse. Ils passèrent devant la maison de l’aga ; ses deux filles du haut du balcon ont reconnu leur mère ; ses deux fils sortent à sa rencontre, et appellent ainsi leur mère : « Arrête, notre mère chérie ! viens goûter avec nous ! » La malheureuse mère crie au stari-svat : « Au nom du ciel ! mon frère stari-svat, fais arrêter les chevaux près de cette maison, que je puisse donner quelque chose à mes orphelins. » Les chevaux s’arrêtèrent près de la maison, et elle donna des cadeaux à ses enfans. ”
