“ Comme elle a grandi ! C’est une jeune fille aussi ! Et j’avais beau faire ! Le regard de ses grands yeux sauvages et doux m’éblouissait, pendant que Clotilde me parlait d’amour. Clotilde ! ma bonne, ma vaillante Clotilde ! Je veux l’aimer ! ”
Clotilde Barras
Définition et enjeux
Le thème de “Clotilde Barras” a été abordé par des auteurs tels que Alphonse Karr, Nathanaël Minot, Léon Bloy, Oscar Noirot ou Céline Fallet. Il est souvent associé à des termes comme l'amour, Tony, la passion, le théâtre ou Charles.
Citations sur “Clotilde Barras”
“ Il est difficile de voir un pays plus attaché à la forme de son chapeau.Je n'admets donc pas que la mode soit si capricieuse et si mobile qu'on le prétend. Loin d'être une déesse légère, fugitive, prismatique, avec une écharpe couleur arc-en-ciel, c'est une vielle sibylle, radoteuse et monotone.Voilà pourquoi je me suis abstenu du trait en question.IVClotilde avait une robe d'un vert, très-foncé. Tony Vatinel, un paletot large de gros drap bleu; ses cheveux n'étaient pas encore séchés; aussi, quand il entra, Clotilde lui dit: «Oh! mon Dieu! comme vous venez tard, et comme vous voilà fait!» ”
“ Tant qu'on n'est pas aimé, ou qu'on ne croit pas l'être, il semble que l'on se contentera parfaitement d'être aimé, et que l'on ne demandera rien au delà. Une fois aimé, on borne, avec la même bonne foi, ses vœux à un baiser; mais, je crois que je le répète, Clotilde ne semblait pas à Vatinel une femme que l'on possédât. Qui n'a rencontré de ces femmes dont l'inflexible jupe de plomb semble faire partie de leur personne?Mais cet odieux lit conjugal changeait, malgré Tony, ses idées sur Clotilde; Clotilde était donc une femme comme toutes les femmes. ”
“ J'ai dans le cœur une grande et violente passion.»Clotilde, à ces mots, s'embarrassa visiblement; Tony s'en aperçut et ajouta: «La femme que j'aime est une jeune fille, vierge et ignorante, qui n'a jamais eu même un frère dont les lèvres aient touché son front. Deux fois seulement, et cela m'a tellement ému que j'en pourrais dire le jour et l'heure; deux fois seulement mes doigts ont touché les siens; une autre fois, craintive, fatiguée, elle a abandonné un instant son corps sur mon bras, et j'en sens encore l'impression. Cet ange n'est plus, madame.» ”
“ «Ce n'est pas elle, disait le regard d'Arthur.—Elle est bien fine, répondait le regard d'Alida.—Je vois avec plaisir, continua Clotilde, que cette fatigue excessive qui nous a obligés de quitter sitôt la maison où nous avons passé la soirée, n'a pas eu de suite et ne t'a pas empêché d'accompagner ta sœur au bal... Eh! que vous a donc dit de si affreux ce petit domino, ma chère Alida?» ”
Fanny Clar, La Rose de Jéricho
“ La vie du ménage irrégulier resta, au cours des années, une suite de crises jalouses, de raccommodements passagers, de serments jamais tenus, de scènes trop pénibles pour de courtes joies. À chacun de ses retours, M. Barjon, voyageur de profession, promettait sincèrement de régulariser une situation dont souffrait la mère de Clotilde. Un jour, il ne revint pas. Clotilde se souvenait, avec une sorte d’effroi, de la douleur égarée de sa mère. L’amour est d’essence précieuse. Au contact des vulgarités journalières, il s’étiole. L’habitude l’use, la misère le dépouille de sa grâce. ”
“ Clotilde, qui n'avait entendu aucun bruit, écoutait ses pas. Quand elle fut sûre qu'il était loin: «Mon Dieu, dit-elle, quel est ce trouble qui s'est emparé ainsi de mes sens? Ne suis-je donc qu'une femme vulgaire et semblable à toutes les autres? L'amour me fera-t-il tout oublier et ne me laissera-t-il ni penser, ni me souvenir?»De ce jour, Clotilde, en garde contre elle-même, sut se conserver calme et froide au milieu des transports de Vatinel, tous les jours plus violents, quoiqu'il lui suffît d'un mot ou d'un regard pour le maintenir dans les limites qu'elle lui avait assignées d'avance. ”
Alphonse Karr,
Clotilde
(1839)
“ Il faut que je r'apprenne à vivre, à respirer, à parler, pour une autre vie, pour un autre air, pour d'autres sensations. Je vous aime, mademoiselle, et je comprends que ce sera là toute ma vie; que cet amour la remplira et en chassera tout ce qui n'est pas vous. C'était, à peu de choses près, les mêmes paroles qu'Arthur avait dites à Clotilde, et cependant, prononcées par Tony Vatinel, elles lui semblaient une céleste musique qu'elle écoutait avec son âme. ”
Théodore-Henri Barrau, Exercices de composition et de style… (1853)
“ Mais les frères de Clodomir, Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, jaloux de la tendresse que Clotilde témoignait à ces enfants/et craignant qu'elle ne redemandât pour eux les États de leur père, qu'ils s'étaient partagés, s'emparèrent des enfants par ruse, puis ils envoyèrent à Clotilde une épée et des ciseaux, en l'imitant à décider elle-même s'il fallait les tuer ou les faire moines. Dans un premier mouvement de désespoir, elle s'écria qu'elle aimait mieux les voir morts que tonsurés. ”
Alphonse Karr,
Clotilde
(1839)
“ Ton amour est tout en toi ; — tu es comme ces boîtes à musique qui jouent les airs qu'elles contiennent aussitôt qu'elles sont montées,— n'importe par quelle main. Tu aimes Clotilde comme tu aurais aimé toute autre femme, sans que la différence qui aurait existé entre celte autre femme et elle, eût amené la moindre différence dans ton amour. Tout ce qu'il y a en toi de bon, de grand, de généreux, tu l'en as revêtue, — comme une femme italienne revêt sa madone de ses plus beaux colliers, — et dans ce culte que tu as maintenant pour elle, c'est ton amour que tu aimes et que tu adores ”
“ Mais la lune descend, je cesse de chanter; car, moi aussi, j'ai des baisers à donner. Beaux acacias, dont les panaches verts s'étendent sur nos têtes, secouez vos grappes de fleurs blanches arrosez la terre de vos douces odeurs!255 Clotilde et Tony, assis sous la tonnelle, respiraient le parfum et le chant du rossignol, et les molles clartés de la lune. Leurs mains se touchaient par les paumes et se serraient. Il n'y avait rien d'humain dans l'extase où étaient leurs cœurs. La tête de Clotilde tomba sur l'épaule de Tony. Tony prit ses beaux cheveux blonds et les pressa sur ses lèvres. ”
“ Alida arriva tard, et son entrée produisit une sorte d'effet dans le salon. Elle était très-parée et mise fort à son avantage. Sa robe montrait beaucoup ses épaules, qui étaient assez belles, et cachait ses pieds, qui étaient médiocres. Elle attira surtout l'attention d'un personnage avec lequel causait Clotilde, à un tel point que Clotilde s'en impatienta. Elle se leva, alla au-devant de madame Meunier, et la fit asseoir auprès 111 du feu, lui soutenant qu'elle devait avoir froid aux pieds, à cause de ce terrible escalier de pierre. ”
“ Clotilde avait un grand amour dans le cœur ; cela aiguise les instincts et développe l’intelligence, mais cela ne porte pas à observer très strictement les petites conventions mondaines. Clotilde avait deviné autour de l’homme qu’elle aimait des dangers de plus d’une sorte. Ces dangers, elle essayait de les conjurer à sa manière. Comme, dans sa croyance, Georges n’était pas plus le prince de Souzay qu’elle n’était elle-même Mlle de Clare, son rêve, c’eût été de fuir loin de ces intrigues, qu’elle jugeait dangereuses et coupables. ”
“ Je ne sais rien de beau que ce qui est caché. L'or est dans le sein de la terre et les perles au fond des mers.»Et, comme il s'aperçut que Zoé, assise près de Clotilde, avait ôté un de ses gants, il lui dit: «Mademoiselle, je ne dis pas cela pour votre main, qui est ravissante.—Robert est bien fade aujourd'hui, dit Charles à l'oreille de sa cousine.—Pas tant que toi, lui dit-elle, qui as passé un quart d'heure à admirer l'enfant d'Alida.» ”
“ Elle avait un pied entièrement nu. Jamais un sculpteur ne fit un aussi joli pied d'ivoire. Il était petit et étroit jusqu'à l'invraisemblance, et d'une blancheur éclatante; ses ongles était polis et de la couleur d'une rose pâle. Le cou-de-pied était très-élevé et d'un dessin charmant.«C'est ainsi, dit Tony Vatinel, que je vous ai vue la première fois sur la plage par une marée basse. Laissez-moi voir ce pied que j'adore.» Il se mit à genoux, et prit dans sa main le pied de Clotilde, qu'il y enfermait tout entier, puis il se baissa et le baisa. Clotilde retira brusquement son pied. ”
“ Serait-ce qu'aux yeux de l'amour les soupçons que l'objet aimé a inspirés sont déjà un crime, et qu'on est disposé à croire que ce qu'on ne voit pas n'est pas une chose qui n'est pas, mais une chose bien cachée? Bientôt Dimeux, entendant ouvrir la porte, descendit de son fiacre et y fit monter Clotilde masquée, que Charles n'hésita pas à reconnaître parfaitement pour Zoé; il remonta en cabriolet et arriva à l'Opéra derrière le fiacre, dont il vit descendre les deux dominos, qu'il examina de façon à être sûr de les reconnaître au bal. ”
“ Acceptez-vous ce pacte, ce pacte d'amour pur et fraternel?—Je l'accepte, dit Tony, et j'y serai fidèle. Vous avez raison; d'ailleurs, je ne voudrais pas d'un partage dont la seule pensée m'inspire de l'horreur. Nos âmes sont à jamais unies.—Mon ami, dit Clotilde, vous êtes ému, votre teint est animé et vos yeux étincellent; nous sommes seuls; je ne veux pas qu'on nous trouve ainsi: allez-vous-en. Il arrive souvent que nous ne pouvons nous parler. Il est rare que je puisse ainsi vous consacrer toute une soirée. ”
“ Pourquoi ne pas tuer les enfants parce qu'ils doivent un jour mourir? Non, j'arracherai au sort tout le bonheur que je pourrai lui arracher. Et savez-vous, sais-je moi-même si je ne me tuerai pas le jour où ces entrevues finiront?—Tony, continua Clotilde, si jamais le hasard me rendait libre, je serais à vous et n'en serais pas moins heureuse que vous.—Ah! s'écria Vatinel, si tu partages mon amour et mes désirs, sois à moi et mourons!—Quelque prompte, interrompit Clotilde, que fût votre main à me donner la mort, il y aurait toujours entre mon crime et cette mort un instant pour la honte. ”
Alphonse Karr,
Clotilde
(1839)
“ CLOTILDE. Mais enfin, qu'est-ce que tout cela veut dire? ROBERT. Que votre mari, madame Meunier et la veuve vont au bal de l'Opéra, et qu'on veut vous coucher pour être libre. CLOTILDE. Croyez-vous? ROBERT. Vous allez voir se réaliser ma seconde prédiction comme la première. Voici venir M. de Sommery. CLOTILDE. 275 En effet, Arthur, traînant le pas , vint dire à sa femme : — Si tu ne tiens pas à un veuvage prématuré, nous ne resterons pas tard; je suis très souffrant. — Nous partirons après cette contredanse, reprit Clotilde, que j'ai promise à M. de Fousseron. Fousseron. ”
“ A peine Clotilde fut-elle arrivée chez sa belle-sœur, qu'Alida demanda son enfant. On apporta quelque chose de cramoisi dans des langes. Elle l'embrassa, le trouva pâle, annonça qu'elle mourrait si jamais elle venait à perdre ce petit ange. Elle plaignit beaucoup les femmes qui n'ont pas d'enfants.«Ah! dit-elle à Clotilde, vous ne savez pas comme cette passion-là hérite de tous les autres sentiments; comme on se sent forte et héroïque quand il s'agit de son enfant!» Tout le monde se récria sur la noblesse des sentiments de madame Meunier. ”
“ « Je n’eus que le temps de l’emporter vers le grand air ; ce ne fut qu’un éblouissement ; elle reprit à l’instant la couleur, le mouvement, la parole. Elle se dégagea sans colère et sans brusque soubresaut de mes bras, comme si elle s’y était sentie à sa place. Elle regarda la pierre de Clotilde, puis moi, puis la pierre encore, puis moi de nouveau. On eût dit d’un peintre qui confronte un modèle avec un portrait, puis, tout à coup, s’élançant, du cœur, des yeux et du geste, vers mon visage : « O Clotilde, c’est lui, car c’est toi ! » dit-elle ”
“ Madame de Sommery donnait des ordres pour un approvisionnement extraordinaire. «Il faut tuer des pigeons, disait-elle; Arthur les aime beaucoup.»Clotilde sentait que son profond abattement à elle contrastait avec le mouvement du reste de la maison. Une ou deux fois, on remarqua tout haut qu'elle était triste. 300Toute la journée se passa sans qu'on entendît parler de rien. «Allons, dit-elle, Tony m'a trompée. Mais cette blessure, ce visage si pâle quand il est arrivé.» ”
“ Clotilde se jeta à genoux près de lui, l'appela des noms les plus tendres, dénoua sa cravate, lui fit respirer des sels; il ouvrit les yeux.«Marie, dit-il, Marie, où es-tu?» Il se releva, regarda autour de lui pour reconnaître et pour se rappeler. «Est-ce un rêve? Oh! non; je sens mon cœur 265 plein de bonheur, non, ce n'est pas un rêve. Marie, Marie, tu es à moi.» Et il l'enlaça dans ses bras; mais Clotilde s'échappa de ses bras comme un serpent, et, avec l'air très-effrayé, lui dit: «Tony, allez-vous-en, sauvez-vous, j'entends du bruit, je suis perdue!» ”
Alphonse Karr,
Clotilde
(1839)
“ Et Vatinel tira d'une poche placée sur sa poitrine une petite fleur sèche qu'il posa sur ses lèvres. 72 CLOTILDE. Clotilde se sentit émue, et elle allait tendre la main à Tony, en lui disant : Je vous aime aussi, moi;— lorsqu'il ajouta: Je ne changerais pas celte fleur pour le grand cordon de la Légion d'honneur. Tout le temps que j'enlèverais à mon amour, fût-ce une minute, pour devenir l'homme le plus riche du monde, me semblerait du temps tristement perdu. ”
“ Elle souriait, ma femme, ma Clotilde, ce jour-là de la guerre! Alors quoi? Il suffit qu’on soit pas là pendant un temps pour qu’on ne compte plus? Tu fous le camp de chez toi pour aller à la guerre, et tout a l’air cassé; et pendant que tu l’crois, on se fait à ton absence, et peu à peu tu deviens comme si tu n’étais pas, vu qu’on s’passe de toi pour être heureuse comme avant et pour sourire. Ah! bon sang! Je ne parle pas de l’autre garce qui riait, mais ma Clotilde, à moi, qui, à ce moment-là que j’ai vu par hasard, à c’ moment-là, qu’on dise ce qu’on voudra, se fichait pas mal de moi! ”
Oscar Noirot, Le prix d'un mari (1880)
“ Les dernières mesures d'une valse venaient de s'éteindre, le dernier couple emporté par une trop vive ardeur tournait ses derniers tours ; déjà l'oncle Victor, en joyeux amphytrion, élevait dans ses bras une monstrueuse tête de carton, comme signal du cotillon, et les enfants applaudissaient à grands cris. Clotilde sentait qu'elle ne pouvait plus demeurer là à ruminer : c'était une folle amoureuse du cotillon ; elle ne pouvait se tenir à l'écart sans révéler quelque autre amour. ”
“ «Note que j’veux pas en dire plus que je ne dis. C’est une bonne fille, Clotilde. J’la connais et j’ai confiance en elle: pas d’erreur, tu sais: si j’étais bousillé, elle pleurerait toutes les larmes de son corps pour commencer. Elle me croit vivant, j’ l’accorde, mais s’agit pas d’ ça. Elle ne peut pas s’empêcher d’être bien, et satisfaite, et de s’épanouir, dès lors qu’elle a un bon feu, une bonne lampe et de la compagnie, que j’y soye ou que j’y soye pas...»J’entraînai Poterloo. ”
Nathanaël Minot, Clotilde (1884)
“ Aussi, je me demande quelle femme à l'âme haute peut aimer un homme qui est assez humble pour se faire, au mépris de sa dignité et de son devoir, l'esclave de la fantaisie de cette femme et non le maître de sa destinée ! — René, fit-elle. Et il ajouta : — Mais n'attendez plus de moi ni plaintes, ni reproches! Vous êtes libre dès maintenant si vous le voulez ! Madame de Noët qui était au bras de M. de Brennes entra dans le salon. — Quel supplice ! se dit Clotilde à ellemême. Il faut que je parle à Raoul. ”
“ De là, madame Meunier raconta tous les traits d'esprit, les bons mots et les reparties de son fils Arthur, âgé de cinq mois; elle montra ses bras, ses cuisses, son dos. Clotilde dit: «Un bien bel enfant!... A quelle heure le couche-t-on?—Ah! Clotilde, dit Alida de l'air le plus élégiaque, vous n'aimez pas les enfants; le ciel vous a refusé le bonheur d'être mère; vous ne pouvez pas me comprendre; je vous plains. Je dois vous paraître bien ridicule, bien niaise, et à vous aussi, monsieur de 122 Fousseron.—Moi, madame, dit Robert, je respecte tous les sentiments quand je les crois vrais.» ”
