“ Sa vie s’embellissait de l’idée qu’elle occupait la vie de Lothario, et qu’elle avait pris dans les pensées de cet homme extraordinaire une place que personne, peut-être, ne partageait avec elle. Quant à Lothario, sa mélancolie augmentait tous les jours, et s’augmentait surtout de ce qui semblait propre à la dissiper. Souvent, en serrant la main de madame Alberti, en reposant ses yeux sur le doux sourire d’Antonia, il avait parlé de son départ avec un soupir étouffé, et ses paupières s’étaient mouillées de larmes. ”
Lothario
Définition et enjeux
Citations sur “Lothario”
“ Antonia présuma que l’homme que Lothario venait de tirer des mains des sbires était abordé en cet endroit, et qu’il en donnait connaissance à son libérateur, pour lui apprendre qu’il n’avait pas reçu de lui un bienfait inutile. Lothario parut éprouver un vif transport de joie, et ce sentiment se communiqua au cœur d’Antonia, qui, à travers la crainte vague qui l’occupait encore, jouissait vivement de la perfection de l’âme de Lothario, qu’elle avait vu toujours prêt à se révolter contre l’injustice et à se dévouer pour le malheur. ”
Théophile Gautier,
Mademoiselle Dafné
“ Lothario s’arrêta, et dirigeant en bas la lueur de la lanterne sourde, il vit au milieu du chemin la bouche d’un puits sans margelle dont le bord ne laissait qu’un étroit passage entre la paroi du couloir et la gueule du gouffre. Violanta avait pensé que le prince lancé à sa poursuite tomberait dans l’abîme qu’elle-même éviterait en contournant la marge, mais le pied lui avait manqué, et ses mains à une vingtaine de pieds de profondeur, s’étaient accrochées désespérément pendant la chute à une saillie des pierres. ”
Charles Nodier,
Jean Sbogar
(1818)
“ Elle les peignit d'un regard, le premier regard de ses yeux que l'amour eût animé. Malheur à moi ! dit Lothario d'une voix étouffée, et il disparut. Le bruit d'une rame qui frappoit le canal, troubla le morne silence qui avoit suivi son départ. ”
“ Lothario lui-même n’avait pas paru moins ému, moins troublé, moins pénétré d’une affection puissante, et l’idée qu’un tel homme, si renommé par l’éclat de son esprit, par la variété de ses talents, par la tendresse et la générosité de son caractère, par la grandeur de ses manières et la pureté de ses mœurs, pourrait devenir l’époux d’Antonia, était pour Mme Alberti la plus douce des illusions. Qu’était cependant ce Lothario, et comment lier des relations aussi sérieuses avec un inconnu qui s’obstinait, de l’aveu de tout le monde, à s’entourer du mystère le plus suspect? ”
Julie Delafaye-Bréhier, Les Orphelins piémontais,... par Mme Julie Delafaye-Bréhier…
“ Vous ne me comprenez pas, reprit le châtelain. Ce n'est pas moi qui exige que Lothario se voile en ma présence ; s'il le fait, c'est pour satisfaire à une délicatesse outrée, qui lui rend le regard de tout homme insupportable. ”
“ L’imagination tendre et un peu superstitieuse d’Antonia n’avait pas oublié cette idée dans la foule des hypothèses que l’existence incompréhensible de Lothario lui faisait concevoir et rejeter tour à tour; mais elle s’en jouait avec elle-même et avec Mme Alberti, comme d’une illusion sans conséquence. Lothario s’appelait, dans leur intimité, l’ANGE d’ANTONIA. IX Hélas! la plus douce perspective qui puisse flatter mon cœur, c’est l’anéantissement. Oh! ne va pas me tromper, unique espoir qui me reste! ”
Théophile Gautier,
Mademoiselle Dafné
“ Par les crevasses des voûtes filtrait une faible lueur bleue, car, pendant tout ce voyage souterrain, les heures s’étaient écoulées et l’aurore se levait sur la campagne romaine. La clarté devint bientôt plus vive et Lothario put abandonner sa torche. Le jour entrait dans la ruine à travers des fissures obstruées d’herbes et de broussailles. Des colonnes aux cannelures frustes, aux chapiteaux émoussés, supportaient les arcs des voûtes, et aux murailles dépouillées de leurs revêtements de marbre, les plantes pariétaires, pour en voiler la nudité, avaient suspendu leurs vertes draperies. ”
“ Cet ornement avait cessé depuis longtemps d’être à la mode dans les États vénitiens, comme dans presque toute l’Europe civilisée. Lothario n’était pas régulièrement beau, mais sa figure avait un charme extraordinaire. Sa bouche grande, ses lèvres étroites et pâles, qui laissaient voir des dents d’une blancheur éblouissante, l’habitude dédaigneuse et quelquefois farouche de sa physionomie, repoussaient au premier regard ”
Julie Delafaye-Bréhier, Les Orphelins piémontais,... par Mme Julie Delafaye-Bréhier…
“ On peut dire qu'il ne lui manquait qu'un visage humain ; hélas ! le plus laid de tous, il l'aurait embelli par ses admirables qualités. Esprit, imagination, grandeur d'âme, il réunissait tout. Les talents étaient comme naturels chez lui, et de cette bouche, qui semblait ne devoir s'ouvrir que pour d'horribles rugissements, s'échappaient un organe doux et sonore, une voix touchante et mélodieuse. Tant que sa mère vécut Lothario ne fut pas à plaindre; mais sa perte vint déchirer son cœur et jeter une clarté funeste sur sa destinée. ”
“ Tranquillise-toi, pauvre Antonia, — lui dit Mme Alberti; — tes aïeux ont donné des princes à l’Orient, et ta fortune se compte par millions. Tu seras l’épouse de Lothario, quand il serait fils de roi. ”
“ Le feu de ses regards le trahissait souvent; mais à l’expression ineffable du sentiment chaste et doux qui remplissait bientôt l’accès de cette fièvre passagère, Lothario ne paraissait plus un amant. On aurait dit un père à qui il ne reste plus qu’une fille, qu’une seule fille, et qui a concentré en elle toutes les affections qu’il lui avait été permis un jour de partager entre d’autres enfants. ”
“ Mon mauvais ange vous a enseigné là une phrase magique qui me navre l’âme.— J’y revenais à dessein, — répondit Antonia, — car je ne sais point de malheur absolu pour l’homme qui est aimé; et si tel est votre destin, Lothario, que beaucoup d’affections aient trompé votre tendresse, que beaucoup de félicités aient échappé à vos espérances, ce ne fut jamais à ce point, mon ami, que vous n’ayez plus trouvé auprès de vous cette compensation si précieuse qui dédommage un cœur sensible de toutes les douleurs; vous le savez, Lothario, vous êtes aimé. ”
Julie Delafaye-Bréhier, Les Orphelins piémontais,... par Mme Julie Delafaye-Bréhier…
“ Lothario est un très honnête homme; son rang, sa fortune ne laissent rien à désirer. Son goût pour ma sœur paraîtra à chacun une chose toute naturelle, et personne ne la blâmera de l'avoir accepté pour l'amour de vous. — Fort bien, mon ami ; mais tu oublies que la pauvre petite est loin de consentir tout de bon à ce mariage, qu'elle compte sur notre retour et le secours de son oncle. ”
Théophile Gautier,
Mademoiselle Dafné
“ Supposant avec logique qu’une porte doit toujours conduire quelque part, Lothario franchit le seuil et rencontra un escalier qui semblait descendre dans les entrailles de la terre et qui conduisait à un caveau voûté, sans doute le trésor, car des caisses, dont le bois avait pourri et qui ne se tenaient que par leur garniture et leurs clous de bronze oxydé, avaient du contenir des pièces d’or et d’argent ”
Julie Delafaye-Bréhier, Les Orphelins piémontais,... par Mme Julie Delafaye-Bréhier…
“ L'événement qui vous a conduite ici, les éclaircissements auxquels votre procès a donné lieu, ce qu'il avait appris déjà de la bouche de Blondel, ont inspiré pour vous à Lothario une estime que sa jeunesse et le malheur de sa situation ont transformée en affection ; car il est si humilié de sa laideur qu'il ne se montre à personne. Depuis que vous êtes ici il ne sort de sa tour que pendant les ténèbres. — Il est donc bien affreux? demanda Joanina d'une voix tremblante. — Si affreux, qu'il ne quitte jamais son masque, même devant son père. ”
Théophile Gautier,
Mademoiselle Dafné
“ Cette constatation faite, il se dit qu’il fallait reconnaître la place, chose assez difficile dans cette obscurité plus dense, plus opaque et plus noire que celle du puits de l’abîme. Lothario était fumeur, et cette idée lui vint fort à propos qu’il devait avoir en poche une de ces boîtes d’allumettes de cire qui viennent de Marseille et se répandent par le monde entier ; il tâta son habit et sentit le mince relief de la boite. Il frotta une allumette sur le papier de verre, et à la clarté pétillante qui en résulta il examina rapidement le terrain de sa chute. ”
G. Sand, Revue des Deux Mondes
“ Je savais bien ne pas mériter le reproche de vouloir sacrifier le vrai à la fantaisie littéraire. La notion poétique qui ne vous surprend pas comme une impérieuse révélation n’est pas la poésie, et, si on la cherche trop, elle vous fuit ; mais je pensais que cette révélation devait être écoutée comme une voix de la nature elle-même, et la réprimande de Lothario me faisait craindre d’avoir pris mes propres hallucinations pour le langage de la Divinité. ”
Julie Delafaye-Bréhier, Les Orphelins piémontais,... par Mme Julie Delafaye-Bréhier…
“ Ceux que la nature a doués d'un visage agréable n'ont qu'à se montrer, pour ainsi dire, pour être jugés favorablement, continua Lothario ; s'ils ont quelques vertus , un front noble et de beaux yeux leur servent de miroir. Moi, couvert d'un masque , ce n'est que difficilement que je parviens à me faire connaître. ”
“ Madame Alberti passa la nuit et une partie du jour suivant à chercher des interprétations aux discours mystérieux de Lothario. Elle n’en trouva point qui changeassent la moindre chose à ses dispositions. Une naissance peut-être obscure, une fortune peut-être dérangée par des prodigalités excessives, de grands malheurs politiques ou privés qui le tenaient pour jamais éloigné de sa patrie, telles furent les diverses suppositions sur lesquelles son imagination s’arrêta, et aucune d’elles ne lui faisait naître l’idée d’un obstacle fondé au bonheur d’Antonia. ”
“ Si cependant, — dit-elle en souriant, — le seigneur Lothario s’était trompé sur l’objet de son généreux dévouement; si la mauvaise opinion qu’il a des sbires s’était trouvée cette fois en défaut; s’il avait joint au malheur d’entraver l’action des lois, et de leur opposer une résistance qui est toujours répréhensible, celui de dérober au châtiment qui lui est dû un de ces coupables qu’aucune classe de la société ne réclame, de faire rentrer dans le monde effrayé quelques-uns de ces monstres qui ne marquent leurs jours que par des scélératesses ”
Julie Delafaye-Bréhier, Les Orphelins piémontais,... par Mme Julie Delafaye-Bréhier…
“ Et puis, lorsque je songe combien la réputation d'une jeune fille est une affaire délicate, et tout ce que la malignité peut répandre sur celle de ma pauvre sœur, abandonnée au pouvoir de ce méchant homme, il me semble que je ne serais pas fâché de savoir au'elle est enfin mariée à un vertueux jeune homme comme Lothario. — Aimable et généreuse fille ! elle mérite tant d'être heureuse, aussi bien que la bonne Marceline ! Ah ! si ce Lothario n'était pas si laid ! si nous savions au moins jusqu'à quel point il est laid ! c'est son obstination à se cacher qui le rend si formidable. ”
“ La faiblesse de sa constitution, l’abattement habituel de ses organes, la forçaient à circonscrire beaucoup ses sentiments; et plus ils étaient puissants autour d’elle, moins elle était capable de les étendre aux objets inconnus. Un jour cependant, le bruit courut dans Venise que Lothario était arrivé, et ce bruit, bientôt confirmé par la folle joie d’une populace enthousiaste, parvint rapidement à Antonia. ”
“ Déjà, le bruit du singulier incident qui venait de se passer s’était répandu dans les groupes de la place Saint-Marc, et l’opinion populaire, toujours favorable à Lothario, avait présenté sa conduite sous le jour le plus brillant. Le peuple vénitien, qui est en apparence le plus souple de tous et le plus facile à asservir, ce peuple si soumis, si humble, si caressant pour ses maîtres, est peut-être de tous les peuples le plus jaloux de sa liberté ”
Julie Delafaye-Bréhier, Les Orphelins piémontais,... par Mme Julie Delafaye-Bréhier…
“ Le ciel a fait pour moi, en amenant ici cette jeune personne, plus que je n'osais lui demander, répliqua Lothario ; mais l'infortunée ne peut en dire autant. Il n'y a peut-être pas dans le monde entier un homme moins digne d'elle que votre malheureux fils. ”
“ Cette forte distance qu’il a laissée entre lui et le peuple ne révolte personne, parce qu’on sent que la nature même en a marqué les limites, et qu’elle le sépare d’ailleurs bien plus sensiblement des hommes qui paraissent se rapprocher de sa condition. En effet, ce sont ceux-là pour lesquels il montre le plus d’éloignement; et si l’on voit le seigneur Lothario descendre en faveur de quelqu’un des hauteurs de son caractère, ce n’est jamais pour un seigneur ”
Théophile Gautier,
Mademoiselle Dafné
“ « la lessive de l’honneur ne se coule qu’avec du sang. » Pendant ce discours débité avec un flegme sarcastique, Violanta regardait Lothario ne sachant s’il raillait ou parlait sérieusement, mais une haine implacable brillait dans les yeux du prince. Son long ressentiment allait se satisfaire, et l’heure de la légitime vengeance était enfin arrivée. Tout en parlant, sans lâcher le poignet de Violanta, il avait placé la lanterne sourde sur une pierre, et de sa main libre, il fouillait sa poche pour y chercher un stylet. ”
César Du Bouchet, John Moore. Tome 1 (1819)
“ Ces dernières réflexions me déterminent, répondit Lothario ; je ne veux plus rien changer dans mes rapports avec toi, mais aussi je dois te parler , avec la franchise qu'autorise notre ancienne amitié, d'un malheureux défaut auquel tu n'es que trop enclin et dont les suites , que je rédoute pour toi , avaient une grande part à la privation que je m'étais prescrite. Tu es né jaloux, mon cher Vivaldi ; ton imagination ardente et sombre te rendra ton propre bourreau ; elle enfantera mille monstres pour te tourmenter. ”
“ Au reste, il est trop naturel de croire, d’après le genre de vie du seigneur Lothario, qu’il a un grand intérêt à cacher ce qu’il est réellement, pour ne pas comprendre les soins qu’il a mis sans doute à favoriser et même à faire naître les bruits qui devaient redoubler sur son compte l’incertitude de l’opinion. Aussi faut-il avouer qu’il n’y en a point de si étranges et de si ridicules qui n’aient eu au moins le crédit de se faire répéter, pendant quelque temps, par des personnes qui ont la réputation d’être sensées. ”
Julie Delafaye-Bréhier, Les Orphelins piémontais,... par Mme Julie Delafaye-Bréhier…
“ Ah ! laissez-moi le penser, Joanina, afin que je puisse jouir sans remords de mon bonheur. Oui, je suis la plante oubliée, perdue dans le désert, et vous êtes le rayon de soleil qui la ranime, qui la vivifie. Le hasard ne préside à rien ; la graine qui s'envole est recueillie par le vent et semée sur une terre propice. Oh ! si l'habitude peut vous familiariser avec mon malheur, quel sort pourra être comparable au vôtre ! Vous serez pour Lothario plus qu'une amie, plus qu'une épouse, vous serez une envoyée du ciel. ”
Charles Nodier,
Jean Sbogar
(1818)
“ JEAN SBOGAR. 227 pée d'une illusion effroyable et crut retomber en proie au délire dont elle venoit d'être sauvée. C'était lui — C'étoit ce tableau qui lui avoit inspiré une terreur si profonde à Venise, quand la tête de Lothario apparut dans une glace au-dessus de son schall rouge. ”
“ On est détrompé sans avoir joui; il reste encore des désirs, et l’on n’a plus d’illusions. L’imagination est riche, abondante et merveilleuse; l’existence pauvre, sèche et désenchantée. On habite avec un cœur plein un monde vide, et sans avoir usé de rien on est désabusé de tout. CHATEAUBRIAND. L’intimité de Lothario était devenue un besoin pour Antonia, que l’espérance de ramener son cœur à la foi enflammait d’un zèle plein de tendresse, et qui l’aimait déjà vivement avant de s’être avoué qu’elle l’aimait. ”
Albert Soubies, Histoire du Théâtre-lyrique, 1851-1870 (1899)
“ Ce mot de « feu » qui, dans Mignon, prononcé, au cours de ses imprécations, par la petite héroïne, détermine Lothario à livrer aux flammes le château du comte, produisit sur le librettiste une impression analogue, mais heureusement plue inoffensive. Il lui suggéra, dit-on, l'idée de placer au dénouement un incendie. Rappelons aussi certaine exclamation, tout ensemble ingénue et flatteuse pour le compositeur, poussée par le collaborateur de Michel Carré, à l'issue de la première représentation : « Si nous avions connu le talent de M. Bizet, nous ne lui aurions jamais donné cette pièce! » ”
