Louise Colet

Définition et enjeux

Portrait de Louise Colet Louise Colet Lui (1859)

J’éclatai de rire et m’assis sur la chaise que me désignait le comte Luigi. Zéphira se plaça près de moi, et c’est ainsi que je soupai entre les deux danseuses. D’un côté la flamme souterraine d’un volcan, de l’autre le jet pétillant et criard d’un feu d’artifice. Zéphira remplissait mon verre sans désemparer, et me provoquait de son pied qu’elle enlaçait au mien sous la table. Négra m’enveloppait du rayon de ses yeux profonds, pleins de tristesse et d’amour, indifférente aux galanteries du signor Luigi.
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Portrait de Louise Colet Louise Colet Lui

Je ne me rendais pas compte de ce changement de lieu; il me semblait que c'étaient mes yeux qui se troublaient, et que mon sang, affluant vers mes oreilles, m'empêchait d'entendre la musique; je ne m'appartenais plus; à mon tour, je tremblais et je frissonnais dans les bras de Négra. Elle me fit asseoir sur un divan.
Tout à coup je me sentis prendre la main; je regardai devant moi, et je vis dans sa robe de camaldule le comte Luigi démasqué, qui me dit en riant:
—Voulez-vous, beau chevalier de Malte, donner le bras à madame, et passer dans la galerie où le souper est servi.
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Portrait de Louise Colet Louise Colet Lui (1859)

Il faut m’aimer ! il faut m’aimer !
Bientôt il me déposa comme épuisé au pied d’un arbre.
— Oh ! n’ayez pas peur de moi, me dit-il avec douceur, voyez, je suis à vos pieds, moi qui n’ai jamais mis le genou en terre sans y mettre le cœur.
Il y avait dans sa soumission quelque chose de si tendre que j’en fus saisie ; il restait là, tremblant devant moi, comme un pauvre enfant, lui, le grand poëte tourmenté, l’implacable railleur vaincu par la passion.
J’eus un moment d’orgueil et d’ivresse.
— Vrai ! vrai, vous m’aimez ! lui dis-je, en tendant vers lui mon visage étonné.
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