“ Qu’on se figure les souffrances d’une guerre civile de trois années, l’acharnement croissant des partis, les rancunes ardentes, les crimes, les vœux de vengeance ! Pendant la lutte américaine, au Nord aussi bien qu’au Sud, les populations entières, femmes, enfants, vieillards, et ce sera leur éternel honneur, ne faisaient qu’un avec l’armée de leur pays. ”
Guerre civile américaine
Définition et enjeux
La guerre civile américaine, conflit sanglant opposant le Nord et le Sud entre 1861 et 1865, s’inscrit dans une lutte aiguë entre les valeurs de liberté et l’esclavage. Les auteurs comme Lucie Boissonnas soulignent l’unité des populations face à la violence, tandis qu’Auguste Laugel met en lumière l’importance centrale de la question esclavagiste dans les tensions politiques.
Le Comte de Paris analyse les origines sociales et institutionnelles du conflit, et Émile de Girardin évoque la nécessité d’une solution pacifique pour apaiser les conflits internes. Ces perspectives révèlent une approche multidimensionnelle d’un événement qui scella la destinée des États-Unis.
Citations sur “guerre civile américaine”
Auguste Laugel,
Les Causes et Caractère de la Guerre civile aux États-Unis
“ Il faut aimer à discuter contre l’évidence pour se persuader que la question de l’esclavage n’est point la cause principale de la crise actuelle. Dans ce conflit qui depuis trente ans va toujours en s’aggravant et qui vient enfin d’aboutir à la guerre civile, quelle question va toujours en grandissant et finit par dominer tout le reste, sinon cette redoutable question de l’esclavage ? Ils n’ont pas lu les discours de Calhoun, de Webster, de Seward, de Douglas, de Clay, de Sumner, ceux qui croient que la question de l’esclavage n’a dans la politique américaine qu’une importance secondaire. ”
Auguste Laugel,
Les Causes et Caractère de la Guerre civile aux États-Unis
“ Après la forte génération des hommes d’état qui avaient fondé la république, et qui se guidaient par les nobles principes de libéralisme et d’humanité inscrits dans leur constitution, on vit une génération d’avocats et de sophistes qui étouffèrent l’esprit de cette grande œuvre sous de misérables arguties, réduisirent la politique américaine à une lutte de partis sans principes fixes, décomposés aussitôt que formés, instrumens de plus en plus complaisans de l’intérêt des maîtres d’esclaves. Les États-Unis se préparaient ainsi les plus redoutables épreuves. ”
Comte de Paris, La Guerre civile en Amérique
“ III. — L’ESCLAVAGE. Avant de montrer la république américaine divisée en deux fractions hostiles et d’exposer l’organisation des forces qui allaient combattre sur son sol pour assurer la primauté, soit des institutions esclavagistes du sud, soit de la société libre du nord, il est nécessaire de répondre à la question que chacun doit se faire : comment une guerre pareille a-t-elle pu éclater? ”
Comte de Paris, La Guerre civile en Amérique
“ Ce mensonge étant devenu la base de la société, l’influence en devait grandir avec elle et se fortifier par sa prospérité. Les fondateurs de la nation américaine regardaient l’esclavage comme une plaie sociale, et comptaient, pour l’en guérir, sur les lumières et le patriotisme de leurs successeurs ”
A. Cucheval, Revue des Deux Mondes
“ La guerre civile a éclaté en Amérique, elle y fait couler des flots de sang, et les destinées des États-Unis se jouent aujourd’hui dans une lutte gigantesque où les victoires et les revers se succèdent avec une rapidité sans exemple. ”
Comte de Paris, La Guerre civile en Amérique
“ Le vent de la guerre civile s’est levé, et c’est au contraire l’arbre vigoureux des institutions américaines qui, étendant son ombre sur le pays où il avait jeté de si profondes racines, l’a préservé d’une imminente destruction. ”
Comte de Paris, La Guerre civile en Amérique
“ La race aborigène, qui se soumettait souvent à ces tristes migrations avec l’indifférence du fatalisme, résistait parfois aussi avec toute l’énergie du désespoir aux conquérans qui les lui imposaient. Lorsque la lutte entre le pionnier abusant de la supériorité de son intelligence et le sauvage cherchant dans la ruse un secours pour sa faiblesse venait à s’envenimer, la petite armée américaine, appelée par les colons ou par les agens fédéraux, se trouvait engagée dans une guerre meurtrière, pénible et obscure. ”
Auguste Laugel,
Les Causes et Caractère de la Guerre civile aux États-Unis
“ D’un côté, on revendique pour les états le droit de se retirer à leur gré de la fédération, de l’autre on prétend que la souveraineté ne réside que dans le pouvoir fédéral, et que les états ne peuvent se soustraire à leurs obligations envers l’Union. Essayons d’exposer nettement les termes de ce débat, de montrer sur quelles théories le sud et le nord appuient leurs prétentions contraires. Ainsi observée dans l’ordre intellectuel et moral, la guerre américaine ne s’offre pas à l’Europe sous son aspect le moins instructif ni le moins saisissant. ”
Émile de Girardin,
L'union française, extinction de la guerre civile par l'adoption de la Constitution américaine…
(1871)
“ « Electeurs, » Lorsque des Français se battent les uns contre les autres, le courage étant égal des deux parts, il n'y a pas de raison d'espérer que la guerre civile ait une fin prochaine. » Et cependant, il faut qu'elle en ait une, sous peine de ruine nationale et de deuil universel. » Les situations suprêmes appellent les moyens suprêmes. » Il en est un qui, sans imposer à qui que ce soit aucune concession, arrêterait immédiatement cette guerre sanglante et désastreuse qui dure depuis deux mois. » Ce moyen suprême, il dépend de vous seuls, qui êtes la souraineté nationale, de l'adopter. ”
Auguste Laugel,
Les Causes et Caractère de la Guerre civile aux États-Unis
“ LA GUERRE CIVILE AUX ETATS-UNIS Depuis que la guerre civile a éclaté aux États-Unis, les opinions les plus divergentes se sont produites sur les causes et sur les caractères de la lutte qui interrompt d’une façon si tragique le développement d’une société fondée sur les plus sages principes, et arrivée dans un petit nombre d’années à un degré de force et de prospérité sans pareil. Les États-Unis avaient jusqu’à présent échappé à tous les dangers qui menacent les démocraties ”
Auguste Laugel,
Les Causes et Caractère de la Guerre civile aux États-Unis
“ La guerre actuelle n’est que le dernier, le sanglant épisode d’une lutte politique et morale qui remonte à bien des années, et qui a laissé sa trace dans l’histoire entière des États-Unis. Cette lutte de principes domine la lutte armée : connaître les causes de la guerre, en faire entrevoir les objets, c’est montrer où est le bon droit, la cause qui appelle les sympathies libérales, les dévouemens chevaleresques ”
Auguste Laugel,
Les Causes et Caractère de la Guerre civile aux États-Unis
“ Quelque hypothèse qu’on puisse faire sur le résultat des hostilités, il est impossible d’imaginer comment l’institution servile pourrait sortir triomphante de la lutte. Si la guerre étrangère vient compliquer la guerre civile, l’émancipation immédiate sera proclamée par mesure de salut public, et vingt millions d’hommes sur le continent de l’Amérique diront à la race noire : « Tu es libre ! » Si les hostilités traînent en longueur, la patience du nord s’usera dans de stériles combats, son orgueil s’aigrira par les défaites ”
Auguste Laugel,
Revue des Deux Mondes
“ LE GOUVERNEMENT FEDERAL, LES ARMEES ET LES PARTIS. La guerre civile des États-Unis comptera un jour dans l’histoire comme un des plus grands événemens du XIXe siècle; ce n’est pas en effet seulement une guerre, c’est aussi une révolution. Les principes qu’elle met aux prises, les sacrifices qu’elle impose à une des plus puissantes nations du monde, l’étendue des territoires où elle se développe, les problèmes qu’elle a soulevés et qu’elle est tenue de résoudre, tout l’élève au-dessus de tant de misérables conflits où s’usent des ambitions mesquines et des intérêts surannés. ”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ Lorsque les Etats-Unis se déchirent, lorsque tant de prospérités et de succès qu’on croyait sans limites sont noyés dans le sang de la guerre civile, est-ce que ce n’est pas la cruelle rançon d’une triste iniquité maintenue par la libre volonté des hommes? ”
Auguste Laugel,
Les Causes et Caractère de la Guerre civile aux États-Unis
“ Quoi qu’il arrive, une chose est certaine : la crise actuelle doit mettre fin à la suprématie constitutionnelle de cette aristocratie de maîtres d’esclaves, qui depuis trop longtemps contrôle les destinées des États-Unis, qui a dicté au gouvernement la guerre avec le Mexique, qui l’a forcé à annexer le Texas, qui le poussait à s’emparer de Cuba, qui avait ouvert à son ambition d’immenses territoires plus vastes que l’Europe, qui avait humilié le nord, avili la presse et la chaire, ensanglanté la tribune nationale. ”
Comte de Paris, La Guerre civile en Amérique
“ C’étaient en effet de nouveaux dangers que venaient chercher au sein de la civilisation ces hommes réunis par un même sentiment du devoir. Cette cause nationale avait besoin de tout leur dévoûment, car le mal qui avait pu semer dans une armée de pareils germes de trahison devait être bien profond, et ces tristes exemples de désertion n’étaient qu’un symptôme des illusions et de l’aveuglement qui précipitaient le sud dans la guerre civile. ”
Comte de Paris, La Guerre civile en Amérique
“ Aussi, quoique la guerre offre toujours un cruel spectacle, peut-on du moins interroger celle qui a récemment déchiré l’Amérique sans éprouver cette tristesse profonde et sans mélange qu’inspire le triomphe de la violence et de l’injustice. ”
“ Qu’importe qu’il n’y ait point d’armée permanente et de système organisé pour l’agression là où l’envahissement est la pensée, la passion universelle, là où il se trouve des individus toujours prêts à se lancer en volontaires et à imiter de ces coups de fortune que le gouvernement vient ensuite décorer du nom d’agrandissement légitime ? La politique américaine est pacifique, comme elle est libérale. Certes les États-Unis ont mis un zèle énergique à soutenir le droit protecteur des neutres : ils l’ont soutenu au prix d’une guerre en 1812 ”
Charles de Mazade,
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire…
“ D’émeute, d’insurrection, il n’y en a pas ; le trouble est plus profond, il est dans les esprits, dans la société elle-même. La crise semble se raviver aux États-Unis ; elle ne peut pas être encore une fois dénouée par la force, elle ne peut être apaisée que par beaucoup d’équité, car enfin, si on a fait la guerre pour affranchir les noirs, on ne peut pas la recommencer pour arriver à l’esclavage des blancs dans quelques-uns des plus grands états de l’Union américaine. ”
Casimir Leconte,
Revue des Deux Mondes
“ Ce moment sera suprême pour les États-Unis, car si les états à esclaves sont les moins nombreux, ils sont de beaucoup les plus militaires, et c’est toujours chez eux, dans toutes les grandes occasions, que les armées de la république se sont recrutées des plus intrépides volontaires. Qu’on juge de ce que serait une guerre civile dans un pays qui compte près de deux millions de miliciens parfaitement dressés au maniement des armes. ”
Auguste Laugel,
Les Causes et Caractère de la Guerre civile aux États-Unis
“ Mais il faut écarter des suppositions qui ouvrent à l’esprit d’aussi sombres perspectives. Tant que la lutte sera renfermée dans ses limites actuelles, il est à croire que le sentiment populaire ne poussera point le gouvernement à provoquer la guerre servile. ”
Albert Gigot,
La Démocratie autoritaire aux États-Unis
“ La république des États-Unis en a fait plus d’une fois la triste expérience. M. le Comte de Paris, dans sa belle Histoire de la guerre civile en Amérique, a rappelé les efforts inouïs que dut faire Washington pour plier aux exigences du métier militaire et pour retenir dans le devoir les premières troupes de la guerre de l’indépendance composées en partie de volontaires enrôlés pour quelques mois et en partie de militaires recrutés dans les bas-fonds de la société, qui portaient dans les camps l’esprit de révolte et qui cédaient à la première panique sur le champ de bataille. ”
Auguste Laugel,
Les Causes et Caractère de la Guerre civile aux États-Unis
“ En acceptant le principe de la sécession, de la souveraineté absolue des états, les nouveaux confédérés font entrer dans leur œuvre l’élément d’une décomposition certaine : en prenant les armes pour l’esclavage, ils détruisent les seules forces qui pouvaient prolonger la durée de l’institution servile aux États-Unis. ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Histoire politique des États-Unis
“ On n’a pas encore oublié la crise que traversaient les États-Unis : la guerre civile déchirait l’Amérique, des milliers d’hommes s’entre-tuaient pour maintenir ou détruire l’œuvre de Washington, tandis qu’en Europe les politiques semblaient heureux et fiers de prophétiser la ruine de l’Union. ”
Auguste Laugel,
Les Causes et Caractère de la Guerre civile aux États-Unis
“ Il y a au fond du cœur humain un instinct de justice que l’intérêt peut étouffer pendant longtemps, mais qui se relève dès que la pression de l’intérêt diminue : tant que, par sa complicité avec les maîtres d’esclaves, le nord a cru garantir la paix, la prospérité publique, il a fermé l’oreille aux protestations des abolitionistes ; maintenant qu’il voit la guerre déchaînée, l’union en ruine, il doit songer à faire disparaître avec le mal la cause du mal elle-même. ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Histoire politique des États-Unis
“ Mais aujourd’hui la plus effroyable de toutes les guerres, la guerre civile, bouleverse l’Amérique. Considérez dans quel abîme est tombé ce peuple naguère si heureux : la haine la plus atroce que le monde connaisse, celle du frère contre le frère, y règne partout ; il n’est pas de famille qui ne soit en deuil ; depuis deux ans, il est tombé un million d’hommes sur les champs de bataille ; les finances sont dans un état désespéré, la dette du Nord sera à la fin de cette année de dix milliards ; nous ne parlons pas de celle du Sud qui probablement ne sera jamais payée. ”
Auguste Laugel,
Revue des Deux Mondes
“ Les amis de la liberté humaine peuvent à bon droit se féliciter des résultats politiques de la guerre civile des États-Unis, et auraient tort de s’exagérer les périls de l’avenir. La liberté, guérira les maux causés par l’esclavage : une démocratie qui a su déployer tant d’énergies de ressources, de patriotisme et d’intelligence ne laissera pas compromettre l’œuvre des deux dernières années, et prendra des garanties contre le retour des crises révolutionnaires. ”
Louis-Alexandre Foucher de Careil,
De la Centralisation politique…
(1865)
“ Faut-il passer l'Atlantique et vous montrer sur ce continent américain, troublé par la guerre civile, désolé par l'assassinat politique, ce que peut faire la liberté pour enfanter les États à la vie civile, à la liberté politique et religieuse, pour les racheter de l'esclavage au prix d'une rançon terrible, puis pour en faire de nouveau, après les perplexités fécondes de la lutte et de l'épreuve, l'étonnement et la gloire du monde ? ”
Auguste Laugel,
Les États-Unis pendant la guerre
“ En vain les démocrates, et au début beaucoup de républicains eux-mêmes, ont-ils répété qu’il n’y avait aucune connexion entre la guerre civile et l’esclavage, que la guerre n’avait d’autre objet que le rétablissement de l’Union. Le jour où les hommes d’état du sud prirent les armes contre la constitution des états, ils coupèrent un nœud gordien dont chaque année les entrelacemens devenaient plus serrés. Le bon sens public ne s’y trompa point : ce ne fut pas M. Lincoln qui jeta la nation dans les voies de la politique émancipatrice ; la nation l’y entraîna, l’y précipita en quelque sorte. ”
Eugène Forcade, Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 30 avril 1867
“ Nul peuple, à notre époque, n’est désintéressé des pertes que subissent les nations ravagées par la guerre. L’Europe tout entière a pu s’en convaincre par le contre-coup de la guerre civile des États-Unis ; la France en a fait, l’épreuve l’année dernière lorsqu’elle a subi, en dépit de sa neutralité attentive, la violente dépréciation de ses valeurs. ”
“ Il y a toujours tant de contradictions dans les nouvelles qui nous arrivent d’Amérique, tant d’inconnu dans les chances de la guerre civile, que nous hésitons à exprimer une opinion sur la situation présente des États-Unis. ”
Élisée Reclus,
Revue des Deux Mondes
“ Rarement guerre civile a pris des proportions aussi vastes que celle des États-Unis, et pourtant, si l’on en croyait certains politiques, ce carnage aurait été complètement inutile, et les combattans en seraient encore au même point qu’au premier jour de leur lutte acharnée. ”
Auguste Laugel,
Les Causes et Caractère de la Guerre civile aux États-Unis
“ Chaque succès, chaque agression du sud créent de nouveaux abolitionistes ; les démocrates, autrefois liés à l’intérêt de l’esclavage, ont presque tous accepté l’alliance des républicains ; les plus compromis se jettent le plus vite dans le mouvement pour faire oublier leur passé ; le peuple tout entier voit dans l’institution de l’esclavage la cause de tous ses maux, de toutes ses inquiétudes. La guerre est désormais une guerre contre l’esclavage, non dans la forme, mais dans le fond, non pas en paroles, mais en action. ”
Michel Chevalier,
La Guerre et la Crise européenne
“ A ces divers titres, 100 millions d’Américains représenteraient un nombre beaucoup plus grand d’Européens. Les États-Unis ont été façonnés par une guerre civile de quatre ans au métier des armes, et ils ont fait preuve de grandes qualités militaires. Les citoyens de l’Union savent braver la mort aussi bien que la donner. Ils savent faire à la patrie, à son honneur, à sa grandeur telle qu’ils la conçoivent, les plus grands sacrifices. Dans trente ans d’ici, l’Amérique du Nord sera pour l’Europe une émule qui rivalisera avec elle en toutes choses. ”
