Résumé

Charles Aubertin L'esprit public au XVIIIe siècle…

S’il s’agit au contraire non de la personne du roi, mais de son gouvernement, — sur ce terrain de l’opposition légale Hardy et Barbier reprennent leur liberté. Il est un abus surtout qui échauffe leur bile : c’est le désordre des finances, ce cauchemar du bon sens bourgeois. « Quel tonneau des Danaïdes que ce trésor royal ! » lisons-nous dans Hardy. — « Notre pauvre argent ! » s’écrie Barbier en voyant le splendide gaspillage des écus du tiers-état, « Après tout, ajoute-t-il avec une ironie toute moderne, qui pourrait-on choisir de mieux dans ce pays-ci pour ministres que des fripons ? »
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Charles Aubertin L'esprit public au XVIIIe siècle…

Le bourgeois de Paris au XVIIIe siècle a la philosophie de sa condition. Ce n’est point un ambitieux inquiet, un vaniteux aigri ; loin de se tenir humilié de n’être qu’un bourgeois, il en serait plutôt fier, à la façon d’un sujet anglais ou d’un citoyen romain. Son esprit est tourné à voir ce qu’il a et non ce qui lui manque. Dans aucun de ces quatre auteurs de mémoires, vous n’apercevez trace des jalousies rancunières et des convoitises haineuses qui allaient bientôt, comme une peste publique, envahir et gâter la nation ; leur tranquille sagesse est pure de tout ferment malsain.
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Charles Aubertin L'esprit public au XVIIIe siècle…

Il applaudit presque aux coups de bâton et à l’exil, tant il est vrai que, même sous la liberté d’une pensée qui a rompu avec les préjugés, nous retrouvons ce fonds d’impertinent mépris prodigué de tout temps aux gens de lettres et aux philosophes par l’esprit bourgeois ! Épicurien, Barbier a pour principe l’indifférence ; occupé de ménager ses aises en ce monde, il ne se fatigue pas à raisonner la croyance ou l’incrédulité. Il estime la religion une chose utile, excellente pour le peuple ; il entend qu’on la respecte, sauf à s’en passer lui-même et à s’en moquer dans l’occasion.
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