Résumé

E. Beulé Velasquez au Musée de Madrid

Ce qu’il rend au contraire, c’est le contour indécis, flottant, chatoyant, tel que le font paraître les couleurs, le jeu des tons, les alternatives d’ombre et de lumière, le caprice des muscles, le hasard des poses et l’abandon familier de la vie. À force d’être vrai, son dessin ne l’est plus ; à force de copier la nature, il s’en éloigne, parce que l’art, ne disposant pas de moyens capables de l’égaler, doit l’interpréter et la corriger au besoin, pour lui opposer une convention plus belle.
Source : Wikisource

E. Beulé Velasquez au Musée de Madrid

On sent je ne sais quelle chaleur qui prouve que l’artiste s’est pris corps à corps avec la nature, et en même temps une fierté de pinceau qui annonce le gentilhomme et rehausse tout ce qu’il touche. Il y a des tableaux de Velasquez que je préfère, il n’y en a point qui soit plus fortement peint. Son Bacchus, devant lequel Praxitèle et Scopas se voileraient le visage, est un type vulgaire, mais bien choisi et merveilleusement relevé. C’est à la fois l’athlète et le viveur, jeune, trapu, d’une élégance roturière, d’une beauté qui se palpe, trempé pour la lutte aussi bien que pour la débauche.
Source : Wikisource

E. Beulé Velasquez au Musée de Madrid

Il les formule tels qu’il les a vus, à leur moment le plus heureux, dans leur jet le plus hardi, avec la pose la plus majestueuse ou la plus aisée, en plein air, avec le cadre d’une belle nature, sur le cheval qui se cabre, avec le bras qui commande, la voix qui tonne, l’œil qui brille. Or le souvenir est une forme rétrospective de l’idéal. Les voyageurs savent bien que les lieux qu’ils ont visités grandissent par le souvenir, de même que ceux qu’ils doivent parcourir grandissent par l’espérance. Velasquez écrit en prose ; mais, pour le portrait du moins, il est le premier des prosateurs.
Source : Wikisource

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature