S. Jacquemont

Résumé

S. Jacquemont Revue des Deux Mondes

Ne nous plaignons pas, certes, que l’Espagne ait su garder ses chefs-d’œuvre, et nous oblige à les aller voir chez elle ! Qui ne sait combien les œuvres d’art sont plus intelligibles, plus vivantes, plus sympathiques, enfin, sous le ciel qui les a vues naître ? Et qui ne sait aussi que l’air pur de Florence ou de Madrid conserve autrement la peinture que les climats du Nord ? Les soixante Velasquez du Prado ont l’air de sortir de l’atelier, aussi bien que les Murillo, les Zurbaran, qui, à côté d’eux, et dans l’académie voisine, complètent cette triomphante parade de l’art espagnol.
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S. Jacquemont Revue des Deux Mondes

Seulement, sur un canevas si léger, il faut appliquer une bonne peinture, et il faut éveiller l’intérêt par des figures vivantes et vraies. Et c’est là le triomphe de notre artiste. Non-seulement les deux saints ont une physionomie individuelle et bien humaine, mais toutes ces têtes d’auditeurs qui vous regardent, pressées les unes contre les autres, rougeaudes ou blêmes, béates ou malicieuses, sont autant de portraits animés. Et quel art caché dans cette composition familière ! Ce groupe s’enlève sur un fond lumineux d’architecture, qui donne le relief et la vie à tout l’ensemble.
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Regardez au Louvre l’Adoration des bergers. Voilà le type de cette transformation du maître. Quelle franche et belle couleur ! Quel éclat et quelle harmonie dans les tons ! Et le pinceau n’a rien perdu de sa dextérité et de sa force, au contraire. On retrouve le grand réaliste tout entier dans cette touche rude, énergique, sincère, comme dans les types absolument rustiques, vrais pâtres de la Castille ou de la Manche. L’incendie de l’Alcazar royal de Madrid a détruit plusieurs exemplaires très précieux de cette dernière manière, les uns sacrés, les autres mythologiques.
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