“ Il n’y a pas une âme dans la ville de Rennes qui ne se souvienne un peu de mon oncle, le conseiller Boblé. C’était un petit homme, assez gros et parfaitement chauve ; le front net et luisant comme une motte de beurre, mais l’œil vif, le pied leste, la langue bien pendue, le mot gaillard ; un tour d’esprit qui rappelait le président de Brosses et les magistrats du bon temps. L’odeur du tabac lui était odieuse, mais il buvait sec et ne dédaignait pas de chanter après boire. Il était vice-président du Casino de Rennes, grand joueur de piquet, et le meilleur homme du monde. ”
Edmond About
Résumé
Edmond About, dans Le Turco, aborde les enjeux de la vie sociale et militaire à travers des personnages tels que Léopold, Brunner et Mme de Gardelux, dans un cadre où la chasse et les combats se succèdent aux tensions sentimentales. Publié au XIXe siècle, ce récit combine satire et aventure, décrivant des relations humaines riches de nuances, des scènes de duel ou de camaraderie, ainsi que des réflexions sur l’honneur et la vulnérabilité.
Les thèmes de la guerre, de l’amour et des conventions sociales s’entrelacent, illustrés par des épisodes percutants, comme celui où un Turc blessé hurle sous les balles, ou les dialogues ironiques sur les faiblesses humaines. L’œuvre, marquée par une prose vive, révèle la complexité des liens sociaux et les contradictions de l’âme humaine.
Citations de Le Turco (Edmond About)
“ Paf ! un éclair brille sur notre droite, la détonation suit, et un cri formidable répond. C’est un turco de l’avant-garde, le grand nègre qui tout à l’heure bassinait la tête de Léopold. Il a l’épaule fracassée, et il hurle comme un million de chacals. Le général pousse au blessé, je le suis, tandis que vingt hommes, la baïonnette en avant, battent tous les buissons du voisinage. Pas plus d’Arabes que sur la main, c’est l’ordinaire ; mais en revanche le premier qui met le pied sur le plateau nous montre à l’horizon trois villages éclairés comme pour un bal. ”
“ Tout cela est encore lettre close pour moi. Le seul point démontré, c’est qu’il n’a rien obtenu, sauf peut-être un serrement de main, une faveur sans gravité mais non sans conséquence. Rien n’est sans conséquence pour une femme gardée à vue, qui concentre tout dans son cœur. L’explosion d’un sentiment comprimé est plus soudaine et plus terrible que la vapeur, le gaz et la poudre. Souvenez-vous, chère Clarisse ! Il y avait un an que vous refusiez de venir rue de Sèze, lorsqu’on vous y décida tout à coup en vous défendant de me recevoir ! ”
