“ Paf ! un éclair brille sur notre droite, la détonation suit, et un cri formidable répond. C’est un turco de l’avant-garde, le grand nègre qui tout à l’heure bassinait la tête de Léopold. Il a l’épaule fracassée, et il hurle comme un million de chacals. Le général pousse au blessé, je le suis, tandis que vingt hommes, la baïonnette en avant, battent tous les buissons du voisinage. Pas plus d’Arabes que sur la main, c’est l’ordinaire ; mais en revanche le premier qui met le pied sur le plateau nous montre à l’horizon trois villages éclairés comme pour un bal. ”
Turco
Définition et enjeux
Citations sur “Turco”
“ Nous avions des blessés à rapporter et des bagages à reprendre en chemin : le général décide que nous irons dormir chez nous.Tout le monde croyait la question vidée, et tout le monde était de belle humeur, excepté le turco, qui, relégué à l’arrière-garde, n’avait pas eu l’occasion de se montrer. Je me moquais un peu de son ambition, et je lui débitais tous les proverbes appropriés à la circonstance : l’appétit vient en mangeant, mais ce n’est pas tous les jours fête ; ne te désole pas : tout vient à point à qui sait attendre, et cætera. ”
“ Aucun obstacle sérieux jusqu’au fond de la vallée ; nos hommes ont balayé la route : je vois une centaine de cavaliers français et alliés se débattre dans le fond contre les tirailleurs ennemis. Le terrain représente une longue bande de pré semée de bouquets d’arbres dont le moindre cache un ou deux hommes. Nos spahis, nos chasseurs et nos goums traquent ce maudit gibier et piquent tout ce qu’ils rencontrent. Nos turcos sont déjà sur le versant opposé et montent la côte. ”
Alphonse Daudet,
Contes de lundi
“ Vaguement, dans son idée de sauvage, il se figurait que c'était là cette armée de délivrance, Faidherbe ou Chanzy, que les Parisiens attendaient depuis si longtemps. Aussi comme il était heureux, comme il leur riait de toutes ses dents blanches!... En un clin d'œil, la barricade fut envahie. On l'entoure, on le bouscule.«Fais voir ton fusil.»Son fusil était encore chaud.«Fais voir tes mains.»Ses mains étaient noires de poudre. Et le turco les montrait fièrement, toujours avec son bon rire. Alors on le pousse contre un mur, et ran!...Il est mort sans y avoir rien compris. ”
Jacques Boucher de Perthes,
Voyage en Espagne et en Algérie…
(1859)
“ Descendants des Turcs et des Maures, les turcos offrent une race d'hommes robuste, belle, et vaillante quoique portée au pillage. En leur faisant espérer une razzia, on peut les conduire partout; mais s'il n'y a pas quelque chose à gagner au bout de la campagne, sans être moins braves, ils se montrent mous et insouciants dans leur service. Il y a des turcos de. toutes les couleurs, depuis la blancheur de l'Européen jusqu'au noir Nubien. On compte aussi dans leurs rangs des Maures, des Bédouins, des Kabyles. Ils deviennent sous-officiers, rarement officiers, cependant on en voit quelques-uns. ”
Alphonse Baralle, Atlas universel, contenant la géographie physique… (1877)
“ Les Turcs, envahisseurs de la Grèce, appartiennent à la même race que les Tatars, disséminés en Russie depuis la Crimée jusqu'à Kazan. Les Turcs sont originaires des régions ouraliennes extrêmes au nord de la Caspienne, mais ils se sont incorporés un grand nombre de familles grecques et une partie des anciennes nations de l'Asie mineure et de la Thrace. Les Turcomans établis en Macédoine ont conservé sans mélange le sang asiatique. Vers le nord ouest, on trouve deux grandes familles, probablement indigènes depuis des milliers d'années : ce sont les Slaves et les Finnois. ”
L. Le Saint, Récits militaires, Crimée et Italie (1867)
“ Les turcos sont chargés par les hulans.Une inspiration subite les saisit. Ils ouvrent les rangs, les laissententrer dans le carré, le referment et les font prisonniers. Les Autrichiens en sont ébahis; il y a de quoi I Les turcos se font une drôle d'idée des Piémontais. Ils ont vu leurs montagnes, et ils croient qu'ils vivent en tribus comme eux. ”
Pierre Loti,
La Mort de notre chère France en Orient
“ Pendant plus de deux ans, j’ai parcouru la Macédoine et les Balkans et je dois à la vérité de dire qu’il n’existe en ces pays qu’un seul peuple sympathique et très proche de nous : c’est le Turc. Au milieu des races abâtardies qui peuplent ces régions, races de pillards, de parjures et de bandits, les Turcs par leur beauté physique et leurs qualités de cœur font tache : eux seuls pratiquent les règles de l’hospitalité, eux seuls considèrent l’étranger comme un frère et non comme un ennemi. ”
Saint-Marc Girardin,
La Question d’Orient en 1840 et 1862
“ Si j’étais le seul à pleurer la mort de la Turquie et surtout son genre de survivance, peut-être pourrait-on douter de mon chagrin; mais il n’y a pas un seul publiciste en Occident s’étant quelque peu occupé des affaires d’Orient, il n’y a pas en Orient un seul chrétien grec ou latin qui ne sache que la Turquie n’est plus et qu’elle ne vit plus que par et pour l’Angleterre. ”
René Pinon, Revue des Deux Mondes
“ On a vu des peuples plus. avancés en civilisation et mieux doués s’assimiler d’autres peuples ; mais le Turc est, de tous les éléments qui constituaient l’Empire ottoman, le moins développé, le moins susceptible de culture et de progrès. Cette guerre, dans laquelle les Turcs, par leur bravoure et la position géographique de leur Etat, ont apporté à nos ennemis un si précieux appoint, doit avoir pour conséquence, là comme ailleurs, là plus encore qu’ailleurs, l’affranchissement des peuples, la fin de toutes les oppressions. ”
“ À part cette répugnance qu’ils ont à la reproduction de leurs figures, les Turcs que nous avons sur le bateau (je ne puis parler que de ceux-là) , me paraissent de bons diables, gais, rieurs et volontiers familiers. Je sais que ce n’est pas ainsi qu’on représente d’ordinaire les Turcs. Mais, enfin, en Turquie comme ailleurs, la règle, en supposant qu’ici le contraire soit la règle, souffre des exceptions. L’un m’offre du tabac, blond comme une chevelure d’allemande, odorant comme un parfum d’Arabie. ”
Jean-Baptiste de Boyer d’Argens, Mémoires du marquis d’Argens
“ Mille gens en France regardent les Turcs comme une nation barbare, à qui le ciel n’a donné que les idées les plus communes et les plus grossières. On revient bien, de ce préjugé pour peu qu’on les ait fréquentés. Quand je vous parle des Turcs, ce sont des levantins, ou sujets du Grand-Seigneur, des Arabes et des Persans. ”
Edouard Blanc,
Revue des Deux Mondes
“ C’est dans le Turkestan, dans ce pays dont nous allons parler, qu’on trouve les vrais Turcs primitifs : non pas, je le répète, les Turcs modernes, policés, dont l’image nous est familière et que nous rencontrons parfois sur les boulevards des villes d’Europe, coiffés du fez et vêtus de la stambouline, laquelle ressemble déplorablement à une redingote ; mais les Turcs nomades, féroces, pillards, toujours à cheval, étrangers à toute civilisation, ou du moins à celle dont nous avons l’habitude. ”
H. N. Hémann, Atlas des cinq parties du monde… (1836)
“ La Turquie-Asiatique a beaucoup plus d'étendue que la Turquie d'Europe : elle est bornée au nord par la mer Noire; à l'est, par la Perse; au sud, par l'Arabie, et à l'ouest, par la Méditerranée. Sa plus grande longueur est de 520 lieues, et sa plus grande largeur de 285. Cette partie de la Turquie est très montagneuse; mais il s'y trouve aussi un grand nombre de plaines bien arrosées, et le sol y est, en général, très fertile : malheureusement l'agriculture y est plus négligée qu'en aucun lieu du monde. ”
Anatole Leroy-Beaulieu,
Revue des Deux Mondes
“ Par sa vivacité, son agilité intellectuelle, son besoin de mouvement, sa curiosité impatiente, le premier est un Européen et un moderne, qui pousse jusqu’à l’excès l’esprit mobile de notre civilisation et de notre siècle : par son indolence intellectuelle, son fatalisme, son manque de ressort et d’initiative, le Turc est, en dépit de son séjour en Europe, un Asiatique, et il est douteux qu’il puisse jamais être autre chose. ”
Claude Farrère,
L'homme qui assassina: Roman
“ «Hein, vous dites? un Frank, amant d'une Turque?... Mais, mon cher, à quoi pensez-vous! c'est folie, folie pure et simple.... L'histoire d'Aziyadé? fable, vanterie!... Voyons, réfléchissez: nous, les Européens établis à Constantinople, nous qui ne passons pas, comme vous, nous qui restons! eh bien, avons-nous des Turques pour maîtresses?...» Parbleu! ils fuient Stamboul et l'Asie: ils s'emprisonnent dans leur Péra, ils n'en sortent jamais; ils y vivent entre eux, cloîtrés: et la vraie Turquie leur est plus étrangère qu'elle ne m'était avant mon départ de France. ”
Alphonse de Lamartine,
Voyage en Orient
“ Son regard était fier, doux et ouvert, comme le regard de tous les Turcs en général. On sent que ces hommes n’ont rien à cacher ; ils sont francs parce qu’ils sont forts : ils sont forts parce qu’ils ne s’appuient jamais sur eux-mêmes et sur une vaine habileté, mais toujours sur l’idée de Dieu qui dirige tout, sur la providence qu’ils appellent Fatalité. Placez un Turc entre dix Européens, vous le reconnaîtrez toujours à l’élévation du regard, à la gravité de la pensée imprimée sur ses traits par l’habitude, et à la noble simplicité de l’expression. ”
Félix Sartiaux, Le Sac de Phocée et l’expulsion des Grecs ottomans d’Asie-Mineure en juin 1914
“ Le coup de main, que la Turquie a exécuté si brillamment, lui fera-t-il au moins atteindre le but qu’elle s’est proposé ? L’insuccès des tentatives de ce genre, qu’elle a faites en Macédoine, est de mauvais augure. Jamais le Turc n’a, à lui seul, jeté de profondes racines dans le sol occupé. ”
H. N. Hémann, Atlas des cinq parties du monde… (1836)
“ La population de la Turquie d'Asie est à peu près égale à celle de la Turquie d'Europe. Cette partie de la Turquie est habitée par des Turcs, des Grecs, des Arméniens, des Arabes, des Turkomans, des lourdes, des Bédouins, etc. Les Turcs, les Grecs et les Arméniens, habitent les villes, où les premiers exercent tous les emplois civils et militaires, tandis que les autres se livrent au commerce. Les Turkomans, les Arabes, les Bédouins et Kourdes, sont nomades. ”
C. Lavollée, Revue des Deux Mondes
“ Dans sa pensée, l’héritage de la Turquie est réservé à la race grecque, race supérieure, pleine d’activité et de finesse, ayant gardé la tradition, latente peut-être, mais indélébile de l’antique génie et destinée à régénérer l’Orient en donnant au magnifique port de Constantinople toute sa valeur d’exploitation. ”
Pierre Loti,
La Mort de notre chère France en Orient
“ Monsieur, Si vous jugez que ma lettre peut servir la cause des Turcs, je vous prie de la publier. La foule, qui crie haro sur le baudet, pèche par ignorance et c’est pour cela qu’il faut l’excuser, l’éclairer. C’est le devoir de tous les Français qui visitèrent la Turquie et qui profitèrent de son hospitalité si large, si affectueuse. ”
James Fenimore Cooper,
Le Corsaire rouge
“ Quant au reste de ses vastes possessions, il a la sagesse de n’en point parler dans son allégorie. Voici le croissant de la Turquie, nation lunatique qui se croit l’héritière du ciel : qu’ils jouissent en paix de leur droit de naissance ; il est rare qu’ils cherchent à en jouir sur les mers. ”
“ LA TURQUIE Tous les regards sont maintenant fixés sur la Turquie, et chaque livre qui en parle est bien venu. La curiosité générale y cherche des détails curieux ou inconnus, des descriptions pittoresques, des notions historiques ; l’on veut se faire une opinion raisonnée sur ce pays, où s’agitent maintenant de si graves intérêts, et où se résout peut-être en ce moment le problème des civilisations de l’avenir. ”
Jules Gustave Prat,
De la politique rationnelle de la France à l'extérieur
(1859)
“ Vous voulez chasser les Turcs de l'Europe, de Constantinople, peut-être bien encore de la Turquie d'Asie, et restaurer, à leur place, un puissant empire Grec. J'avoue bien avec vous, Monsieur, il est vrai, que les Turcs sont aujourd'hui le dernier des peuples, et les derniers des hommes. Aussi féroces qu'ignorants et barbares, ils n'ont pris de la civilisation que ses vices ”
Thierry Sandre,
L'Histoire merveilleuse de Robert le Diable
“ Ce sont les Turcs, les Turcs de Roménie, de Coroscane et d’Alénie. Ils viennent de débarquer. La plage est couverte de leurs troupes. Aux armes! Si vous ne leur tenez pas tête, vous êtes tous morts. Si vous ne marchez pas victorieusement contre eux, ils mettront le siège autour de la ville, et vous serez ici tous pris au piège. ”
Justin Pascal Angelin, Expédition du Louxor, ou Relation de la campagne faite dans la Thébaïde pour en rapporter… (1833)
“ Les Turcs, par opposition, nous offrent des formes mâles et des beautés sévères : leurs paupières épaisses, leur nez droit, leur barbe longue et touffue, la pose majestueuse de leur corps, distinguent ces tyrans parmi tous leurs esclaves. ”
Christine Trivulce de Belgiojoso, Revue des Deux Mondes
“ Un sentiment de piété sincère, une foi aveugle, la plus admirable patience, la résignation la plus touchante dans l’adversité, le goût du beau, du vrai et de l’honnête, l’abnégation de soi-même, tels sont les traits principaux du caractère turc. Je ne parle pas ici des habitans des grandes villes, ni des membres des classes élevées, qui copient les dehors des étrangers, bien qu’ils affectent de mépriser et de haïr tout ce qui n’est pas turc. Je n’aime pas le Turc élégant, maniéré, esprit fort. ”
Le Châtiment de la Turquie, par un diplomate (1919)
“ Si l'on examine l'histoire de la Turquie durant ces derniers cent ans, on ne trouve nulle part un gouvernement qui, autant que celui-ci, ait pris plaisir à massacrer, tantôt les Grecs, tantôt les Maronites, tantôt les Bulgares, les Serbes, les Arabes du Yemen, les Druses, les Arméniens, les Albanais, les Crétois. ”
Dora d’Istria,
La Poésie populaire des Turcs orientaux…
“ Rien chez les Turcs qui ressemble aux inébranlables créations de la race aryenne, à cette imposante constitution aristocratique de l’Inde, qui se perd dans la nuit des temps, et qui a enfanté une civilisation digne pour sa fécondité dans l’ordre intellectuel d’être mise au rang des plus glorieuses. La prospérité si prompte des Ottomans et leur rapide décadence, le peu de résistance que le Turkestan oppose maintenant à la conquête, ne font que confirmer ces considérations. ”
Bibliothèque nationale, Vers l'Orient : [exposition, Paris… (1983)
“ « Puisque la guerre éloigne les Amours de l'Europe, la sécurité de leur retraite n'est pas bien assurée dans la Turquie. mon inquiétude n'est point calmée par la position imaginaire d'une Isle turque dans la mer des Indes. Tout ce qui sent le Turc porte à mon esprit des ombrages de trouble et de combustion. » (Mercure de France, novembre 1735) . Les parodies (celles des Indes galantes sont relativement nombreuses, attestant le succès de l'oeuvre, et suivent l'histoire mouvementée de la partition et du livret) exercent toute leur verve sur le Turc amoureux. ”
H. N. Hémann, Atlas des cinq parties du monde… (1836)
“ La population de cette capitale s'èlève à près de 600,000 habitants. Caractère physique et moral des Turcs. Les Turcs sont, en général., d'une taille élevée, robustes et bien proportionnés. Leur contenance grave, qui est plus expressive que celle des peuples du nord de l'Europe, reçoit un nouveau relief de la barbe et du turban. Leur caractère national est un mélange de qualités et de vices aussi opposés que contradictoires. Ils sont braves et pusillanimes, bons et féroces, fermes et pleins de faiblesse, actifs et indolents à l'excès. ”
Antoine Antoine, L'album des peuples ou collection de tableaux représentant les cérémonies…
“ La gravité fait la base du caractère des Turcs, et se fait remarquer jusque dans leurs démonstrations de civilité. On salue son égal en Turquie en portant la main sur son cœur, et son supérieur en la dirigeant d'abord vers le front. Un enfant n'oserait embrasser son père, son aïeul, ou tout autre parent respectable par son âge ou son état : il se contente de baiser le bas de sa robe ; c'est l'hommage d'un inférieur envers son supérieur. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
(1882)
“ La dépossession de Turcs était en outre réclamée par le plus profond et le plus sacré des intérêts de la civilisation. En effet, 17 millions d'hommes épars sur 86 mille lieues carrées, voilà ce qu'était la Turquie d'Europe et d'Asie. 97 millions d'hommes resserrés dans un espace de moins de 86 mille lieues carrées, voilà ce qu'étaient la France, l'Angleterre, l'Espagne, la Belgique et la Suisse réunies. ”
Louis-Charles Fougeret de Monbron, Le Cosmopolite, ou Le Citoyen du monde
“ Une chose qui m’a révolté en Turquie, c’est le respect idolâtre que les Catholiques ont pour leurs Moines. J’ai souvent vu de jeunes Demoiselles courir à la rencontre d’un maussade & superbe Penaillon, qui du plus loin qu’il les voyoit, leur présentoit une main pelue, que les innocentes baisoient comme un reliquaire. Hélas ! que de sottises ne fait-on pas pour gagner le Paradis ! Les Turcs ont un si grand fonds d’humanité pour les bêtes, que les chiens & les chats seront quelque jour maîtres de Constantinople. On voit plus de chiens que d’hommes dans les rues. ”
