Emma Baugé

Résumé

Emma Baugé La Sente d'ombre : 1914-1916 (1916)

Ce ciel dont l'infini s'offre aux sublimes fous, Éden inviolé, baigné de clarté blonde, Ce ciel, dont l'homme peut en défendre jaloux L'approche et s'écrier : « Je plane sur le monde. »
Il monte ! le soleil frappant ses flancs d'acier L'illumine, le sol se dérobe fantasque ; Et c'est comme un frelon qu'attire le brasier, Il va, ronronnant fort, tout droit vers la bourrasque..
L'obus déchirant l'air, éclate près de lui.
Les ailes ont perdu des lambeaux, mais qu'importe, Puisque tout un boyau de tranchée est détruit, Et que l'artillerie ainsi conduite est forte!
Source : Gallica

Emma Baugé La Sente d'ombre : 1914-1916 (1916)

Femme! meilleure d'être femme, Pourquoi me caches-tu ton âme, Éteins-tu ton regard de flamme ?
Tes flancs sont forts, tes seins sont beaux; Et tes aisselles des arceaux Où les parfums sont des tombeaux.
Ta bouche m'est voluptueuse, Du fond de ta gorge fiévreuse Monte la plainte douloureuse.
Je voudrais en mes bras virils T'étreindre comme les plus vils, Tuer tes rires puérils !
Ne plus te connaître distante En ta chair calme, consentante, Mais folle, farouche, vibrante.
Que ce soit moi, l'homme puissant Qui prenne sur ton sein charmant Le repos pâmé de l'amant
Source : Gallica

Emma Baugé La Sente d'ombre : 1914-1916 (1916)

Au dehors, c'est la vie. — Ainsi qu'un doux poème De couleurs, il fait gris et rose. — Je vous aime Frêles toits découpés dans les bois odorants, Vous qui semblez gardés par des dragons troublants, Et qui n'êtes qu'abris charmants, mièvres et frêles Au « Passé » dont je sens palpiter les deux ailes.
Tout le ciel est chassé du mystique tombeau.
Le seuil passé, je peux revivre par lambeau L'histoire de ces dieux, grands, boudhas de chimère.
L'un roule des yeux blancs ; et sa grimace amère, Son long sabre de bois, vaguement argenté, Me font en souriant songer à toi, Poucet !
Source : Gallica

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