“ La raison d’être de leur existence, qui est aussi la base même de la religion, c’est la croyance irraisonnée, l’obéissance aveugle. On croit sans examen, sans discussion, par simple besoin de croire. On a foi dans l’État, dans la presse, dans la science, dans l’armée, dans tout ce qui a l’audace de prétendre exister ; on a foi dans le progrès, et, chose plus étrange encore, on a foi dans la perpétuité du présent. C’est seulement en soi-même que l’homme refuse de croire. Époque religieuse, cher monsieur. Époque de foi, de paix et de résignation, et que menace un seul danger. ”
Georges Darien
Résumé
"L’Épaulette", roman de Georges Darien publié en 1905, explore les tensions entre idéalisme et réalité à travers les liens familiaux et militaires. Axé sur les personnages de Raubvogel, Delanoix et Curmont, l’œuvre dévoile un monde marqué par la guerre, la vengeance et les contradictions de la société française.
Les passages choisis révèlent une critique acerbe des institutions, de l’ardeur nationaliste et de la mémoire partagée. Darien interroge avec ironie la glorification de la puissance, tout en soulignant l’indécision des individus face à la violence et à l’histoire.
Citations de L’Épaulette (Georges Darien)
“ La Revanche ! Quelle blague ! Une blague à faire péter la bedaine du général Saussier ! Nous sommes en 84. Voilà quatorze ans qu’on la prêche, qu’on la gueule et qu’on l’annonce, la Revanche ; vous pouvez attendre encore quatorze ans, et vous n’aurez pas vu le bout de son nez. Laissez venir la fin du siècle ; ce sera la même chose. Une blague, je vous dis, une sale blague ! Voulez-vous que je vous dise la vérité ? Personne, en France, ne pense à la revanche. Et voulez-vous savoir pourquoi ? Parce que, personne, en France, ne pense à la France. Je ne suis pas un chauvin, certes. ”
“ Sans l’aveuglement partiel et voulu qui permet l’enthousiasme ? Est-ce que trop regarder les différents aspects des choses, trop voir toutes les faces d’une question, est-ce que cela estropie l’énergie, l’annihile ? Je sens que ce qu’il y a de plus lugubre en moi, ce n’est pas mon manque de volonté ; c’est mon désir mou de vouloir. Je pense que je ressemble à mon pays... Adèle parle toujours, véhémente, avec une lueur dans les yeux qui m’effraye, et que je n’ose soutenir de peur d’être tiré hors de moi-même. ”
