“ Nous sommes perdus alors!—Écoutez, maître, répondit froidement le Guaranis.En ce moment, un cri d'agonie traversa l'espace; bien qu'assez éloigné il avait une telle expression d'angoisse et de douleur que le peintre frémit malgré lui et se sentit soudain inondé d'une sueur froide.—Oh! s'écria-t-il, c'est le cri d'un homme qu'on assassine. Que se passe-t-il? Mon Dieu!Et il fit un mouvement pour s'élancer hors de la barque.—Arrêtez, maître, dit Tyro, c'est inutile; les trahisons de Neño ne sont plus désormais à craindre. ”
Résumé
“Le Montonéro”, est une œuvre de Gustave Aimard. Des thèmes tels que montonero, Gueyma ou Cougouar y sont abordés.
Citations de Le Montonéro (Gustave Aimard)
“ Malgré l'impassibilité de commande dont les Indiens font parade dans les circonstances les plus sérieuses, Gueyma, en apprenant ces nouvelles si nettement et si froidement articulées, ne put se contenir. Ses sourcils se froncèrent, ses narines se dilatèrent comme celles d'une bête fauve; il bondit sur ses pieds, et frappant violemment ses mains l'une contre l'autre:—Mon frère, le chef pâle a les preuves de ce qu'il avance, n'est-ce pas? s'écria-t-il avec un accent de sourde menace.—Je les ai, répondit simplement Zéno Cabral. ”
“ Les traits du partisan se contractèrent, une pâleur terreuse couvrit son visage, ses sourcils se froncèrent à se joindre.—Prenez garde, señor, s'écria-t-il d'une voix sourde et saccadée, réprimant à grand-peine la colère qui l'animait. Prenez garde, vous êtes en mon pouvoir; ne l'oubliez pas, et je suis l'homme que ses ennemis ont surnommé l'ours de Casa-Trama.—Que m'importe les noms qu'on vous donne, s'écria Émile, oubliant toute mesure; un seul vous convient, si vous persistez dans la voie funeste où vous êtes engagé, c'est celui de bandit. ”
“ Il y eut un instant de silence; la marquise était pâle, ses sourcils froncés à se joindre sous l'effort d'une pensée intérieure et ses regards fixes dénotaient chez elle une émotion contenue avec peine; doña Eva, au contraire, rayonnait: l'espoir de la liberté illuminait ses traits d'une auréole de bonheur.Le jeune homme regardait la marquise sans rien comprendre à cette émotion dont il cherchait vainement la cause; enfin elle reprit la parole.—Êtes-vous bien certain, caballero, dit-elle, que l'officier dont vous parlez se nomme don Sebastiao Vianna? ”
“ Qu'il vous suffise, quant à présent, de savoir que, élevé parmi les blancs dont j'avais adopté les croyances, les mœurs, les habitudes, et pour lesquels je professais et professe encore aujourd'hui le dévouement le plus vrai et le plus sincère, ce n'est que que pour vous. Gueyma, pour vous que j'ai vu naître et que j'aime comme un fils, que j'ai consenti à abandonner les jouissances sans nombre de la vie civilisée pour reprendre la vie précaire, semée de dangers et de privations, de l'Indien nomade. J'avais fait un serment de vengeance et de dévouement. ”
“ Malgré la franchise de cet aveu, le peintre français, peu au courant encore du caractère de ces races primitives, ne se souciait nullement de mettre l'Indien complètement dans la confidence de ses secrets.Le trop de civilisation rend défiant.Le Guaranis s'aperçut facilement de l'hésitation de l'artiste qui, peu habitué à dissimuler, laissait son visage refléter, comme un miroir, ses émotions intérieures.—Le maître n'a rien à apprendre à Tyro, dit-il avec un sourire; l'Indien sait tout. ”
“ Vous, Zéno Cabral, pour la nation des Guaycurús, vous vous nommez maintenant Cabral Gueyma; et vous, Gueyma, pour les frères de votre ami, vous êtes Gueyma Zéno. Votre sang même doit se mêler dans votre poitrine, afin que vos pensées soient bien réellement les mêmes et que, à l'heure où vous comparaîtrez, après votre mort, devant le Maître du monde, il vous reconnaisse et vous réunisse l'un à l'autre.Après avoir ainsi parlé, le Cougouar tira son couteau de sa gaine et piqua légèrement la poitrine du partisan juste à la place du cœur. ”
“ La marquise sourit tristement.—Votre mémoire est courte, dit-elle, ma chère Eva; insouciante comme tous les enfants de votre âge, le passé n'est plus pour vous qu'un rêve, et vos regards, sans se fixer sur le présent, se dirigent sur l'avenir seul. Avez-vous donc oublié déjà le chef de partisans qui, il y a deux mois, nous fit prisonnières et dont nous sauva le dévouement de don Emilio?—Oh! Non, ma mère, s'écria-t-elle avec un tressaillement nerveux, non, je ne l'ai pas oublié, car cet homme semble être notre mauvais gente! ”
“ Le Guaranis ramassa le bois sec, l'empila avec soin, battit le briquet et bientôt une légère aigrette de flamme s'éleva gaiement vers le ciel.Un silence de mort régnait dans la vallée, la brise s'était éteinte, il n'y avait pas un souffle dans l'air; le ciel noir comme de l'encre, n'avait pas une étoile, la nature semblait rassembler toutes ses forces pour livrer un combat plus terrible à la matière; dans les profondeurs inexplorées des quebradas, des bruits sourds et mystérieux s'élevaient parfois, se mêlant, à de longs intervalles aux sourds rugissements des fauves à l'abreuvoir. ”
“ Cependant, Émile avait une organisation trop nerveuse pour se contenter longtemps d'un semblable genre de vie, et ce fut avec un soupir de regret qu'il ferma les yeux et s'endormit, car il ne pouvait prévoir la fin de sa prison, et la perspective de demeurer, ainsi plusieurs jours seul en face de lui-même l'effrayait avec raison.Combien de temps demeura-t-il ainsi plongé dans le sommeil? Il n'aurait su le dire. Tout à coup il se réveilla en sursaut, se dressa dans son hamac, le front pâle et les traits contractés, en jetant autour de lui des regards effarés. ”
“ Un chef payagoa, guerrier âgé déjà, et d'un aspect respectable, s'inclina et répondit:—Capitao des Guaycurús, bien que fort jeune encore, vous réunissez en vous la prudente circonspection de l'agouti, jointe au bouillant courage du jaguar; les paroles que souffle votre poitrine sont inspirées par le grand Esprit. C'est lui qui parle par vos lèvres. Au nom des capitaos ici présents, je vous remercie de la latitude que vous nous donnez, en nous laissant la liberté entière de nos déterminations. ”
“ Gueyma suivait silencieusement le Cougouar, se demandant intérieurement quel était le but de cette mystérieuse sortie.Quant au vieillard, il s'avançait sans hésitation aucune, se dirigeant au milieu de ce dédale de verdure avec une sûreté qui témoignait d'une grande connaissance des lieux et d'un but déterminé à l'avance, car les deux chefs avaient depuis longtemps déjà abandonné la sente, et, sans suivre aucun chemin tracé, ils marchaient en droite ligne devant eux, franchissant les obstacles qui, de temps en temps, surgissaient sur leur passage, sans se détourner ni à droite ni à gauche. ”
“ En effet, dans ces régions reculées, la justice, trop faible, ne pouvait se faire respecter, et ses agents, malgré leur bon vouloir, étaient contraints de demeurer spectateurs des déprédations commises journellement par les bandits.Don Pablo Pincheyra était loin d'être un homme ordinaire; la nature avait, été prodigue envers lui; à un courage de lion il joignait une rare sagacité, une justesse de coup d'œil peu commune et une pénétration inouïe, réunie à des dehors pleins de noblesse et même d'affabilité. ”
“ Mon fils est non seulement un des guerriers les plus redoutables de sa nation, mais il en est encore un des chefs les plus renommés: il doit à tous l'exemple de la patience. Une lune ne s'écoulera pas sans que je lui révèle le secret qu'il a si grande hâte d'apprendre; jusque-là, qu'il continue à se laisser guider par l'homme qui s'est dévoué à lui et dont la seule pensée est de le voir heureux un jour.Après avoir prononcé ces paroles d'une voix sévère mélangée d'affection, le vieux chef s'enveloppa dans son poncho, s'étendit sur le sol et ferma les yeux. ”
“ Après ces paroles prononcées d'une voix brève et sèche, le capitaine s'appuya sur son sabre et attendit.Cependant une vive agitation régnait dans la salle, les partisans chuchotaient entre eux en lançant des regards courroucés au téméraire officier qui osait les braver ainsi jusque dans leur camp; quelques-uns portaient déjà la main à leurs armes: un conflit était imminent.Don Pablo se leva, d'un geste impérieux il calma le tumulte, et lorsque le silence se fut rétabli, il répondit avec la plus exquise courtoisie à l'envoyé du général. ”
“ Heureusement le partisan, aveuglé par la rage, n'avait pas calculé son coup: la balle, mal dirigée, au lieu de frapper le Français en plein corps, ne lui fit qu'une légère éraflure dans le bras et se perdit inoffensive.—Votre vie m'appartient, dit froidement le jeune homme en armant à son tour son pistolet.—Cassez-moi donc la tête, ¡caray! s'écria don Pablo; tirez, au nom du diable! Et que tout soit fini.—Non pas, repartit le jeune peintre sans s'émouvoir, il est bon que vous puissiez juger de la différence qui existe entre un homme de votre sorte et un de la mienne. ”
“ Gueyma s'enveloppa alors avec soin dans son poncho, s'étendit commodément devant le feu, ferma les yeux, et, quelques minutes plus tard, il était plongé dans un profond et tranquille sommeil.Le Cougouar n'avait pas changé de position; accroupi devant le feu, la tête penchée sur la poitrine, il réfléchissait.L'Indien demeura ainsi pendant un laps de temps assez considérable dans une immobilité telle que, de loin, il ressemblait plutôt à une de ces idoles des Indes orientales qu'à un homme de chair et d'os. ”
“ Lorsque le peintre crût que l'heure du départ était sonnée, il se remit en marche pour retourner chez lui. En affectant peut-être un peu trop visiblement pour quelqu'un qui aurait eu intérêt à épier ses faits et gestes, les manières d'un homme complètement indifférent il atteignit ainsi le Callejón de las Cruces, et bientôt il arriva auprès de la maison.Malgré lui, le jeune homme se sentait rougir; son cœur battait avec force dans sa poitrine, il avait des bourdonnements dans les oreilles, comme lorsque le sang mis subitement en révolution monte violemment à la tête. ”
“ Don Zéno reprit:—Quelques années s'écoulèrent, mon grand-père s'était mis à la tête de la vaste chacra, exploitée par notre famille; mon père commençait à l'aider dans ses travaux. Il avait une sœur, belle comme les anges et pure comme eux, elle se nommait Laura; son père et son frère l'aimaient à l'adoration, elle était toute leur joie, tout leur orgueil, tout leur bonheur...Don Zéno s'arrêta; deux larmes, qu'il ne songea pas à retenir, coulèrent lentement le long de ses joues.—Ce souvenir vous attriste, señor, lui dit doucement l'abbesse.Le jeune homme se redressa fièrement. ”
“ Le chef des Pincheyras, homme de haute taille, aux traits énergiques et accentués, à la physionomie dure et cruelle, jeune encore, et qui, pendant le combat, avait fait des prodiges de valeur et s'était constamment acharné sur don Zéno Cabral lui-même, qu'il avait même, au commencement de l'action, renversé de cheval, apparut bientôt presque couché sur sa monture, brandissant furieusement sa lance et excitant à grands cris une vingtaine de cavaliers dont il était suivi. ”
“ Don Pablo, avec une confiance qui eût été une insigne folie avec un autre homme que le peintre, passa alors le premier et commença à descendre sans même tourner la tête pour voir si son compagnon le suivait.Rien n'eût été plus facile que de faire perdre l'équilibre au partisan en le poussant légèrement, comme par hasard, et de lui briser le crâne contre les rochers; le pensée n'en vint même pas au peintre, malgré la haine qui grondait dans son cœur contre cet homme, haine avivée encore par leur récente querelle ”
“ Heureusement pour lui, le peintre avait affaire à un homme honnête et réellement dévoué; ce qui, vis-à-vis de tout autre l'aurait probablement perdu, fut ce qui le sauva.Tyro avait longtemps mené la vie des gauchos, chassé dans la pampa et exploré le désert dans toutes les directions; il connaissait à fond toutes les ruses indiennes: rien ne lui était plus facile que de servir de guide à son maître pour le conduire soit au Haut-Pérou, soit à Buenos Aires, soit au Chili, soit même au Brésil. ”
“ Il y eut un long silence entre les deux dames après le départ du Pincheyra.La marquise releva enfin les yeux et fixa un long regard sur sa fille, qui, la tête penchée sur la poitrine, semblait plongée dans d'amères réflexions.—Eva! lui dit-elle d'une voix douce.La jeune fille tressaillit, et, redressant vivement sa belle tête pâlie par le chagrin:—Vous me parlez, ma mère? répondit-elle.—Oui, ma fille, reprit la marquise; vous pensiez à notre malheureuse situation, sans doute?—Hélas! fit-elle. ”
“ TRILOGIE DE ZÈNO CABRAL TABLE I LE CALLEJÓN DE LAS CRUCESBien que la ville de San Miguel de Tucumán ne soit pas très ancienne et que sa construction remonte à peine à deux cents ans, cependant, grâce peut-être à la population calme et studieuse qui l'habite, elle a un certain parfum moyen âge qui s'exhale à profusion des vieux cloîtres de ses couvents et des murs épais et noircis de ses églises; l'herbe, dans les bas quartiers de la ville, croît en liberté dans les rues presque constamment solitaires ”
“ En ce moment la porte de la seconde chambre s'ouvrit brusquement, et la marquise parut, calme et imposante.—Guerre de bêtes fauves, soit, caballero, dit-elle, je l'accepte.Le jeune homme se leva brusquement, et foudroyant la supérieure d'un regard de mépris écrasant:—Ah! On nous écoutait, dit-il avec ironie; eh bien, tant mieux, je le préfère ainsi; cette trahison indigne m'évite une explication nouvelle; vous connaissez, madame, les motifs de la haine que je porte à votre mari; je n'ai rien de plus à vous apprendre. ”
“ Le Cougouar était sorti du camp au petit pas; il conserva cette allure tant qu'il supposa être en vue des sentinelles, mais aussitôt qu'un pli de terrain eut caché ses mouvements, il lâcha la bride, fit entendre un léger claquement de langue, et le cheval, partant aussitôt à toute bride, commença à détaler avec une vélocité extraordinaire, courant en droite ligne, sans s'occuper des obstacles qui se rencontraient sur sa route, et qu'il franchissait avec une légèreté extrême sans ralentir sa course. ”
“ Tyro ne baissa pas les yeux, son visage demeura impassible, et ce fut de la même voix calme, avec le même accent d'insouciance qu'il continua:—En ce pays, maître, le courage ne ressemble en rien à celui que vous possédez, tout homme est brave le sabre ou le fusil à la main, surtout ici, où, sans compter les hommes, on est constamment contraint de lutter contre toutes espèces d'animaux plus nuisibles et plus féroces les uns que les autres, mais que signifie cela? ”
“ Tyro ne répondit pas, occupé à tout préparer pour le déjeuner de son maître; absorbé en apparence par cette grave occupation, il feignit de ne pas entendre ces paroles par trop significatives.—Voilà qui est fait, mi amo, dit-il, mangez et buvez, il est bon de prendre des forces; on ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve, et il faut être préparé à tous les événements.Le peintre le regarda un instant avec attention.—Allons, dit-il, en s'asseyant sur un équipal devant la table, tu machines quelque chose.Le Guaranis se mit à rire malicieusement. ”
“ Dans des conditions comme celles-là, la vie devient littéralement impossible! Mieux aurait cent fois valu pour moi rester en France, où du moins on me laissait parfaitement tranquille et libre de vivre à ma guise! Jolie situation que la mienne, me voilà, sans savoir pourquoi, placé entre la fusillade et la potence! Mais c'est absurde cela! Ça n'a pas de nom! Le diable emporte les Américains et les Espagnols! Comme s'ils ne pouvaient pas se chamailler entre eux sans venir mêler à leur querelle un pauvre peintre qui n'en peut mais, et qui voyage en amateur dans leur pays! ”
“ Veuillez informer son Excellence le marquis de Castelmelhor de la façon dont j'agis avec vous et assurez-le que j'ai été heureux de rendre à ces dames le service qu'elles ont réclamé de mon honneur de soldat.—Cette réponse me comble de joie, caballero, reprit l'officier; croyez que je considérerai comme un devoir de faire disparaître de l'esprit de mon général les préventions qui s'y sont élevées contre vous, avec une espèce de raison, permettez-moi de vous le dire; il ne vous connaît pas, et vos ennemis vous ont noirci auprès de lui. ”
“ Le jeune homme ralentit peu à peu le pas, sans affectation, et, pivotant tout à coup sur les talons, il se trouva nez à nez avec don Santiago.—Eh! fit-il, en feignant de l'apercevoir, quelle charmante surprise, señor, vous avez donc laissé à votre frère don Pablo le soin de traiter les officiers espagnols.—Comme vous le voyez, señor, répondit l'autre assez, interloqué et ne sachant trop quoi répondre.—Et vous vous promenez, sans doute?—Ma foi oui; entre nous, cher señor, ces réceptions d'étiquette m'ennuient; je suis un homme simple, moi, vous le savez. ”
“ Gueyma et le Cougouar se mirent à leur tête, et la troupe, composée d'une quinzaine de chefs, tous cavaliers d'élite et guerriers renommés dans leurs tribus, roula comme un ouragan du haut en bas de la colline et s'élança à toute bride dans la plaine, en soulevant sur son passage des flots épais d'une poussière grisâtre, réduite en atomes presque impalpables, au milieu de laquelle elle ne tarda pas à disparaître complètement aux regards. ”
Termes fréquents
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