“ Tournons les yeux vers l’orient, vers le centre de l’Europe. Le bruit se répand que la garde impériale a quitté Pétersbourg pour se rapprocher de la Vistule ; les informations officielles confirment l’entrée des Russes en Transylvanie. Ce sont là des événemens pour le moins aussi graves que ceux de l’Italie ; ce sont peut-être des dangers plus directs et plus irrémédiables. La Russie est la seule puissance en Europe qui soit à même de risquer des guerres de fantaisie, et elle ne sort jamais de chez elle que quand il y a quelque chose à gagner. ”
J. M.
Résumé
“Revue des Deux Mondes”, est une œuvre de J. M.. Des thèmes tels que l'Europe, l'Italie ou Pierre Leroux y sont abordés.
Citations de Revue des Deux Mondes (J. M.)
“ « Prêtez l’oreille, écoutez, écoutez le bruit qui se fait ; Posez la main sur la terre ; sentez-vous ce tressaillement ? C’est la Hongrie, c’est Panslavisme qui se mettent en marche ! » Ces belles métaphores ne laissent pas assurément de flatter les citoyens auditeurs d’un banquet à 1 franc 25 centimes, et la vérité toute nue ne les enchanterait pas autant que de si harmonieuses fictions ; mais nous autres, qui avons l’imagination moins vive, nous résistons au charme du langage, et nous cherchons le sens de la conduite. ”
“ Les révolutions qui se culbutent chacune à leur tour éteignent le sentiment du droit dans les cœurs : le droit d’hier n’est pas celui de demain ; la fête, par exemple, qu’on célèbre aujourd’hui glorifie des héros qui le jour d’avant auraient été des criminels, et M. Lagrange était tout-à-fait dans la vérité de notre temps, quand il soutenait à propos de la discussion des incapacités électorales qu’il n’y avait pas de crime en politique. S’il n’y a de crime nulle part, où donc est le devoir ? ”
“ L’Autriche était à peine entrée dans la voies constitutionnelles, que les révolutionnaires ont poussé tout à l’extrême en Hongrie comme chez elle ; l’Autriche, lésée dans l’unité de son empire, s’est défendue en suscitant l’antipathie des Slaves contre les Magyars, et l’acharnement des Croates vis-à-vis de leurs anciens maîtres a bien prouvé que la réforme n’était pas encore assez mûre pour qu’on pût jouer sans péril à la révolution. ”
“ Si nous ne le faisons pas, nous crie-t-on, si nous ne tendons pas la main, une main secourable, à tous les enfans perdus que la révolution a lancés dans l’Europe, nous attirons à la fois et sur eux et sur nous des ennemis éternels, qui obligeront notre influence à rétrograder autant que la leur avancera ; nous compromettrons notre position en laissant prendre autour de nous des positions ou supérieures ou rivales : le jour où les Autrichiens gagnent pied en Italie et les Russes en Autriche, la France est entamée. ”
“ Il est un mal entre tous que nous venons encore de voir s’étaler dans cette dernière occasion, et qui nous chagrine assez pour ne pouvoir nous en taire. C’est un mal que nous appellerions volontiers l’hypocrisie publique. On arrache un empire à la misère, on ferme les plaies de la guerre civile, on couvre avec le temps les ravages d’une peste ou d’une famine ”
“ Et quand dans une société il est plus difficile encore de savoir où trouver son devoir que de le pratiquer, il arrive alors aisément que l’on prend son parti de n’en plus du tout reconnaître. La vie publique devient ainsi une vie sans devoir, c’est-à-dire sans but comme sans règle, et l’on n’a plus d’adoration que pour le fait, parce que le principe manque. ”
“ S’il est encore moyen de sauver l’idée de la démocratie, c’est en prouvant qu’on peut la tempérer chez soi et qu’on sait l’abandonner chez les autres, lorsqu’elle devient de la démagogie. L’Italie, l’Allemagne, la Hongrie, ont quitté les voies de la réforme pour celles de la révolution. ”
“ Ce n’est point sans quelque projet réservé que le souverain d’un pays où il y a tant d’élémens conservateurs et stationnaires se jetterait de gaieté de cœur au plus épais du radicalisme. À moins que Charles-Albert ne perde devant les difficultés parlementaires le sang-froid qu’il a sur le champ de bataille, il ne se peut qu’il se livre sans dessein à l’extrême emportement des hommes de la révolution. ”
“ Puisque la république est là, cependant, il faut bien qu’elle marche. Aussi l’assemblée constituante est-elle maintenant tout occupée de la loi électorale qui doit compléter l’organisme politique. Etrange singularité ! il semble que la démocratie méconnaisse elle-même son principe une fois qu’elle est à l’œuvre, et n’en comprenne pas les nécessités. On a tant disputé sur la doctrine des incompatibilités parlementaires, que nous ne sommes pas tentés d’y revenir. ”
“ L’ame d’un peuple peut-elle se relever de cet état permanent de désaffection plus ou moins dissimulé sous le masque perpétuel des mêmes convenances ? L’hypocrisie publique est-elle un vice dont une nation guérisse ? Voilà ce que nous nous demandions le 24 février, au milieu de cette foule froide qui remerciait officiellement la Providence de lui avoir donné la république sans la prévenir. ”
“ Nous croyons imprimer au dehors un plus sérieux respect de la France en la délivrant des exagérations révolutionnaires qu’en la lançant à leur suite sur l’Europe justement irritée. Que nos promoteurs de discorde civile ne viennent pas nous accuser de déserter le drapeau national ; nous subissons la situation qu’ils nous ont faite ; que la responsabilité en retombe sur eux. ”
“ Si l’on veut absolument nous mettre dans cette dure alternative, ou de laisser les états rivaux grandir à nos portes, ou de servir contre eux la cause du radicalisme, nous trouvons qu’il nous est encore plus nuisible de nous faire les alliés des radicaux étrangers que de rester l’arme au bras spectateurs de leur ruine. ”
“ Les républicains de Florence ne sont pas plus riches en forces militaires que leurs frères de Rome ; ils ont proclamé définitivement la déchéance du grand-duc et la royauté du peuple, grace à l’invasion des clubs de Livourne ; mais le peuple-roi a déjà fort à faire de se couvrir contre les deux mille hommes et les quelques canons du général Laugier, qu’il a mis hors la loi. Les dictateurs florentins peuvent bien emprunter à notre révolution de février nos ateliers nationaux et nos volontaires patriotes ; ils ne feront pas avec tout cela des soldats qui se battent devant l’ennemi. ”
“ Il est certain qu’il y a des postes où le fonctionnaire est trop indispensable pour avoir licence de les quitter et de prendre à volonté sa place dans la représentation du pays, qu’il sert autrement. Il est certain aussi que, dans un pays à la fois admiratif et démocratique, les fonctions publiques attirent à elles tout ce que la démocratie proprement dite a d’intelligences éclairées. ”
“ Tout ce qu’il existe en Europe d’amis de l’ordre et de la liberté s’est senti indigné de cette anarchie ; ils ont presque désespéré de leur ancien culte, et peu s’en faut qu’ils ne se jettent partout dans les bras de l’absolutisme. ”
“ On travaille de son mieux à organiser, à constituer le fait jusqu’au moment où il disparaît sous un autre, et à ce moment on s’incline devant celui-là avec le même visage et la même docilité que devant le premier, on le salue aussi bas, on lui débite les mêmes professions de foi ; il n’y a rien de changé pour cette ame vagabonde d’un peuple banal, il n’y a qu’un fait de plus. ”
“ Le gouvernement a fort à faire de mettre le holà dans tous les lieux où l’on querelle, et ce n’est pas de trop pour tout contenir de l’énergique élan qu’il imprime à son administration. Préfets et sous-préfets, magistrats et militaires, savent du moins maintenant qu’on ne les abandonnera pas devant l’anarchie, et qu’ils auront toute latitude pour être sévères à propos. ”
“ Pour tout dire en un mot, la poésie de M. Montgomery n’exprime guère qu’un seul sentiment : un sentiment de vénération permanente ; mais cette corde-là au moins vibre assez franchement, et, sans avoir la foi du révérend écrivain, on peut fort bien encore sympathiser parfois avec son mysticisme, sous lequel il n’est pas difficile de reconnaître le même sentiment qui faisait dire à Shakspeare : « Il y a plus de choses sous le ciel que vos savans n’en soupçonnent. » ”
“ L’épée ne perd jamais chez nous tous ses privilèges ; puis c’est le propre de la république d’avoir toute sorte d’égards pour les capitaines, sans même quelquefois obtenir de retour. Ce régime particulier de liberté politique ne s’offusque pas d’être protégé d’un peu près. Les démocrates avancés, qui, nous en convenons, ne se plaisent pas à cette protection quand ils ne sont point eux-mêmes chargés de l’appliquer, ont pris fait et cause pour des intérêts qui les apitoyaient plus que celui du soldat. L’assemblée avait joué un mauvais tour aux voleurs ”
“ N’est-ce pas encore une autre édition de la même histoire ? un autre chapitre de cette désastreuse politique avec laquelle nos nouveaux révolutionnaires perdent tout à force de vouloir tout conquérir ? Si les Magyars doivent succomber et disparaître du nombre des nations, s’ils doivent succomber sous les coups des Russes et frayer par leur chute un passage plus commode aux ambitions moscovites, nous déplorerons certainement une si terrible destinée. Ce ne peut jamais être un sujet de joie d’apprendre qu’un peuple qui fut grand s’affaisse et tombe ”
“ Ce n’est pas le parti modéré qui a gâté la cause libérale dans le monde, c’est le parti démagogique qui l’a déshonorée par ses violences. Le vrai progrès, la révolution légitime et régulière, s’accomplissait pacifiquement, lorsque le flot des parodies républicaines a tout débordé, sous prétexte d’ouvrir plus largement la route. ”
“ Entre le souvenir de ces heures d’enthousiasme sincère et le souvenir des heures fiévreuses de 1848, il n’y a rien de commun pour nous. Ce qui revient tout de suite à notre mémoire, quand nous l’interrogeons pour lui demander les images qu’elle a gardées de cette récente époque, c’est l’aspect des demeures royales saccagées et bouleversées par la justice du peuple. ”
“ Oui, sans doute, les complications du dehors deviennent de plus en plus graves : c’est une cruelle perplexité de voir menacer dans leur assiette les bases essentielles de l’équilibre européen, et ce grand mouvement des forces militaires au-delà des limites que leur assignait l’ordre international, ce vaste déplacement qui semble pousser toujours l’Orient sur l’Occident, peut bien nous causer des alarmes sérieuses. ”
“ L’emploi brutal de la force irrégulière ne sera jamais qu’une périlleuse réparation du droit violé. Mais enfin il y avait en 1830 un admirable élan de patriotisme honnête, il y avait des passions généreuses jusque dans leur aveuglement, y avait le besoin national d’une revanche. ”
“ C’était, en effet, là le meilleur plan de conduite pour remédier aux folies révolutionnaires sans empirer le sort de la nationalité italienne ; c’était que les Italiens eux-mêmes fissent la police de l’Italie. M. Gioberti comprenait bien qu’une intervention en Toscane avait pour le Piémont toute espèce d’opportunité ; elle ajournait la reprise des hostilités avec l’Autriche, elle facilitait peut-être un arrangement, elle était l’obstacle le plus sûr aux envahissemens autrichiens dans la Péninsule ”
“ Le progrès de ces puissances, qui nous sont opposées depuis des siècles par un antagonisme naturel, n’est pas fait pour nous rassurer, et il y va de l’honneur, du salut de la France, de ne point permettre que la balance politique penche par trop du côté qui n’est pas le sien S’ensuit-il cependant qu’à cette juste préoccupation de nos intérêts extérieurs nous devions sacrifier l’œuvre laborieuse à laquelle nous travaillons au dedans ? ”
“ Dans l’un de ces derniers, l’Évangile en avant du siècle, le révérend auteur a entrepris de démontrer que non-seulement les saintes Ecritures ont seules le secret de ce qui peut satisfaire les besoins des nations, mais encore que la religion, le christianisme dans toute sa rigidité littérale, doit être la seule règle des sociétés comme des individus, la seule base de la législation comme de la morale privée. ”
“ N’est-ce pas au dedans qu’est le premier de tous les dangers, le danger de cette perturbation incessante qui mine notre société, Dès que nous n’employons pas à la pacifier tout ce que nous avons de vigueur ? ”
“ Que l’on se figure un prédicateur qui passe ses jours à méditer, et qui se fait poète chaque fois que, sur la route de ses méditations, il rencontre quelque perspective qui frappe son imagination, on pourra de la sorte se faire une notion assez exacte du manuel poético-religieux du révérend. ”
“ De plus, le dialecticien, dans ses vers, remplace souvent le poète, et, lors même qu’il est vraiment inspiré, la peine que l’esprit est forcé de prendre pour concevoir les abstractions qui l’inspirent nuit quelque peu à l’entraînement du lecteur. ”
“ C’est une puissance patiente et prudente qui sait attendre les occasions, parce qu’elle les prépare, et qui ne les manque jamais, parce qu’elle les épie. D’où vient que l’occasion, cette fois, lui aura paru belle ? ”
“ Il n’est pas de sévérité trop rigoureuse en présence d’une agitation révolutionnaire qui se réveille sur tant de points à la fois pour obliger les forces actives de l’ordre à s’annuler en se dispersant. ”
“ Pourquoi faut-il que ce mauvais ferment de passions révolutionnaires, contre lequel nous luttons désormais en France avec des chances plus favorables, déborde au contraire et bouillonne chaque jour davantage au-delà de nos frontières ? ”
“ Il est vrai d’ajouter qu’à la faveur d’une distinction, d’ailleurs très fondée, entre le grade et l’emploi, on a traité les fonctionnaires de l’ordre militaire beaucoup mieux que les fonctionnaires civils. ”
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