Jean Giraudoux

Jean Giraudoux

Résumé

Portrait de Jean Giraudoux Jean Giraudoux Provinciales (1909)

Je me sens trop las même pour me faire lourd. Un enfant, de la rue, sifflote le même air ; un soleil mauvais teint s'étiole sur les chaises cannées et l'écho de l'angélus, si assourdi qu'on dirait la cloche de la paroisse la plus lointaine, où demain déjà se lève, oublie qu'il est écho et se pose, comme un vrai son. Puis, les corbeaux qui volent sur le ciel oublient de remuer les ailes et c'est la bande d'azur qui semble tourner. Puis, midi passé en averse, les ombres dégoulinent des arbustes, en rigoles, bientôt en flaques, et la terre les boit, le soir montant.
Source : Gallica

Portrait de Jean Giraudoux Jean Giraudoux Provinciales (1909)

Non, monsieur l'Agent voyer. Je suis devenue femme lentement, sans m'en douter et sans y ajouter d'importance. Je suis née avec mes trente-deux dents; mes cheveux roussis par les limbes étaient blond-cendré au premier jour, et toutes mes photographies me ressemblent. Ma vie s'écoule comme un canal sans écluse et qui creusa sa propre pente. J'arriverai à la mort comme on arrive à la mer, naturellement, en descendant toujours. On m'étendra sur mon lit de jeune fille, et l'on nouera autour de mon menton le bandeau que l'amour ne mit jamais autour de mes yeux.
Source : Gallica

Portrait de Jean Giraudoux Jean Giraudoux Provinciales (1909)

Au dehors on ne voit pas le ciel ; on sent qu'il tombe quelque chose, mais vous ne sauriez dire si c'est la neige, la pluie, ou simplement le soir et les nuages. C'est l'heure où le drap ne fait plus partie de votre corps, et se soulève, douillet, avec de petits courants d'air ; c'est l'heure où le regard se pose sur les consoles, où l'on voudrait embrasser quelqu'un qui ne vous embrasserait pas ; c'est l'heure des heures menues que notre hâte ne divise plus en secondes, et où la pendule bat,
pour son plaisir, à la mesure de notre cœur.
Source : Gallica

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature