“ « Courage et continue, peut-être te guériras-tu de moi comme tu m’as guéri d’une autre ! » Tu en es à me reprocher la pitié que j’ai eue pour toi, car c’est par la pitié que tu m’as prise, tu le sais bien, à Aix, l’été dernier, vers cette époque même, quand je t’ai rencontré si désemparé, si triste, t’isolant de tout comme un sauvage et avec, dans tes grands yeux sombres, un regard à la fois si étrange et si tendre, un regard à la fois effaré, navré et suppliant, un regard d’enfant égaré ou de malade sans maison (le regard de malade sans maison n’est pas de moi, j’ai lu cela quelque part) . ”
Jean Lorrain
Résumé
« Buveurs d’âmes » de Jean Lorrain, publié en 1905, explore les tourments de l’amour et de l’existentialisme à travers les destins entrelacés de personnages comme Claudius, Lady Viane et Ophélie. L’œuvre, teintée de mélancolie et de sensualité, s’articule autour de thèmes récurrents : la pitié, la souffrance, le désir et la quête d’un idéal inaccessible.
Les scènes, souvent situées dans des paysages oniriques (falaises, parcs, mer bleue), reflètent une introspection profonde sur la condition humaine. Lorrain y mêle poésie et ironie, dévoilant les fragilités des relations humaines et l’absurdité des passions.
Citations de Buveurs d’âmes (Jean Lorrain)
“ Car la sagesse, c’est l’expérience, c’est-à-dire le désenchantement de la vie ! — Tu l’aimes encore. — Non pas, hélas, puisque je le méprise... — Tu le méprises. — Oh ! cela de toutes mes forces... et c’est là mon seul chagrin, vois-tu, d’avoir aimé qui ne le méritait pas. Il n’y a pas de pire mésalliance que celle du cœur, est-il écrit quelque part ; on se console de tout, même de perdre qui l’on aimait, mais la honte reste de ces erreurs-là, comme d’une faute... c’est là, vois-tu, la plus cruelle méprise ! ”
“ « Je ne sais pas, » faisais-je à Lady Viane. Lady Viane m’observait, je sentais son regard de femme mauvaise pénétrer en moi comme un poinçon. Alors elle : « Voulez-vous saisir » ? et posant lentement son flambeau sur une table. « Vous avez peur, pourquoi ? Moi, je sais bien tout, moi qui suis une femme. Vous, qui êtes un homme et son ami, vous devez tout savoir. » Qu’allait-elle m’apprendre ? Cette fois, Lady Viane me faisait peur... Par quel horrible secret révélé sur la vie de Claudius allait-elle tuer mon estime et mon amitié pour ce malheureux garçon. ”
