Joachim Brunschweiler

Résumé

Joachim Brunschweiler Souvenirs de Joachim Brunschweiler… (1873)

On m'acheta un trousseau à la mode campagnarde : deux bonnes chemises, deux cravates, une paire de bas, une paire de culottes courtes de velours noir, une redingote gris clair de drap fin, un tricorne; en guise de valise, une toile cirée neuve.
Mais le secret que j'avais dans la tête était ma principale richesse, le bien qu'on ne pouvait me dérober, la pierre philosophale qui devait me procurer le bonheur ; comme le sage, j'avais le droit de m'écrier : Je porte tout avec moi.
J'étais, en outre, muni d'une planchette reluisante de vernis, preuve matérielle de l'excellence de ma marchandise.
Source : Gallica

Joachim Brunschweiler Souvenirs de Joachim Brunschweiler… (1873)

Je l'avoue, à mon entrée Lavater, qui examinait des estampes et des peintures, ne se dérangea nullement pour étudier mes traits. Mon vernis même manqua son effet. Tremblant d'émotion, j'exhibai ma planchette ; à peine si Lavater daigna la regarder, puis il murmura d'un ton méprisant : « La recette ne vaut rien, absolument rien ; j'ai déjà ce vernis. » Et il retourna à ses cartons. Cette réponse dédaigneuse me transperça le cœur ; qu'espérer avec un pareil génie contre soi ? Mon premier mouvement fut de jeter loin tout
l'attirail et de regagner le toit paternel.
Source : Gallica

Joachim Brunschweiler Souvenirs de Joachim Brunschweiler… (1873)

La nuit était venue ; fatigués et les dents longues, nous rentrâmes à l'auberge. Deux ébénistes nous y attendaient; j'eus une lueur d'espoir, elle fut de courte durée. Ces compagnons signifièrent à Bachmann qu'ils avaient à lui parler; d'après ce que je pus saisir, il s'agissait d'une vieille dette ; l'entretien finit par ces mots : « Nous te retrouverons ! » A quoi Bachmann répondit majestueusement: « Je ne suis plus ébéniste, je suis artiste ! » — « Bien ! bien ! »
Source : Gallica

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