Jérôme et Jean Tharaud

Résumé

Jérôme et Jean Tharaud Revue des Deux Mondes

C’était là, chaque fois, un spectacle infernal, le massacre de ces chiens. Naturellement ennemis de la violence et du sang, les Juifs ne pouvaient pas comprendre qu’il y eût des êtres humains capables d’une pareille besogne. Fût-ce au prix de cent roubles, que dis-je ? fût-ce au prix d’un million, pas un fils d’Israël n’aurait voulu s’en charger. Et aujourd’hui, dans l’esprit de tout ce monde hanté d’effroyables visions, et qui, à tout instant, s’attendait à tomber sous le couteau des égorgeurs, la tuerie de ces bêtes revêtait, on l’imagine, une horreur particulière.
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Jérôme et Jean Tharaud Revue des Deux Mondes

Divin bonheur de posséder la Thora, quels cris vous arrachez à ces Juifs d’Ukraine ! De toutes les poitrines s’élève un vieux chant de triomphe, d’une musique entraînante, et dont les vieux mots, empruntés à d’antiques langues disparues, n’ont plus de sens pour personne et n’agissent plus que sur l’âme, comme si une joie si puissante ne pouvait s’exprimer que par l’incompréhensible. La synagogue entière bondit, saute d’un pied sur l’autre, exulte, lève les bras au ciel et fait avec les doigts le bruit joyeux des castagnettes.
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Jérôme et Jean Tharaud Revue des Deux Mondes

Au bord de ces choses de rêve, inconsistantes et ouatées, la masse puissante, inattendue, de la Kasbah des Oudayas, et sa rouge porte géante, qui retient, sous son arc en forme de fer à cheval, toute l’ombre de la nuit qui vient. Derrière, la mer n’est plus qu’un sentiment, un bruit, une fraîcheur qu’on sent sur son visage, une ligne plus sombre du ciel, un peu d’écume qui miroite, s’éteint et se rallume sur la grève du cimetière de Salé.
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