“ Parfois tombe, ressaute et croule l’avalanche. AGNAR. La pâle pente est rose au loin sous le ciel noir ! SNORRA. Le soleil s’est levé sur les neiges, ce soir. AGNAR. Tu peux voir l’homme mort si tu tournes la roche ! SNORRA. J’ai vu l’homme vivant, tout à l’heure, et trop proche. AGNAR. Tu mens : je l’ai tué ! SNORRA. Tu mens : je l’ai tué ! Ris, quand je te croirai. AGNAR. Tué ! tué ! — tiens, vois ! SNORRA. Tué ! tué ! — tiens, vois ! Épouvante ! il dit vrai. AGNAR. Oh ! l’orbe atroce et plein qui dégorge un flot rouge ! ”
Résumé
“Le Parnasse contemporain/1876”, est une œuvre de . Des thèmes tels que ressaute, la neige ou loups y sont abordés.
Citations de Le Parnasse contemporain/1876 ()
“ L’éternité du sage est dans les lois qu’il trouve ; Le délice éternel que le poëte éprouve, C’est un soir de durée au cœur des amoureux ! Car l’immortalité, l’âme de ceux qu’on aime, C’est l’essence du bien, du beau, du vrai, Dieu même, Et ceux-là seuls sont morts qui n’ont rien laissé d’eux. Ô victimes, plus d’un peut-être vous jalouse, Qui, de peur de languir et que l’oubli ne couse Sur son œuvre tardive un suaire étouffant, Laisserait bien trancher sa destinée obscure D’un pareil coup de faux, dont l’éclair transfigure L’ombre d’un front sans gloire en nimbe triomphant ! ”
“ Brusque, il s’enfuit. Le vent ne le précède point. Ses bonds roulent. Colère où la terreur se joint, Il se mord en claquant des dents dans les morsures. Il fuit toujours. L’abîme a des profondeurs sûres : Il y plonge, farouche, et plonge plus avant. Il se plaît dans la neige et dans le sombre vent. Quand repèse sur lui l’épais brouillard polaire, Il ne sait plus pourquoi sa fuite s’accélère ; Oubliant l’orbe atroce, à vif dans le ciel froid, Il s’arrête, apaisé, se tourne, — et le revoit ! ”
“ Dans l’asile très-sûr d’un amour très-honnête. La lutte que je livre au sort est simple et nette, Et tout peut m’y trahir, non la virilité. Je ne crois pas à ceux qui pleurent, l’âme éprise De la sonorité de leurs propres sanglots : Leur idéal est né de l’écume des mots, Et comme je les tiens pour nuls, je les méprise. Cerveaux que la fumée enivre et qu’elle enduit, Ils auraient inventé la douleur pour se plaindre ; Leur stérile génie est pareil au cylindre Qui tourne à vide, grince et s’use dans la nuit. ”
“ Tiède comme un linceul sur des meurtres récents, La neige en ses grands plis, sanglante, se dilate. L’île déroule au loin son désert d’écarlate Que prolonge la morne et rouge inclinaison Des glaces de la mer vers le rose horizon, Et doublant l’incarnat sans fin de l’étendue, La nuée, en glaçons de rubis suspendue, Semble une mer de sang figé, qui planerait ! Vers la haute blessure, un loup hurle, en arrêt ; Et la femelle, folle et mordant ses entrailles, Détestable berceau de proches funérailles, Va, revient, court, veut fuir le grand carnage épars ”
“ Tous ceux que l’Idéal caresse et mord au front ; Et s’ils veulent bondir au bleu qui les fascine, Ils sont si rudement tirés par la racine Que beaucoup en sont morts, et combien en mourront ! Et c’est pourquoi ceux-là, ceux que l’infini hante, Et qui sont bien vraiment l’humanité souffrante Si l’on souffre le plus par le plus grand désir, Sentiront fuir toujours leur cœur et leur pensée Avec cette nacelle éperdument lancée, Et, devant sa détresse, un frisson les saisir. ”
“ La douleur est d’un jour, le bien est éternel. Adieu nature, adieu forêts, Alpes sacrées Qui m’avez un moment donné l’oubli du mal ; Quand mon âme et ma chair seront transfigurées, Nous nous retrouverons au sein de l’idéal. Vous entrerez aussi dans l’immortelle vie ; Un ciel plus pur luira sur vos fronts éclatants ; J’y volerai, peut-être, au gré de mon envie, A côté des grands morts vos heureux habitants. Mes amis d’autrefois me guideront encore : Sur vos plus hauts gradins nous irons nous asseoir ; Nous toucherons du doigt les roses de l’aurore ”
“ Marthe est agonisante. Sur le lis, que pendant la nuit Le vent brisa, tout le ciel luit. « Chère âme, dit l’amant qui désespère, J’ai donc trop tard fléchi le roi mon père ! » Une cloche tinte là-bas ; Est-ce la noce, est-ce le glas ? Marthe sourit : « Puisque je meurs, dit-elle, « Marions-nous pour la vie immortelle ! » Azurs, rayons, brises, parfums, Ranimez les beaux jours défunts ! Le fiancé couronne l’enfant blême Des diamants du royal diadème. Brises, rayons, parfums, azur, Rendez l’âme pure au ciel pur ! Le jour s’éteint, la mort étend ses voiles ”
“ L’ardeur que ne pourront assouvir les années. Mais ton regard si pur ne s’est jamais voilé ; Il rayonnait avec la splendeur souveraine Et le calme fatal de l’azur étoilé, Et rien n’en a troublé la cruauté sereine. Or, voici qu’aujourd’hui tes yeux cerclés de noir Trahissent sans pitié les pleurs de l’insomnie ; Et voici que ton front se penche, sans espoir, Comme pour attester ce que ta fierté nie ”
“ S’y complaît à rhythmer, comme un orgue lointain, En sons religieux ses plus graves murmures. Sous des vents réguliers pour le navigateur, Nous changerons de ciel en coupant l’Équateur. Nous doublerons le Cap avec toutes nos voiles ; Et, dans la nuit sereine, au large, on pourra voir La Croix du Sud jaillir de l’immense miroir De la mer,... où rayonne un crucifix d’étoiles. Nous partirons en mai, quand les arbres sont verts. ”
“ Transparent univers, voile de l’invisible, Quoi ! tu serais aveugle et ne sentirais rien ? Tu serais la beauté sans pouvoir te connaître ? Et quand l’humble mortel, ivre de tes appas, Goûte ainsi dans ton sein les voluptés de l’être, Tu répandrais l’amour et tu n’aimerais pas ? Nulle âme au fond de toi n’écouterait nos âmes ? C’est un néant trompeur que j’aurais tant aimé ? Nul dieu n’habiterait sur ces sommets en flammes, Et si tu t’écroulais, tout serait consommé ? ”
“ Au-dessus de la neige, à des blancheurs plus hautes, Aussi loin que se creuse à l’atmosphère un lieu ! Où monte le souci du front des astronomes, Où monte le soupir du cœur de tous les hommes, Plus haut que nos saluts, plus loin que notre adieu ! ”
“ C’est qu’une robe blanche a touché vos haillons ; C’est que chez les plus forts, parfois, le cœur rebelle S’insurge, et fait craquer sa cuirasse de fer ; Plus le silex est dur, mieux jaillit l’étincelle ; Plus le nuage est noir et mieux brille l’éclair. ”
“ Cherchent encor, toujours ce qui reste du blé. Là, point de hâte ; il faut, d’une marche attentive, Distinguer une glane, hélas ! souvent chétive Dans le chaume qui semble à leurs fiévreux regards Fait de mille rayons plantés comme des dards. Ainsi de tous côtés le jour aigu les blesse ; Leurs genoux par moments fléchissent de faiblesse, Le sol sous elles tourne, et pendant qu’elles vont, Les pieds ensanglantés et la sueur au front, La fièvre, profitant de leur lenteur, pénètre, Mêlée à la lumière intense, tout leur être. ”
“ La vie est ralentie et comme suspendue Sous ce ciel d’azur clair, implacablement beau, Qui verse aux champs, privés de l’ondée attendue, Un calme où l’on pressent le calme du tombeau. Ce silence m’effraie !... à ton vol, alouette ! Cigale, éveille-toi !... Mais d’un pli du terrain Émerge tout à coup l’étrange silhouette D’un être dont la voix écorche un gai refrain. ”
“ D’un long minuit ! L’hiver a-t-il gelé le temps Dans le piége éternel d’une seule heure sombre ? Blême à peine, vers l’ouest, s’ébauche une pénombre, Sépulcre de brouillard où gît le soleil mort ; Et la neige aux grands plis, linceul royal du Nord, De la cime des monts aux profondeurs s’épanche. ”
“ Le vrai monde élargi les pousse ou les dépasse, Nous avons arraché sa barre à l’horizon, Résolu d’un regard l’empyrée en poussières, Et chassé le troupeau des idoles grossières Sous le grand fouet d’éclairs que brandit la Raison. Nous savons que le mur de la prison recule, Que le pied peut franchir les colonnes d’Hercule, Mais qu’en les franchissant il y revient bientôt ; Que la mer s’arrondit sous la course des voiles ; Qu’en trouant les enfers on revoit des étoiles ; Qu’en l’univers tout tombe, et qu’ainsi rien n’est haut. ”
“ Nous sentons revenir, au milieu d’un frisson, Ce doux besoin d’aimer qui nous trouble sans cesse. Mais quand nous leur parlons, elles ne savent pas Que nous avons au cœur une vague espérance. Pour repousser l’amour qui s’attache à leurs pas, Elles auront toujours leur jeune insouciance. ”
“ La chair tressaille en eux par un instinct d’enfant ; Serrant l’osier qui craque et n’osant lâcher prise, Il semble qu’elle étreigne un lien qui se brise Et pressente qu’en haut plus rien ne la défend. Plus rien ne la défend, car elle n’est pas née Pour une vagabonde et large destinée : Il lui faut une assise, une borne, un chemin, La tiédeur des vallons, et des toits l’ombre chère ; Où la pensée aspire elle est une étrangère, Et sa prévision s’arrête au lendemain. Surtout il lui faut l’air ! L’air bientôt lui fait faute. ”
“ Telles pâles déjà de faim, ayant sur elles Des haillons qui font voir leur maigre nudité, Les glaneuses ici s’abattent chaque été. Le soleil, à travers le chaume, de la terre Qui se dessèche tire un miasme délétère. ”
“ Et tandis qu’il emporte aux gouffres dans la nuit La suprême clameur qu’un prompt silence abrége, Le tronc décapité saigne en haut sur la neige ! Réjouis-toi, mon sein ! tu ne serviras plus De couche humiliée au lourd dormeur perclus. Il est mort, son baiser stérile, aux lèvres blanches ! Et mes flancs fécondés élargiront mes hanches, Fiers de porter, vivace et frappant de grands coups, Un mâle, où revivra le beau tueur de loups ! Chaud du meurtre de l’autre, il vient, le nouveau maître : Il voit ses champs de neige où ses rennes vont paître ”
“ Vous vous diriez ses fils avec le plus d’orgueil. Soyons ainsi, nous tous, les fils de la Patrie, Humbles devant son Dieu, fiers devant l’étranger, Tenons-nous le cœur haut et la main aguerrie ; Faisons-nous des vertus dignes de la venger. Jeunes gens qui serez meilleurs que nous ne sommes, Vous qui vaincrez — mon cœur a son pressentiment ! ”
“ Cette route complète et ce seuil invisible, Quelle horrible pensée et quel amer tableau ! Que nous faut-il donc croire et qu’est donc le génie ? S’il coûte le bonheur, ce n’est qu’une ironie, Mais s’il coûtait l’espoir ce serait un fléau. ”
“ Peut-on se replonger dans le tumulte amer ? Non ! non ! je suis en route où m’emportent mes ailes, Ce monde extérieur n’aura plus rien de moi ; L’espoir n’est plus possible à qui n’a plus la foi : Je me suis fiancée aux choses éternelles ! ”
“ Ils ne sommeillent pas : en un fécond silence L’esprit de l’homme agit, médite, se souvient... Et sous un masque lourd de trompeuse indolence, L’animal vigilant sur ses gardes se tient. Qu’il est vieux, l’épagneul ! mais quel faisceau d’années De plus que lui son maître a lié triomphant ! Pourtant cet homme antique, aux tempes basanées, Près du chêne aux cent bras n’a qu’un âge d’enfant... Le vieux chien fatigué, dans un avenir proche, Ira, sous le taillis, se cacher pour mourir Et ses os blanchiront à l’angle d’une roche, Au pied des jeunes plants qui doivent s’en nourrir ”
“ Pauvre âme, qui s’incline, Redresse-toi ! — L’amour peut te fleurir encor ; Les baisers du printemps ont blanchi l’aubépine Dont les froids de l’hiver avaient causé la mort. Qu’un rayon de soleil ressuscite ton âme ! ”
“ Te souviens-tu de la saison Où la vie, au rire sonore, Égayait toute la maison ? Nous étions alors tous ensemble, Le père et les enfants, heureux, Et la mère qui toujours tremble, Car l’amour est toujours peureux. ”
“ Que l’on groupe en trousseaux, les sacs qui sont bouclés ; Les fauteuils bien rangés, le piano solitaire, Et le petit jardin désormais sans mystère. Je m’assis au salon, dans un coin : j’étais là Morne ; alors, elle vint, charmante, et me parla De résignation, d’espoir et de courage. Je sentais s’amasser mes pleurs comme un orage. J’étouffais ; ses baisers même étaient superflus ; Et craignant d’éclater je ne lui parlais plus. Et je pensais : tout va se couvrir de poussière, Tout est clos, plus de jour, le soir plus de lumière ”
“ J’y reprends la jeunesse et le rêve et l’extase, Aucun mal n’y fait ombre à ma sérénité ; Et j’y bâtis encor, j’affermis sur sa base, Dans l’ordre et dans l’amour ma première cité. Sur ses douces hauteurs je refais la patrie ; Chaque homme y vient s’asseoir au banquet fraternel ”
“ Dans un immense ennui la plaine au loin se perd. Mais voilà, comme un bruit confus de ruche folle, Qu’un fredon de jeunesse éveille l’écho sourd : Dans la noire maison de brique au cœur du bourg, Joyeusement murmure et bourdonne l’école. ”
“ Est-ce un natif instinct propre à l’humain génie ? Ou n’est-ce qu’un hasard, la fortuite harmonie D’un souriant désir et d’un bleu souriant ? Cet accord est profond, quelle qu’en soit la cause : Dès que l’humanité fut à la vie éclose, Elle a comme un calice ouvert au ciel son cœur ”
“ Se dresse dans le calme éclat de la vertu. N’ayant jamais franchi le seuil des sanctuaires, Vous avez conservé la foi des charbonniers, Et vos cœurs, assoupis dans leurs jaunes suaires, Sur l’autel de l’amour saigneront les derniers. ”
“ Voyez dans l’île au loin ces blés jaunes, mouvants Comme un lac d’or fondu sous la chaleur des vents ; Chaque onde en est d’une autre avec lenteur suivie Et la lourde moisson chante un hymne à la vie. ”
“ La poudre des astres brisés Roule encor par les étendues : Mais où vont le vent des baisers Et l’âme des amours perdues ? Comme des étoiles, nos cœurs Sont faits de lumière immortelle ; Ils se brisent aux chocs vainqueurs ”
“ Balance les lilas et l’aubépine rose. Pas un bruit : le feuillage à peine est agité. Le jardin s’assoupit, caressé par la brise, Et nous sentons venir languissamment l’été, Qui passe autour de nous, sans hâte et sans surprise. ”
“ J’ai chaud ; je vois tes yeux pleins de ton âme franche ; Et Snorro satisfait rit dans sa barbe blanche. SNORRA. Quand le pétrel se plaint dans l’espace endormi, Parfois l’écho trompé croit qu’un homme a gémi. ”
“ Obscur, dans le brouillard, pâle, dans le sol blanc ; Et, soit que pèse l’air sur la plaine dormante, Soit que, rude et rompant les sapins, la tourmente Roule aux gouffres, avec l’avalanche, les ours, La terre que poussa le vent des premiers jours Déploîra le désert de ses blancheurs funèbres Sous la lividité stagnante des ténèbres. * * SNORRA. Le beau tueur de loups, le jeune homme aux bras forts Sur ma couche rompue a joui de mon corps. Ton choc fut rude, Agnar ! sans prière ni piége, Soudain, hurlant, pareil à la trombe de neige Qui frappe, emporte, abat le sapin résistant ”
Termes fréquents
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