“ Moi, dit un autre enfant, j’ai l’humeur un peu fière Et je crois même assez guerrière ; Car lorsque je me bats, c’est, ma foi, tout de bon : J’aime mieux être roi lion. Pauvre petit oiseau des vautours craint la serre ; Mais griffe et roi font peur plus qu’un coup de canon, Que vous avez d’ambition ! Dit le troisième enfant, riant de leur folie ; Moi, si d’être animal j’avois la fantaisie, Je ne voudrois qu’être renard. Dans les châteaux, ou bien dans la chaumière, Soit par adresse, ou par hasard, Tomberoit sous ma dent ce qui pourroit me plaire. ”
Marie-Amable Petiteau
Résumé
Œuvres de Marie-Amable Petiteau, publiée dans un contexte littéraire marqué par les récits moralistes, rassemble une collection de fables et de poèmes où les animaux personnifient des vertus ou des vices humains. Les thèmes récurrents — le cœur, l’ingratitude, les méchants, le renard, l’aigle — structurent des récits où l’humour et la leçon s’entrelacent.
Les citations révèlent une réflexion sur la nature, la bonté et les travers de l’âme, souvent à travers des allégories animales. L’œuvre s’inscrit dans la tradition des fables classiques, mêlant poésie lyrique et enseignements éternels.
Citations de Œuvres (Marie-Amable Petiteau)
“ Si j’osois, je dirois que vous dormez encore : Chez elle, croyez-moi, ne portez point vos pas ; Elle se vante enfin d’être votre ennemie. — Il est vrai, mais, ma chère, elle perd ses petits : J’oublîrai tous ses torts, en écoutant ses cris ; Car déjà je suis attendrie Sur son danger, sur sa douleur ; La laisser sans secours, cela m’est impossible : Mon enfant, c’est l’effet que produit le malheur ; Il éloigne de nous le méchant, l’insensible : Il en rapproche le bon cœur. FABLE XCII.LES DEUX PAYSANS. D’où viens-tu, disoit Claude à Pierre ? ”
“ À UNE AMIE Un tendre cœur ne vieillit pas, Il survit à l’esprit, aux grâces, aux appas, Et garde à jamais son empire. Chaque fois que le mien m’inspire Je me crois rajeunie, encor dans mon printemps ; Ah ! laisse-moi t’aimer et souvent te le dire Pour oublier le nombre de mes ans ! MAXIME. À ce méchant Crésus, que personne n’estime, Oses-tu prodiguer respects, grands complimens, Que je n’adresserois qu’aux plus honnêtes gens ? — La politesse, ami, n’est pas un crime. D’ailleurs, Criton, j’ai pour maxime, D’être toujours poli, surtout pour les méchans ”
“ Et pour d’autres que moi ton cœur s’attendrira ; Berger fidèle alors sera très-nécessaire : Tendre Perette, tu l’auras ; Oui, de ma main tu recevras Pour berger, pour époux, l’amant le plus sincère : Qui connut l’amitié, sentira mieux l’amour. Aime donc ta maîtresse, en attendant ce jour, Et ne crains jamais sa colère. Si quelquefois tu pouvois me déplaire, De la froideur si je prenois le ton, Reviens, reviens, au moment même, Me dire encore : Je vous aime ! Et ta faute, ma chère, obtiendra son pardon. ÉPÎTREÀ MA CHIENNE. Nous voilà vieilles toutes deux ”
“ L’objet de tous ses vœux fut bientôt son partage ; D’un cœur reconnoissant le dévot l’accepta ; Et Mahomet, sur son nuage, À son paradis remonta, En s’écriant : Enfin, je viens de voir un sage ! FABLE XXXI.LA VACHE ET LE LOUP. Une vache, sur son retour, Se plaignoit du mauvais pacage Où des maîtres ingrats la mettoient chaque jour. Un loup la voit, l’entend, et, contre son usage, Il prend pitié de son malheur : Je suis vraiment, dit-il, touché de ta maigreur ; Viens dans nos bois, auprès de nos tanières ; L’herbe fine y croît à plaisir. ”
“ Près de l’espèce humaine enfin vous n’êtes rien. Rien !... reprit le coursier d’humeur assez caustique. J’observe souvent l’homme et tout ce qu’il pratique : Oh ! de votre raison ne vous targuez pas tant ; Si vous saviez en faire usage, Et qu’elle vous rendît et plus doux, et plus sage, J’estimerois ce beau présent ; Il causeroit ma jalousie ; Mais elle cède en vous à chaque passion, Même à la moindre fantaisie. Dites, qui vaut le mieux, écoutez, je vous prie, Et jugez sans prévention : Nous conservons l’instinct dont le ciel nous fit don, C’est tout l’emploi de notre vie ”
“ Air : Ô ma tendre musette. Voulez-vous que je vante Du monde les appas ? Voulez-vous que je chante Plaisirs que je n’ai pas ? Dans ma sombre retraite : En souffrant je vieillis, Et pleurant je répète ; Les vieux n’ont plus d’amis, Racine et La Fontaine Viennent à mon secours. Malgré douleur et peine Je les aime toujours. Leurs talens que j’admire Composent mon bonheur ; Car l’un me fait sourire, L’autre touche mon cœur, Quels charmes sont les vôtres ! ”
“ LE PAON ET LE MERLE. L’oiseau favori de Junon Se pavanoit dans un bocage, Et de tout chantre ailé dédaignant le plumage, Il étoit détesté des oiseaux du canton. Merle joyeux ainsi lui rabaissoit le ton : La vanité, vois-tu, ne vient que de sottise, Et de bon cœur je ris de tes airs de grandeur, De ce jargon plein de hauteur Que par tout pays on méprise. Notre paon le fuyoit, redoutoit ce moqueur, Fermoit oreille et bec à toute leçon sage. Faisant la roue un jour, s’admirant davantage, Il est à travers le feuillage Atteint des armes du chasseur ”
“ Dis-moi qu’on ne voit plus de cœur tendre et fidèle ; Peins-moi le tourment des amours. Mais si l’amitié simple et pure Demande mes conseils, mes soins et ma pitié ; Si mon ami du sort éprouve quelqu’injure, Et de la peine qu’il endure S’il faut ressentir la moitié ; Chez l’infortuné qui soupire S’il faut aller verser des pleurs, Prévenir ses besoins, partager ses malheurs, Et pour le consoler, lui dire : Vous soulager, du temps est le plus doux emploi ! Ô ma paresse ! en ce moment tais-toi : C’est là que finit ton empire. ”
“ STANCES. Souvenir de la tendresse, Jamais ne viens me troubler, L’amitié dans ma vieillesse Ne peut plus me consoler. Doux sentiment, je t’abjure ; Pour moi tu n’es qu’une erreur ; Tout aime dans la nature, Et tout a trompé mon cœur. Sitôt que de la fauvette J’entends les tendres accens ; Sitôt que la violette Revient émailler nos champs, Je dis, mais non sans murmure : Spectacle trop enchanteur ! Tout renaît dans la nature, Et tout s’éteint dans mon cœur. ”
“ De nos chagrins passés, non, je ne saurois croire, Dit la coquette en sautillant, Et, qui plus est, se rengorgeant, Que l’on puisse toujours conserver la mémoire. Le tendre oiseau lui répond sèchement : Moi, dans ce souvenir, je mets toute ma gloire ; Laissez-moi me livrer à ma juste douleur ; Partager vos plaisirs... ô ciel !... est-il possible !... La gaîté du cœur insensible, Pour les cœurs affligés est un nouveau malheur. ”
“ Toujours sa griffe en l’air repoussoit les amans, Et les forçoit bientôt à quitter la partie ; Même dans ces débats chastes et vertueux, Plus d’un minet perdit les yeux. La foule des galans enfin me désespère, Dit-elle un matin à son père ; J’ai fait vœu de virginité, Et pour mieux l’accomplir, vœu de pélerinage ; Accordez-moi la liberté De commencer mon grand voyage : Je prîrai pour votre santé, Et vous me reverrez heureuse autant que sage. Le vieux matou veut arrêter ses pas : Partout, lui disoit-il, vous trouverez des chats Qui, comme ici, viendront vous rendre hommage ”
“ Vous pleurez donc toujours le défunt, cet époux Dont on ne vit jamais le pareil selon vous ? Mon enfant, cela n’est pas sage, Disoit à la colombe un étourdi moineau. À vous voir on croiroit, vraiment qu’en ce bocage Tout est mort, qu’il n’est plus d’oiseau. Bannissez de votre pensée. Une félicité passée. Jeune et tendre pigeon sauroit vous consoler. — Non, tels propos ne font que désoler : Va chercher tes pareils bien loin de mon feuillage. Oublier et changer, voilà de beaux secrets ! Ah ! le conseil de tout oiseau volage Ne peut qu’augmenter mes regrets. ”
“ Si l’on connoît l’amour, on pense à son amant ; S’il paroît à nos yeux tout le reste s’oublie ; Et ce n’est que du jour qu’on le sait inconstant Que l’amitié devient le bonheur de la vie. CHANSON. De bien aimer, je me sens bonne envie ; N’est-il pas temps, à quinze ans, d’y songer ? Quand j’aimerai, ce sera pour la vie ; Mais qui voudra pour toujours s’engager ? Point n’ai d’appas, le temps sait les détruire ; Point de trésors, le sort peut les ôter ; Je n’ai qu’un cœur, las ! il devroit suffire ; Mais qui d’un cœur voudra se contenter ? ”
“ L’ours sent le prix d’un choix aussi flatteur, Et comme il est peu discoureur, Répond en bref ce qu’il faut dire, S’incline, accepte, et se retire. Ce général parti, le renard en faveur, S’adressant au lion, de vos dons je soupire ; Sur de grands intérêts l’amitié doit instruire : L’ours de son souverain défendant le pouvoir Ne fait, seigneur, que son devoir. Quoi ! vous voulez pour lui démembrer votre empire ? Moitié de vos états vous lui promettez, sire !... Tais-toi, mon mal guéri l’ours n’aura jamais rien : Mais espérant beaucoup il me servira bien. ”
“ Un milan auprès d’eux, à l’abri du branchage, Bien caché, les voyoit vivement caqueter, Et puis battre de l’aile, et puis se becqueter : L’amour ne pense guères aux dangers du bocage. Quoi ! leur dit le milan, écartant le feuillage, J’avois placé tous les moineaux Dans le nombre des bons oiseaux, Et vous vous disputez et vous battez sans cesse ! — Ô ciel ! nos coups de becs n’expriment que tendresse, Ils ont pour nous les plus touchans appas : Malheur au triste oiseau qui ne connoîtroit pas Des sensibles époux la plus douce caresse ! ”
“ Le jour et la nuit on s’amuse : Point de chagrin, jamais d’humeur, Quand la jeunesse est dans sa fleur. Tout charme l’esprit et le cœur, L’erreur plaît et le mal s’excuse : Quand la jeunesse est dans sa fleur, Le jour et la nuit on s’amuse. Quand la vieillesse nous atteint, La nuit et le jour on s’ennuie : On gronde, on souffre et l’on se plaint, Quand la vieillesse nous atteint. Toujours on regrette, ou l’on craint, Vers le triste soir de la vie : Quand la vieillesse nous atteint, La nuit et le jour on s’ennuie. ”
“ Qui faisoit son bonheur, ainsi que dix enfans, Tous charmans. Que je vous plains, dit l’autre, eh ! qu’en pouvez-vous faire ? Si nombreuse famille est un des grands fléaux ; Pour des parens c’est la source des maux, Des soins et des chagrins, surtout de la misère. Oh ! de cela je n’ai point peur, Répliqua-t-il avec candeur ; Nous craignons Dieu, nous aimons la patrie. Et nous la servirons, j’espère, avec honneur. Oui, le ciel a béni jusqu’ici mon labeur, Car je jouis des fruits d’une heureuse industrie. ”
“ Dit l’aigle, et je rends grâce au ciel de l’aventure, Car c’est juste le temps de mon meilleur repas : À présent je n’aurai plus d’autre course à faire Avant de regagner ma demeure ordinaire. Cache étroite et profonde offre un grand embarras ; En tirer nos jaseurs est un point nécessaire, Et l’ordre d’en sortir annonce le trépas. L’aigle, comme on le sait, n’est pas roi débonnaire : Il appelle, il se nomme, on ne répondit pas, La mésange pour elle avoit l’expérience. Puis, toujours bonne mère a ruse et prévoyance. ”
“ Elle fait palpiter mon cœur, Je voudrois être son amie. Si je peins son minois charmant, Et son maintien modeste et sage, Je maudis mon sexe, mon âge, Et voudrois être son amant. CHANSON Air : Au fond d’un bois solitaire ; Ou : Que ne suis-je la fougère ? Je voulois faire un mystère À Daphnis de mon amour ; J’avois juré de me taire S’il me trouvoit seule un jour. Il découvrit ma retraite, De sa flamme il m’assura ; Hélas ! je restai muette, Mais mon cœur en soupira. Quoi ! dit-il, de ma constance L’indifférence est le prix ! ”
“ Son cœur est honteux et jaloux, Devoir, tendresse paternelle, La font balancer vainement : Hélas ! son père étoit loin d’elle, Et près d’elle étoit son amant. Elle aimoit trop pour se défendre, Henri fut maître de son sort. Chez ses parens il fait répandre Le triste et faux bruit de sa mort. Je quitte pour toi tout le monde, Dit elle, ah ! pour prix de ma foi Que le bonheur de Rosamonde Ne soit jamais su que de toi ! Dans une retraite agréable Rosamonde passoit ses jours, Et la croyant impénétrable, Ne vivoit que pour les amours. ”
“ On sent parler son tendre cœur : C’est l’erreur du jeune âge. Choisir un jour pour époux Amant ni froid ni jaloux ; Jouir sans tourment ; Goûter constamment Les douceurs du ménage ; Folâtrer avec son enfant : Bonheur d’aimer à tout moment, C’est celui du bel âge. Femme qui n’a plus d’attraits N’a souvent que des regrets : Vanter le vieux temps, Compter ses amans, Jurer que l’on fut sage, Défendre l’amour à vingt ans, Et médire des jeunes gens, C’est l’humeur du vieil âge. ”
“ Moi, disoit-il un jour, j’amuse, j’intéresse Par mon joli langage et mes contes nouveaux. Est-on plus ignorant que pinsons et moineaux ? Les rossignols et les fauvettes Ne disent que des chansonnettes, Où l’on ne comprend rien, d’ailleurs pas un seul mot ; Et la dolente tourterelle... Il commencoit ainsi sa longue kirielle : Tout oiseau peu parleur n’alloit être qu’un sot ; Mais une savante hirondelle Lui rabattit le caquet tout à coup : Croyez-moi, mon ami, j’ai parcouru le monde ; Presque partout, sur la machine ronde, Qui pense peu, parle beaucoup. ”
“ LE PAON ET LE MOINEAU. Un paon l’un de ces jours perdit son beau plumage, Il en pleura de honte et de douleur. Pour tel oiseau c’est vraiment un malheur Car il n’a pas d’autre avantage. S’il chante il crie, et s’il parle il est sot, Dans ses discours l’orgueil se joint à chaque mot. Adieu, dit notre paon aux hôtes du bocage, Je vais me retirer au plus sombre feuillage, Du grand monde je suis à jamais dégoûté. Bon ! reprit un moineau, dis donc la vérité, Aucun dégoût chez toi, mais c’est ta vanité Qui désormais ici ne peut se satisfaire. ”
“ Je crois que c’est le cœur d’un homme indifférent, Qui jamais n’eut d’amis, qui ne fut point amant ; L’égoïste frémit sitôt qu’il s’en approche, De peur d’un pareil accident. Vous aurez mes plantes marines, Mes extraits de métaux, de mines : Oh ! grâce au ciel, je n’en ai point d’argent ; Toujours je redoutai le danger des richesses ; Coquillage est chez moi le luxe et l’ornement, Comptez au rang de mes largesses Un des premiers fragmens de lave de l’Etna, Quand l’audacieux Encelade, Après avoir manqué sa coupable escalade, Dans ce gouffre de feu soudain se retourna. ”
“ Heureux celui qui peut les goûter à tout âge ! Aisément l’oiseau retenoit Les petits airs que l’on chantoit, Et chaque mot que l’on disoit ; Il auroit voulu tout apprendre, Mais bientôt il fut si savant Qu’il babilloit à tout moment, Et qu’on ne pouvoit plus s’entendre. Pour lui rabattre le caquet, On lui chercha compagne tendre : Qui de l’amour ne connoîtroit l’effet ? Ah ! quand on le ressent, on ne jase plus guère ! Si le cœur jouit vivement, L’esprit sans peine sait se taire. ”
“ Que nous dicta cent fois l’amitié la plus pure, Tant que de mon époux le cœur palpitera, Tant que le mien le chérira, De roses nous viendrons enlacer ton feuillage ; Nous viendrons dans ton sein chanter notre bonheur ; Et, rendant grâce au dieu témoin de notre ardeur, Nous reposer sous ton ombrage. Mais, hélas ! quand la mort, à la suite des ans, Aura glacé nos esprits et nos sens, Et tous deux au tombeau nous aura fait descendre, Ô berceau ! qui, jadis propice à notre amour, Nous gardes à présent de la chaleur du jour, Tes verts rameaux enfin couvriront notre cendre. ”
“ Plus dangereux cent fois qu’un chétif moucheron Qui ne cause aucun tort à l’homme. Si mes amis, tous mes enfans et moi, Ne vivions au grenier, il fondroit, par ma foi : Au seigneur de ces lieux je rends donc bon office. Le chat par quelques trous écoutoit leur débat ; Il arrive, et jetant ses griffes sur le rat : De tes larcins je vais faire justice ; C’est en t’étranglant, scélérat, Qu’à mon maître je rends véritable service. Quoi ! jusqu’aux animaux, disoit-il, aujourd’hui Couvrent leurs intérêts de l’intérêt d’autrui ! ”
“ Que maudit soit, dit-il, la taupe et son ravage, Et sa longue maison ! pour si mince ménage, Se plaire à déranger, culbuter, gâter tout, Eut-on jamais un si bizarre goût ? Cesse de travailler, et tu seras plus sage. Les fainéans le sont-ils davantage, Reprend le noir museau ? Tu te plains, et de quoi ? Pour juger sainement laisse-là ta colère. Je fais parfois du mal en vivant sous la terre ; Mais ce qui vit dessus, à commencer par toi, En fait toujours, en fera plus que moi ; Oh ! tout se sait, on te connoît, compère : Le plus coupable enfin ne peut jamais se taire. ”
“ LA GÉNISSE ET LE RENARD. Maître renard apostrophoit Une génisse qui broutoit Avec appétit la verdure. Que nos repas sont différens, Lui disoit-il ! que ta fade pâture Seroit pour moi chétive nourriture ! Par mon adresse, mes talens, J’ai toujours des ragoûts friands, Sais-tu ce que je viens de faire ? — Le mal, — mais, l’as tu vu ? — compère, Oh ! sans le voir on en peut dire autant À tout méchant, Mal d’autrui fait sa bonne chère. ”
“ De ce jus qui bannit le chagrin et l’humeur. Tout mon nectar, à moi, c’est la douce liqueur Qu’on recueille en un coin de la riante Asie. De notre globe hélas ! c’est la seule partie, Oui, la seule qu’on appela Du nom d’heureuse ; à l’Arabie Le café vaut cet honneur là. Ne m’en privez pas, je vous prie Il réchauffe l’esprit, ranime notre cœur, Fait croire un instant au bonheur, C’est l’antidote enfin de ma mélancolie. ”
“ Je ne puis les payer que de reconnoissance, De vœux qui sur leurs champs appellent l’abondance. Le jeune homme reprit : C’est un sort bien affreux, Étant privé de tout, de languir sur la terre ! Un bon coup de canon est, parbleu, moins fâcheux, — Cessez, brave guerrier, de plaindre ma misère : Qui des oiseaux entend les airs joyeux, Qui sent encor son cœur, et conserve ses yeux, Admire ce beau ciel, le bénit et l’espère, N’est point un vieillard malheureux. FABLE XC.LES TROUPEAUX ET LE BERGER. Vers le soir un pasteur rassembla ses troupeaux Et les conduisit dans la plaine. ”
“ Grand merci, dit le chien, j’aime la vérité, Je la préfère aux biens de tel empire : Il n’est point de félicité Quand on peut craindre de la dire. FABLE CLVIII.LES TOURTEREAUX ET LE PINSON. Un tourtereau très-vieux disoit à sa compagne, Se promenant le soir sur les bords d’un ruisseau : Je n’ai point de plaisir à voir cette campagne ; Rien à présent n’est plus ni si bon, ni si beau. Comme tout a changé ! cette onde n’est plus claire, Les grains sont plus petits, ils sont moins savoureux ; Les bois sont moins touffus, les oiseaux moins heureux ; Dans la nature, hélas ! ”
Termes fréquents
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