Mme Dora d’Istria

Résumé

Mme Dora d’Istria Revue des Deux Mondes

De même que dans notre Orient on répand sur les morts chéris des plaintes improvisées, ainsi la nature tout entière avait l’air de pleurer la belle fleur de Noël prématurément arrachée de sa tige par les vents meurtriers. N’aimerait-on point à penser qu’elle ne reste point insensible à ces jeunes trépas, et qu’elle verse sur ces tombes trop vite creusées quelques larmes maternelles ? Quelquefois dans les Alpes les nuages chargés de pluie s’abaissent si pesamment vers la terre, que le regard désolé essaie en vain de chercher au ciel un rayon de lumière.
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Mme Dora d’Istria Revue des Deux Mondes

Au dehors, au contraire, un ardent soleil brûlait les dalles ; les pavés étincelaient ; les larges fleurs de pourpre d’un cactus placé à une des fenêtres du couvent pendaient languissamment le long de la grille de fer ; un souffle embrasé pénétrait la nature tout entière. Jamais je n’avais aussi bien compris qu’en ce moment le penchant qui entraîne les populations du midi, en Asie comme en Europe, dans l’Hindoustan comme en Italie, vers la quiétude monastique. Le climat dévorant du sud produit les moines, comme la Scandinavie et la Grande-Bretagne les soldats et les agriculteurs.
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L’âme se sentait involontairement pénétrée de la sérénité de cette nature souriante.
Le chemin, après avoir gravi les pentes du Génère, où grandissent d’admirables châtaigniers au tronc noir et rugueux, descend vers le val Leventina, vallée véritablement arcadienne, arrosée par le Tessin, qui se précipite en grondant des sommets sublimes du Saint-Gothard. Au loin, Bellinzona, qui garde le passage des Alpes avec ses vieilles tours féodales, se perdait dans la brume qui rampait dans les gorges des montagnes.
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