Résumé

Paul Imert Revue des Deux Mondes

Amie de l’Angleterre, alliée de la Russie, la France n’a pas, comme elles, sur le chemin du Drang, dans l’Asie Antérieure ou sur le golfe Persique, des intérêts vitaux à sauvegarder. Mais elle ne peut oublier ni sa situation privilégiée dans le Levant, ni les droits qui lui restent d’un passé glorieux. C’est nous qui, de temps immémorial, avons représenté, dans l’Asie turque, la civilisation des peuples occidentaux ; c’est notre langue qu’on y parle et, grâce à elle, c’est notre goût qu’on apprécie, notre génie qu’on aime.
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Ainsi s’agitent sans répit autour d’un projet de chemin de fer, avec les mille intrigues de concurrens partout rivaux, les compétitions traditionnelles des puissances à l’hégémonie orientale. Ce n’est pas seulement le trafic qu’elles se disputent. C’est l’influence, les débouchés, les positions stratégiques, les moyens en un mot d’acquérir la prépondérance sur des régions nouvelles. Après Constantinople et Salonique, Bagdad devient, par le miracle des locomotives, un des centres de gravitation de la politique européenne, plus intéressée aujourd’hui que jamais aux affaires d’Orient.
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La ligne de Bagdad détournera de Suez le trafic de la Perse méridionale, menacera le monopole anglais dans l’océan Indien, atteindra gravement l’orgueil de l’impérialisme britannique.
Mais il faut compter avec l’Angleterre. Elle occupe l’Egypte, dont le Hedjaz et l’Yémen sont une dépendance historique : l’Arabie a toujours suivi la fortune des maîtres du Nil. Or, la péninsule arabique donne la maîtrise des voies de terre et d’eau entre l’Europe et l’Inde, aussi bien du Canal de Suez et de la mer Rouge que des chemins de fer dirigés par la Mésopotamie vers le golfe Persique.
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