Pierre Bouchardon

Souvenirs (1953)

Résumé

Pierre Bouchardon Souvenirs (1953)

Je vous demande de prononcer la peine de mort contre Bolo et, au moment de m'asseoir, je songe que, dans cette cour d'assises de la Seine, où tant de criminels ont passé, il m'est arrivé — oh! que cela me semble semble lointain! — à la place que j'occupe en ce moment, de demander, sous un autre costume, le châtiment capital contre des assassins. Je vous jure, messieurs, que ce ne fut pas sans une émotion profonde et sans un effort sur moi-même pour maîtriser l'angoisse qu'un homme éprouve, en face du néant,
lorsqu'il demande à ses semblables la vie d'un autre homme.
Source : Gallica

Pierre Bouchardon Souvenirs (1953)

Le président est un avocat de province, devenu magistrat sur le tard. Il ressemble à une cigogne qui aurait avalé son bec et, dans la rue, il a le pas de cet échassier. Intrépide noctambule, il ne rêve qu'audiences de nuit, mais, à Aubusson, l'occasion lui en est rarement offerte. Au café où il tient ses assises, il consomme à peine, mais il accapare le billard unique, afin de s'y livrer à de savants carambolages. Il exige en outre qu'on lui remette tous les journaux, pour en lire un, si l'envie lui en prend. Sa qualité seule empêche qu'on ne le mette à la porte.
Source : Gallica

Pierre Bouchardon Souvenirs (1953)

Bolo Pacha m'apparut grand, blond, et mince moustache longue et soyeuse, œil câlin, voix prenante, intarissable faconde, art du boniment, toutes les allures d'un félin et d'un bluffeur. Rien ne semblait désormais le surprendre ou le choquer : ni la perquisition de Nice, ni celle de Paris, ni son retour précipité, ni l'inculpation d'intelligences avec l'ennemi que je venais de lui notifier. Les meubles étaient grands ouverts; ses papiers, ses titres jonchaient le parquet, en vrac. Nous marchions littéralement sur sa fortune,
et il avait le sourire.
Source : Gallica

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