Pierre Mille 

Résumé

Pierre Mille  Revue des Deux Mondes

Enfin on sonne la cloche : d’un bond, les grands drapeaux turcs verts ou rouges montent à l’assaut des wagons, la musique joue la marche Hamidié, le train s’ébranle, et aussitôt qu’il est sorti de la gare on aperçoit, au-delà de la mer glauque, une cime allongée et hautaine dont la neige argentée se teinte d’un imperceptible rose. C’est l’Olympe, qui domine et pèse sur ces deux régions, visible de Salonique et de Larissa, de la plaine du Vardar et de celle du Pénée. Alors, comme à un signal donné, les Albanais déchargent leur fusil contre le soleil.
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Pierre Mille  Revue des Deux Mondes

Les chevaux éreintés s’arrêtent, refusant de mener plus loin les lourdes masses, les Turcs d’escorte s’accrochent aux roues, aux affûts, aux courroies et aux chaînes, les canons s’ébranlent, dressent leurs gueules tremblotantes, pareils à des bêtes qui vont crier, — et le convoi de butin guerrier reprend enfin sa route vers les villes macédoniennes.
Alors, à mesure que nous avançons, ce premier champ de bataille se déroule devant nous. La chaîne de montagnes qui sert de frontière entre la Thessalie et la Macédoine est un contrefort de l’Olympe.
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Pierre Mille  Revue des Deux Mondes

Enfin Vodina paraît, toute blanche, ombragée d’arbres verts, au sommet d’un promontoire rocheux d’où tombent des cascades, Vodina, l’ancienne Edesse, baignée de verdure et d’eaux courantes et dont les habitans, Turcs et Bulgares, font paître leurs moutons et cultivent leurs vignes, le fusil sur l’épaule. Le train s’y arrête un instant, les jeunes officiers turcs se roulent sur l’herbe comme des collégiens. Il semble que l’anathème prononcé par leur culte contre les reproductions peintes ou sculptées de la vie les rende plus sensibles au charme plus rare de la nature.
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