“ L’espace et le temps sont au poëte. Que le poëte donc aille où il veut, en faisant ce qui lui plaît ; c’est la loi. Qu’il croie en Dieu ou aux dieux, à Pluton ou à Satan, à Canidie ou à Morgane, ou à rien, qu’il acquitte le péage du Styx, qu’il soit du sabbat ; qu’il écrive en prose ou en vers, qu’il sculpte en marbre ou coule en bronze ; qu’il prenne pied dans tel siècle ou dans tel climat ; qu’il soit du midi, du nord, de l’occident, de l’orient ; qu’il soit antique ou moderne ; que sa muse soit une muse ou une fée, qu’elle se drape de la colocasia ou s’ajuste la cotte-hardie. ”
Victor Hugo
Résumé
Publié en 1829, Les Orientales est un recueil de poèmes de Victor Hugo marqué par l’exotisme et le philhellénisme. À travers quarante-et-un poèmes, l’auteur célèbre la liberté grecque et la lutte contre l’oppression ottomane, mêlant images épiques, sensuelles et mélancoliques.
Ce recueil, proclamé « livre inutile de pure poésie », marque une rupture avec les formes classiques, affirmant la liberté artistique et la variété des thèmes, de l’histoire à la fable. Il révèle aussi une évolution politique de Hugo, passant du royalisme à une admiration pour Napoléon.
Citations de Les Orientales (Victor Hugo)
“ Il éclate, il tournoie, il s’ouvre aux flots amers ! Ma bouche crie en vain, par les vagues couverte ! Adieu ! je vais trouver mon linceul d’algue verte, Mon lit de sable au fond des mers. « Mais non ! je me réveille enfin !... Mais quel mystère ? Quel rêve affreux !... mon bras manque à mon cimeterre. Quel est donc près de moi ce sombre épouvantail ? Qu’entends-je au loin ?... des chœurs... sont-ce des voix de femmes ? Des chants murmurés par des âmes ? Ces concerts !... suis-je au ciel ?... — Du sang !... c’est le sérail ! » ”
“ Tout ! jusqu’au cheval blanc, qu’il élève au sérail, Dont la sueur à flots argente le poitrail ; Jusqu’au frein que l’or damasquine ; Jusqu’à cette espagnole, envoi du dey d’Alger, Qui soulève, en dansant son fandango léger, Les plis brodés de sa basquine ! Ce n’est point un pacha, c’est un klephte à l’œil noir Qui l’a prise, et qui n’a rien donné pour l’avoir ; Car la pauvreté l’accompagne ; Un klephte a pour tous biens l’air du ciel, l’eau des puits, Un bon fusil bronzé par la fumée, et puis La liberté sur la montagne. ”
