“ Il n’y a aujourd’hui, qu’une seule façon d’être philhellène, c’est de croire à la Grèce moderne, à sa vitalité, à son génie, à son avenir — et de voir dans l’hellénisme le principe régénérateur des régions balkaniques et ottomanes. Je ne reconnais pas pour mes frères en philhellénisme ceux qui s’arrêtent à mi-chemin, rendent de vagues hommages à la mémoire de Périclès et marquent à ses descendants une bienveillance platonique et légèrement dédaigneuse. Honorer le passé grec, la belle affaire ! Tout le monde l’honore qui n’est pas un imbécile. ”
Philhellénisme
Définition et enjeux
Citations sur “philhellénisme”
Charles de Mazade,
Revue des Deux Mondes
“ L’héroïsme des Hellènes, les massacres accomplis par les Turcs, la poésie des souvenirs et des traditions antiques, tout servait à émouvoir les imaginations, à populariser la cause et à faire de l’Occident le complice de cette révolution orientale. Le philhellénisme devenait une passion, même une mode. Ce n’est pas tout : tandis que l’insurrection grecque grandissait par elle-même, d’autres événemens se succédaient en Europe et modifiaient sensiblement les alliances, la politique des cours. ”
Saint-Marc Girardin,
Revue des Deux Mondes
“ Le principe de la nationalité, qui fait que sir John Young propose l’union des Iles-Ioniennes avec la Grèce, n’est pas, chez lui, je le répète, une inspiration du philhellénisme. L’Angleterre n’est pas en général suspecte de philhellénisme, quoiqu’elle ait dans ces derniers temps puissamment contribué à la consolidation du royaume hellénique, car c’est sans le vouloir. ”
Gaston Deschamps,
Revue des Deux Mondes
“ En somme, par la sagesse de sa conduite, par sa modération, par une petite dose de scepticisme souriant qui le sauve de l’ironie des Grecs, gens qui détestent l’excès même en matière de philhellénisme, cet homme à la moustache blonde et aux yeux bleus a bien géré les affaires des petits bruns aux yeux éveillés, qui se sont fiés à lui. ”
Eugène Forcade, Revue des Deux Mondes
“ Les Hellènes ont d’ailleurs d’autres amis qui ne leur ont guère été moins dangereux que les Russes. Il y a un philhellénisme funeste qui s’étudie à pallier les fautes et les vices des Grecs, qui enivre leur amour-propre, qui exalte par ses aveugles complaisances leurs plus chimériques ambitions, et qui les pousse aux extravagances et aux cruelles déceptions dont nous sommes témoins. La meilleure, la plus sûre façon de témoigner sa sympathie au jeune établissement hellénique et de servir son avenir, c’est au contraire de dire la vérité sur la Grèce et de dire la vérité aux Grecs. ”
“ Les Hellènes groupés en phalanges de travailleurs, âpres à s’enrichir et à se rendre par la richesse, indépendants des hommes et des circonstances — les Philhellènes unis pour la propagation de la langue et de la philosophie grecques, la sauvegarde des églises et des écoles, l’extension intellectuelle et morale de l’hellénisme — voilà comment je comprends le monde grec, idéalement organisé en vue d’une extension rapide et d’une transformation féconde. ”
Charles Lévêque, Les Dernières Luttes du Paganisme…
“ Ces trois écoles ont réchauffé de leur souffle la vieillesse de l’hellénisme et retardé sa mort jusqu’au VIe siècle après Jésus-Christ. Si vous négligez les rapports de la philosophie avec le polythéisme, ce fait considérable n’a plus de cause ; si vous tenez compte de ces rapports, le phénomène s’explique naturellement. En effet, Pythagore, Socrate, Platon, les stoïciens, avaient été à l’égard des croyances antiques non des destructeurs acharnés, mais des réformateurs, ou mieux encore ce que l’on nomme quelquefois, dans le langage de la politique, des conservateurs progressistes. ”
Gabriel Charmes, Revue des Deux Mondes
“ Si vous êtes philhellène, au contraire, vous pouvez tout vous permettre ; tout ce que vous direz, tout ce que vous aurez l’air de penser, tout ce que vous laisserez entrevoir semblera parfait, merveilleux. ”
Platon,
Sophiste ; Politique ; Philèbe…
“ Car nous pourrions peut-être soutenir tous les deux, moi, que c’est l’intelligence, toi, que c’est le plaisir qui fait le bonheur de la vie mixte, et ainsi, ni l’une ni l’autre ne serait le bien, mais on pourrait admettre que l’une ou l’autre en est la cause. Sur ce point, je suis plus disposé que jamais à soutenir contre Philèbe que, quel que soit l’élément qui, présent dans la vie mélangée, la rend à la fois désirable et bonne, ce n’est pas le plaisir, mais l’intelligence qui a le plus d’affinité et de ressemblance avec lui. ”
Georges Palante,
Précis de sociologie
“ À cette loi d’optimisme social on peut rattacher le discrédit significatif dont le philistin, c’est-à-dire le parfait conformiste, l’homme imbu des orthodoxes doctrines sociales, frappe unanimement les écrivains pessimistes. Le philistin regarde comme personnellement injurieuse pour lui une conception pessimiste de l’humanité et de la société. ”
“ Mais enfin revenons au point : vous avez toujours été orateur, et jamais philosophe. Cicéron. — Vous, avez-vous jamais été autre chose ? Démosthène. — Non, je l’avoue ; mais aussi n’ai-je jamais fait autre profession : je n’ai trompé personne. J’ai compris de bonne heure qu’il fallait choisir entre la rhétorique et la philosophie, et que chacune demandait un homme entier. Le désir de la gloire m’a touché ; j’ai cru qu’il était beau de gouverner un peuple par mon éloquence, et de résister à la puissance de Philippe, n’étant qu’un simple citoyen, fils d’un artisan. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ L’un et l’autre se rattachent à Platon pour la métaphysique, au stoïcisme pour la morale. Ils tendent donc à fondre l’hellénisme dans le christianisme, et ils préparent ainsi l’union éphémère qui va se réaliser après eux. IV Tout stérilisé qu’il fût déjà, l’hellénisme semble reprendre quelque vie au ive siècle. Après les guerres civiles et l’anarchie de la seconde moitié du iiie siècle, l’empire, réorganisé par Dioclétien, retrouve quelque prospérité. Les écoles, en particulier, se relèvent pour un peu de temps, et c’est par elles que la tradition grecque profane se perpétue. ”
Fénelon,
Aventures de Télémaque suivies du recueil des fables
“ Je suppose que Philoclès est effectivement sec et austère : son austérité ne vaut-elle pas mieux que la flatterie pernicieuse de vos conseillers ? Où trouverez-vous un homme sans défauts ? et le défaut de vous dire trop hardiment la vérité n’est-il pas celui que vous devez le moins craindre ? que dis-je ! n’est-ce pas un défaut nécessaire pour corriger les vôtres, et pour vaincre ce dégoût de la vérité où la flatterie vous a fait tomber ? Il vous faut un homme qui n’aime que la vérité et vous ; qui vous aime mieux que vous ne savez vous aimer vous-même ”
Paul Arène,
Friquettes et Friquets
“ Philémon, le sage Philémon, m’arrêta. Depuis que le temps se réveille, je ne puis faire un pas sans rencontrer ce grand diable de Philémon. — Eh quoi ? me dit-il, toi aussi ! Attends au moins une ou deux semaines. Pour les âmes sentimentales et rustiques, voici tout juste le moment de ne pas quitter notre divin Paris et d’y savourer en gourmet la primeur de éclosions. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ II C’est par la philologie, sous ses diverses formes, que l’hellénisme déclinant se relie le plus expressément à l’hellénisme des grands siècles, puisque la philologie s’attache de propos délibéré aux grandes œuvres du passé pour les interpréter, les commenter et les juger. La faiblesse intellectuelle de ces derniers siècles s’y manifeste comme partout. ”
Georges Clemenceau,
Au soir de la pensée
“ Par malheur, dans l’ordre de la stabilisation nationale, politique et sociale, l’hellénisme n’a pas su se réaliser. Pour ce qui est de la philosophie, il a magnifiquement poussé les grandes lignes de son enquête dans les plus hautes directions de la pensée. ”
Louis Ménard,
Les Livres d’Hermès Trismégiste et les derniers jours de la philosophie païenne
“ Au lieu des mœurs laborieuses des esséniens, qui, selon Philon, exerçaient des métiers manuels, mettaient en commun les produits de leur travail et réduisaient la philosophie à la morale et la morale à la charité, les monastères des thérapeutes offraient à la propagande une population bien plus hellénisée, habituée aux spéculations abstraites et aux allégories mystiques. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ Il semble donc que l’hellénisme, définitivement épuisé dans sa veine primitive, se renouvelle alors sous forme chrétienne. On voit renaître les genres anciens, mais christianisés, l’éloquence surtout, tantôt militante, tantôt familière et didactique, la philosophie, l’histoire, la littérature épistolaire. À ces genres, le christianisme fournit la plupart des idées et des sentiments ; quant à l’hellénisme, s’il leur donne, lui aussi, des idées, il leur apporte surtout son art et ses méthodes. ”
François de Fénelon, Aventures de Télémaque ; suivies des Aventures d'Aristoniis
“ Bientôt Mentor et lui furent dans la même confiance que s'ils avaient passé leur vie ensemble, quoiqu'ils ne se fussent jamais vus; c'est que les dieux, qui ont refusé aux méchants des yeux pour connaître les bons, ont donné aux bons de quoi se connaître les uns les autres. Ceux qui ont le goût de la vertu ne peuvent être ensemble sans être unis par la vertu qu'ils aiment.Bientôt Philoclès demanda au roi de se retirer, auprès de Salente, dans une solitude, où il continua à vivre pauvrement comme il avait vécu à Samos. Le roi allait avec Mentor le voir presque tous les jours dans son désert. ”
Félix Bodin, Le Roman de l’avenir
“ Aussi l’ai-je bien étudié ; aussi le sais-je par cœur, mon Philirène. Comme il est bon, comme il est aimable, comme il est spirituel ! Comme ses idées sont grandes et généreuses, et toujours dirigées vers le bonheur et la dignité morale de l’espèce humaine ! Combien il y a d’élévation religieuse, de sentimens tendres au fond de son scepticisme que je ne partage pas, mais qui me conçoit si bien, moi, pieuse et presque dévote. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ Les dégager et les examiner en détail est l’affaire de la philosophie. Pour l’objet que nous nous proposons ici, il suffira d’étudier sommairement, dans l’ensemble de cette grande œuvre, l’esprit et le talent de Philon, en marquant à grands traits l’influence qu’il a exercée, soit sur la philosophie néoplatonicienne, soit sur la littérature chrétienne. La méthode de Philon, dans ses commentaires sur l’Ancien Testament, c’est l’interprétation allégorique pratiquée avec une liberté, ou plutôt une fantaisie, qui nous paraît à nous un défi perpétuel au bon sens [222] . ”
Paul Tannery,
Pour l’histoire de la science hellène
“ Encore assez vivace au ive siècle, l’hellénisme avait fourni pour son existence, contre la nouvelle religion, contre les institutions et les mœurs transformées, une lutte aussi longue qu’honorable ; vers le milieu du vie siècle, ses derniers représentants s’éteignaient et ne léguaient à leurs disciples, désormais tous chrétiens, que des enseignements inféconds. Fille de l’hellénisme, la science antique en partagea le sort ; la nouvelle société ne voulait qu’une science chrétienne, et elle s’enferma dans la théologie. ”
Alfred Croiset,
Histoire de la littérature grecque
“ Or, ce qu’ils n’avaient fait qu’ébaucher, les grands esprits du iiie siècle vont l’achever. Plotin et Porphyre créent réellement un hellénisme nouveau avec des éléments tirés de l’hellénisme ancien. Ils constituent une morale profondément religieuse et une religion appuyée sur une sorte de révélation. Ce qui était confus et obscur chez leurs prédécesseurs s’organise entre leurs mains. Ils établissent, sur la base de la tradition, un mysticisme rationnel, qui est à la fois dévotion et pensée, foi et réflexion. ”
Platon,
Œuvres de Platon, traduites par Victor Cousin
“ Le but de Philèbe étant de montrer que le souverain bien réside dans l’union du plaisir et de la raison, dans la combinaison des plaisirs purs et vrais avec ce qu’il y a de plus pur et de plus vrai dans les sciences, Platon devait rechercher d’abord ce qu’il y a de pur dans les plaisirs ; ce qu’il ne pouvait faire sans entrer dans une théorie et dans une classification des plaisirs ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques d’Hoffmann
“ Cette désignation de Philistins s’applique par mépris, surtout dans les universités allemandes, aux bourgeois, aux boutiquiers, et, par extension, aux individus qui n’envisagent de la vie que le côté physique, et pour qui les idées d’art et d’imagination sont lettres closes. ”
Sophie Gay,
Physiologie du ridicule
(1833)
“ Philinte est sur la liste des nouveaux pairs ! lui qui n’a jamais eu le sens commun en politique, qui ne sait pas une ligne du Code, et dont la méchante prose est une rivière de lieux communs où ne surnage pas une idée ? En vérité, c’est un choix déplorable. ”
Félix Bodin, Le Roman de l’avenir
“ Comment pourrait-on croire, si l’on vous entendait ainsi penser tout haut, que c’est Philirène qui parle, l’homme qui en face du monde, en quelque sorte, paraît si pénétré de la hauteur et de la sainteté de sa mission, et qui trouve parfois un langage si élevé, quoique simple, et de si heureuses images pour inspirer le sentiment de l’ordre moral et l’amour de l’humanité ! ”
Collectif, Revue de métaphysique et de morale
“ La façon dont vous interprétez Philon est vraie, banale même, et pourtant exagérée. Par exemple, le mépris de Philon pour la science. Le culte qu’il faut rendre à Dieu, selon Philon, est rationnel. Philon réserve ses critiques au mauvais usage de la science : mais c’est aussi l’opinion d’Aristote. M. Bréhier. Aristote faisait de la recherche désintéressée de la vérité le but de la philosophie ; c’est ce que ne fait pas Philon. M. Rodier. J’arrive à vos intermédiaires entre le monde et Dieu. Les puissances divines sont des échelons qui servent à l’âme humaine dans son ascension vers Dieu. ”
Démosthène, @ Discours de Démosthène contre Philippe… (1832)
“ N'envoie-t-il pas des troupes , et à Porthmos pour en chasser le peuple d'Erétrie , et à Orée pour y établir le tyran Philistide ? Spectateurs oisifs, les Grecs le regardent agir; et comme des gens qui voient tomber la grêle, chacun fait des vœux pour qu'il ne vienne point fondre sur son pays, sans que personne entreprenne de l'arrêter dans sa course. On ne songe pas à venger les injures communes, on ne venge pas même les siennes propres; et c'est-là le comble de l'insensibilité. Philippe n'est-il pas tombé sur Ambracie et sur Leucade, ville des Corinthiens? ”
G. Valbert,
Revue des Deux Mondes
“ Il estime que le caractère de telle ou telle classe de la société dépend surtout de la manière dont elle conçoit le bonheur, et les barbares, selon lui, n’aiment que les dignités, la considération, les exercices du corps, le sport et les plaisirs bruyans. Les philistins n’apprécient que le tracas et la fièvre des affaires, l’art de gagner de l’argent, le confort et les commérages. ”
Léopold Derôme, Les éditions originales des Romantiques… (1887)
“ Ceux qui exerçaient une profession commerciale et bénéficiaient des avantages de cette profession méritaient d'être flétris. On les baptisa du nom de Philistins. Aux Philistins qui avaient, outre cette qualité, celle d'appartenir aux classes gouvernantes, depuis la veille, on opposa, les autres classes sociales, celles d'en haut et celles d'en bas; à leur culte exclusif du bien-être et de l'argent, on opposa celui de l'Art. ”
“ L’hellénisme se trouva ainsi en mesure de tenter une renaissance qu’aucun autre des cultes de l’Empire n’aurait pu essayer. Au iie, au iiie, au ive siècle de notre ère, l’hellénisme se constituera en religion organisée, par une sorte de fusion entre la mythologie et la philosophie grecques, et, avec ses philosophes thaumaturges, ses anciens sages érigés en révélateurs, ses légendes de Pythagore et d’Apollonius, fera au christianisme une concurrence qui, pour être restée impuissante, n’en a pas moins été le plus dangereux obstacle que la religion de Jésus ait trouvé sur son chemin. ”
Eschine, Chefs-d'oeuvre de Démosthène et d'Eschine… (1865)
“ Car ne vous figurez point Philippe comme une divinité à laquelle est attaché un bonheur impérissable : il est un objet de haine, de crainte, d'envie, même pour tel qui lui semble le plus dévoué. Eh! comment ne pas supposer à ceux qui l'entourent toutes les passions des autres hommes? Mais maintenant elles manquent d'auxiliaires, timidement comprimées sous cette lenteur, sous cette inertie qu'il faut, je le répète, secouer dès aujourd'hui. Voyez, en effet, ô Athéniens! jusqu'où s'est débordée l'audace de l'homme : il ne vous laisse plus le choix entre l'action et le repos ”
