“ Mais vous souriez, sire Philippe; vous ne croyez pas à la force de l'amour.—Au contraire, Sire, permettez-moi de vous dire que je suis si peu incrédule à cet égard, que j'allais vous demander si vous éprouveriez un peu moins de répugnance à consentir au mariage proposé entre Louis d'Orléans et Isabelle de Croye, si je vous prouvais que la comtesse a un penchant tellement décidé pour un autre, qu'il est vraisemblable qu'elle refusera elle-même d'épouser le duc?—Hélas! mon bon et cher ami, dit le roi en soupirant, de quel sépulcre avez-vous tiré cette consolation pour un homme mort? ”
Résumé
"Quentin Durward", roman historique de Walter Scott, publié en 1823, dépeint les conflits entre le roi de France Louis XI et le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, mettant en lumière la fin de l'idéal chevaleresque face à l'avènement de l'État centralisé.
À travers l'histoire de Quentin Durward, archer écossais au service de Louis XI, Scott combine récits de batailles, machinations politiques et dilemmes éthiques, soulignant la lutte entre les principes féodaux et l'aspiration au pouvoir. Inspiré des Mémoires de Philippe de Commynes, le roman glorifie la persévérance humaine dans un monde en transformation, avec des personnages comme Isabelle de Croye, figure de la noblesse déchirée par les enjeux de domination.
Citations de Quentin Durward (Walter Scott)
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Au moment où il descendait de cheval pour traverser un pont-levis jeté sur un fossé d’une largeur et d’une profondeur peu ordinaires, il regarda les sentinelles, et dit à d’Argenton, qui l’accompagnait avec quelques autres seigneurs bourguignons : « Ils portent la croix de Saint-André, mais ce n’est pas celle de mes archers écossais. — Vous les trouverez tout aussi disposés qu’eux à mourir pour vous défendre, Sire, » répondit d’Argenton dont l’oreille subtile avait deviné dans le ton de Louis l’expression d’un sentiment qu’il ne lui avait pas été possible de cacher entièrement. ”
“ « Je vous la montrerai dans une demi-heure, dit le guide. — Et alors vous nous laisserez aux soins d’un autre guide ? demanda Quentin. — C’est cela même, monsieur l’archer. Mes voyages sont toujours courts et en droite ligne. Lorsque vous et les autres, monsieur l’archer, vous suivez la courbure de l’arc, moi je suis toujours la corde. » Depuis long-temps la lune avait disparu de l’horizon, mais l’aurore commençait à le teindre de ses couleurs vives et brillantes qui se réfléchissaient sur la surface d’un petit lac le long duquel nos voyageurs marchaient alors. ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Néanmoins la voix de Dunois fut la première à s’élever au milieu de ce tumulte, et s’adressant au duc de Bourgogne : « Sire duc, lui dit-il, vous oubliez que vous êtes vassal de la France, et que nous, vos convives, nous sommes Français. Si vous levez la main contre votre roi, préparez-vous à soutenir les plus violents efforts du désespoir ; car, croyez-moi, nous nous abreuverons du sang de la Bourgogne comme nous venons de nous abreuver de son vin. Courage, monseigneur d’Orléans ; et vous, gentilshommes français, rangez-vous autour de Dunois, et faites ce que vous verrez faire. » ”
“ Or, j'ai un ami à récompenser, et c'est toi; et un ennemi à punir, c'est ce scélérat, ce traître infâme, ce Galeotti, qui par ses impostures et ses mensonges spécieux m'a livré au pouvoir de mon ennemi mortel, comme un boucher conduit un agneau à la tuerie.—Je l'appellerai en défi, répondit le Balafré; le duc de Bourgogne est trop ami des gens d'épée pour nous refuser un champ clos et un espace raisonnable; et si Votre Majesté vit assez long-temps, et qu'elle jouisse d'assez de liberté, elle me verra soutenir sa querelle et la venger de ce philosophe autant qu'elle peut le désirer. ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Crèvecœur, dit Louis en lui prenant la main, comme s’il eût été affecté par quelque souvenir pénible, « qu’il est heureux le prince qui a près de sa personne des conseillers capables de le prémunir contre ses passions et contre leurs suites ! Leurs noms seront écrits en lettres d’or dans l’histoire de son règne. Oh ! si ma bonne étoile eût voulu que j’eusse eu près de moi des hommes tels que toi, Crèvecœur... — Alors, dit le Glorieux, Votre Majesté n’aurait eu d’autre soin que de s’en débarrasser au plus vite. — Ah ! ah ! sieur de la Sagesse, êtes-vous donc là ? » ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Que vous importe, au nom de Dieu ! si j’ai envie d’être pendu, étranglé, jeté dans la Loire, poignardé, roué, enfermé vivant dans une cage de fer, enterré tout vif dans un cul de basse fosse du château, ou enfin traité de toute autre manière qu’il plaira au roi Louis d’ordonner à l’égard de son fidèle sujet ? Il n’est pas besoin de me faire signe de l’œil, ou de froncer le sourcil et d’indiquer Tristan l’Ermite ; je vois le coquin aussi bien que vous. Mais il n’en serait pas résulté tant de mal pour moi ; ma vie n’était pas si gravement compromise. ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ « Ce n’est pas toi que je blâme, Jacqueline, et tu es trop jeune pour être ce qu’il est cruel de penser que tu dois être un jour, c’est-à-dire fausse et perfide comme le reste de ton sexe frivole : personne n’est parvenu à l’âge d’homme sans avoir eu l’occasion de vous connaître. Voici un cavalier écossais qui te dira la même chose. » Jacqueline jeta un coup d’œil sur l’étranger, comme pour obéir à maître Pierre ; mais tout rapide qu’il fut, ce coup d’œil parut à Durward un appel à sa protection et à sa sympathie. ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Monseigneur de Bourgogne, considérez ce que vous allez faire ! Vous êtes dans votre palais ; vous êtes le vassal du roi ! Ne répandez pas le sang de votre hôte dans votre demeure, le sang de votre souverain assis sur le trône que vous avez élevé pour lui, et où il s’est placé sous votre sauvegarde. Par égard pour l’honneur de votre maison, ne cherchez pas à venger un horrible assassinat par un assassinat non moins horrible. — Retire-toi, Crèvecœur, s’écria le duc, et laisse-moi assouvir ma vengeance. Retire-toi ; la colère des princes est aussi redoutable que celle du ciel. ”
“ C'est donc la comtesse Isabelle qui est restée au château? Adieu! adieu!Comme-il se retournait pour partir, Hayraddin lui saisit le bras:—écoutez-moi, lui dit-il, écoutez-moi! c'est courir à la mort! Pourquoi diable portiez vous donc les couleurs de la tante? De ma vie je ne me fierai plus ni au bleu ni au blanc. Mais songez donc qu'elle est presque aussi riche. Elle a des joyaux, de l'or, même des espérances sur le comté.Tandis que le Bohémien parlait ainsi en phrases entre-coupées, et qu'il cherchait à retenir Durward, celui-ci mit la main sur son poignard afin de se débarrasser. ”
“ Oubliez-vous le prix glorieux auquel vous prétendiez? Abandonnez-vous la carrière par la peur de malheurs imaginaires, comme un coursier timide que des ombres épouvantent?—Des maux imaginaires! impudent que tu es! s'écria le roi d'un ton courroucé. Cette tour est-elle donc imaginaire? Les armes des gardes de mon détestable ennemi de Bourgogne, ces armes dont tu as pu entendre le cliquetis à la porte, sont-elles des ombres? Quels sont donc les maux réels, traître, si tu n'y comprends pas la perte de la liberté, celle d'une couronne, et le danger de la vie? ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Durward tenait depuis long-temps les yeux sur cette forteresse, dont la vue l’intéressait tellement que, dans l’ardeur de la curiosité naturelle chez la jeunesse, il oubliait l’humidité de ses vêtements. Semblable à un homme entreprenant qui médite une action hardie, il avait l’œil étincelant, les joues animées. « C’est un château très fort, et fortement gardé, » répondit-il enfin ; « mais il n’y a rien d’impossible pour des braves. — Y en a-t-il dans votre pays qui soient capables d’un pareil exploit ? » demanda le vieillard d’un ton un peu dédaigneux. ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Jamais la timidité ne vous fera échouer auprès d’une belle. Crèvecœur a accueilli votre proposition comme on avale une tasse de vinaigre. Il m’a juré, par tous les saints de la Bourgogne, que s’il ne s’agissait de l’honneur de deux princes et de la paix de deux États, vous ne verriez pas même de la comtesse Isabelle l’empreinte de son pied sur la terre. S’il n’avait une dame, et une belle dame encore, je l’aurais soupçonné de vouloir rompre lui-même une lance en l’honneur de cette jeune comtesse. Peut-être pense-t-il à son neveu le comte Étienne. Une comtesse !... ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Quant à vous, habitants de Liège, retournez sur-le-champ dans votre ville ; et si quelqu’un vient mettre obstacle à votre départ, je le déclare ennemi de mon maître le roi de France, Sa Majesté très-chrétienne. — France et Liège ! » crièrent les gens qui escortaient Pavillon, et plusieurs autres bourgeois dont le langage de Quentin commençait à relever le courage ; « France et Liège ! vive le brave archer ! nous vivrons et nous mourrons avec lui ! » L’œil de Guillaume de la Marck brilla d’un sinistre éclat ; il saisit son poignard comme pour le plonger dans le cœur de l’audacieux orateur ”
“ Louis d'Orléans se fia à Jean de Bourgogne; il fut assassiné dans la rue Barbette. Jean de Bourgogne se fia au parti d'Orléans; il fut assassiné sur le pont de Montereau. Je ne me fierai à personne, à personne: écoute-moi, j'aurai l'œil sur cet insolent Bourguignon, et aussi sur ce cardinal, que je ne crois pas trop fidèle sujet. Si je dis: écosse, en avant! fais feu sur Crèvecœur, et qu'il meure sur la place!—C'est mon devoir, dit Quentin, la vie de Votre Majesté se trouvant en danger.—Certainement, ajouta le roi, je ne l'entends pas autrement. ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Quand j’ai rompu une lance avec le duc d’Orléans, j’avais pour adversaire un homme dans le sein duquel coule un sang beaucoup plus noble que celui de Crèvecœur ; et quand j’ai mesuré mon épée avec celle de Dunois, je combattais contre un guerrier qui lui est bien supérieur. — Que le ciel mûrisse ton jugement, mon bon jeune homme ! Si tu dis la vérité, tu as reçu une faveur singulière de la fortune ; et, en vérité, s’il plaît à la Providence de te destiner à de pareilles épreuves avant que tu aies de la barbe au menton, la vanité te rendra fou avant que tu puisses te dire un homme. ”
“ Vous avez l'air d'hommes graves, de citoyens respectables; mais, sur mon âme, vous avez perdu l'esprit, ou vous voulez me le faire perdre.—Sapperment! s'écria Pavillon, ce jeune homme ferait jurer saint Lambert! Qui a jamais porté une toque avec la croix de saint André et les fleurs de lis, sinon les archers de la garde écossaise du roi Louis XI?—Et en supposant que je sois un archer de la garde, qu'y a-t-il d'étonnant que je porte la toque de ma compagnie? dit Quentin d'un ton d'impatience. ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Le diable n’a jamais tant à faire que lorsque des ennemis se réunissent sur la foi d’une trêve. » Il s’arrêta et garda le silence d’un air sombre et comme absorbé dans ses pensées. Quentin, voyant que le roi ne se pressait pas de continuer, se hasarda enfin à lui demander en quoi consistait le devoir qu’il aurait à remplir en cette occasion. « À te tenir en sentinelle au buffet avec ton arme chargée, dit Louis ; et s’il y a quelque trahison, à étendre le traître mort sur la place. — Quelque trahison. Sire ! s’écria Durward, et dans un château si bien gardé ! — Tu la crois impossible ? » ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Seulement, par respect pour la mémoire du comte de Reinold, l’heureux vainqueur devra être un gentilhomme dont la naissance et les armoiries soient sans tache. Du reste, quel qu’il puisse être, fût-il même le plus pauvre de tous ceux qui ont jamais fait passer l’ardillon d’une boucle dans l’oreillette d’un baudrier, il aura le droit de réclamer votre main ; j’en jure par saint Georges, par ma couronne ducale, par l’ordre que je porte ! Eh bien ! messieurs, » ajouta-t-il en se tournant vers les nobles qui l’entouraient, « je me flatte que cela est conforme aux lois de la chevalerie. » ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Le duc aime la maison de votre père, Sire. — Oui, par la Mort-Dieu ! et il l’aime tant, qu’il ferait volontiers rois tous ceux dont elle se compose. Avez-vous enfin épuisé votre ballot de conjectures ? — Pas tout à fait, Sire : on demandera certainement encore à Votre Majesté, de s’abstenir de molester, comme elle fit naguère, le duc de Bretagne, et de cesser de lui contester ainsi qu’aux autres grands feudataires le droit qu’ils ont de battre monnaie et de s’intituler ducs et princes par la grâce de Dieu. — En un mot, de faire de mes vassaux autant de rois ! ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Au moment où Quentin s’apprêtait à obéir aux ordres du comte, qui avait alors sinon le droit, du moins le pouvoir de lui commander, il remarqua que la comtesse Isabelle suivait tous ses mouvements avec un air d’intérêt inquiet et timide, qui ressemblait presque à l’expression de la tendresse ; et cette vue l’émut si vivement que ses yeux se remplirent de larmes. Mais il se rappela qu’il avait le rôle d’un homme, et non celui d’un amant, à soutenir devant Crèvecœur, qui de tous les chevaliers de France et de Bourgogne était le moins propre à s’attendrir sur des chagrins d’amour. ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Le soldat, sans répondre un mot, et avec un peu d’hésitation, lui tendit la main, et l’aida à monter sur la plate-forme ; alors, sans lui laisser le temps de réfléchir, Durward, s’écria du même ton d’autorité : « À la tour de l’Ouest, si vous voulez vous enrichir. Le trésor de l’évêque est dans la tour de l’Ouest. — À la tour de l’Ouest, le trésor est dans la tour de l’Ouest ! » répéta-t-on de tous côtés ; et les traîneurs qui les entendirent, semblables à des loups furieux, se précipitèrent dans le chemin opposé à celui que Quentin, mort ou vif, était résolu de suivre. ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Mais, monsieur le bourgmestre, vous arrivez tel que Mars, accompagné de la beauté. Qui est cette belle ? écartez son voile, écartez son voile ; aucune femme ne peut dire cette nuit que sa beauté lui appartient. — C’est ma fille, vaillant capitaine, répondit Pavillon ; et je vous conjure de lui permettre de conserver son voile. C’est un vœu qu’elle a fait aux trois bienheureux Rois de Cologne. — Bientôt je la relèverai de ce vœu ; car, d’un coup de couperet, je vais tout à l’heure me consacrer évêque de Liège ; et je crois qu’un évêque vivant vaut mieux que trois rois morts. ”
“ « La sainte mère abbesse vous recevra-t-elle sans dot ? » répondit-il d’un air de dédain. « Si, en me recevant sans dot, elle fait d’abord quelque tort à son couvent, je me flatte qu’il se trouve assez de charité chez les nobles amis de ma maison pour qu’ils ne laissent pas sans secours une orpheline, la fille des seigneurs de Croye, qui veut s’ensevelir dans un couvent. — Cela est faux ! s’écria le duc ; c’est un faux prétexte pour couvrir quelque secrète et indigne passion. Monseigneur d’Orléans, elle sera à vous, dussé-je la traîner à l’autel de mes propres mains ! » ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Fier comme un Écossais. Mais allons, jeune homme, vous êtes d’un pays que j’aime, ayant autrefois trafiqué avec l’Écosse. Les Écossais sont de braves et honnêtes gens, quoique pauvres. Si vous voulez venir au village avec nous, je vous donnerai un verre de vin d’Espagne pour vous fortifier, et un déjeuner chaud pour vous dédommager de votre bain... Mais, tête-bleue ! que faites-vous de ce gant de chasse à votre main ? Ne savez-vous pas que la chasse à l’oiseau est défendue dans un parc royal ? — C’est ce que j’ai appris d’un coquin de forestier du duc de Bourgogne. ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Vous voilà reçu, Quentin, dans l’honorable corps des archers de la garde écossaise, comme écuyer de votre oncle et servant sous sa lance. J’espère que vous ferez votre chemin ; car vous devez devenir un véritable homme d’armes, si, comme on le dit, tout ce qui vient de haut lieu est brave, car vous descendez d’une noble race. Ludovic, vous aurez soin que votre neveu suive exactement ses exercices, car il est possible qu’avant peu nous ayons quelques lances à rompre. — Par la poignée de mon sabre, j’en suis bien aise, milord, dit le Balafré ; cette paix ne fait de nous que des poltrons. ”
“ Il est pourtant juste d'ajouter qu'il n'en éprouva guère; car, soit par point d'honneur, soit par un secret désir de prévenir le coup qui menaçait Louis, la plupart des seigneurs bourguignons s'écartèrent pour le laisser passer. Se plaçant hardiment entre le roi et le duc, Crawford enfonça sur un côté de sa tête sa toque, d'où s'échappaient quelques mèches de cheveux blancs; ses joues pâles et son front ridé reprirent les couleurs de la jeunesse; son œil flétri par l'âge brilla de tout le feu d'un jeune guerrier prêt à faire un acte de courage et de désespoir ”
“ Je suis innocent : protégez-moi, au nom de notre foi commune dans la justice divine au jour du jugement dernier ! — Par saint André ! ils ne parviendront jusqu’à vous qu’à travers mon corps, » dit l’archer en tirant son épée. — « Coupez mes liens, mon compatriote, s’écria Quentin, et je ferai quelque chose pour moi. » D’un coup de sabre, l’archer fit ce qu’il lui demandait, et le captif remis en liberté, s’élançant tout à coup sur un des gardes du grand prévôt, lui arracha la hallebarde dont il était armé. « Maintenant, s’écria-t-il, avancez, si vous l’osez. » ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Vous me parlez de servir un capitaine de pillards et d’assassins, un scélérat qui ôterait la vie à un homme pour sa casaque, et qui tue les prêtres et les pèlerins comme si c’étaient des lanciers et des hommes d’armes ! Ce serait une tache indélébile, faite à l’écusson de mon père. — Eh bien, mon jeune et pétulant ami, si vous pensez que le Sanglier est trop scrupuleux, pourquoi ne pas suivre le jeune duc de Gueldre ? — Autant vaudrait suivre le grand diable. Je veux vous le dire à l’oreille : c’est un fardeau trop pesant pour la terre... l’enfer s’ouvre pour l’engloutir... ”
“ Bien certainement, » répondit l’intrépide comte de Crèvecœur, « il est fait d’un autre métal, d’un métal plus noble que les autres princes de l’Europe ; car, tandis qu’aucun d’entre eux n’osait vous donner un asile, à vous, roi Louis, exilé de la France et poursuivi avec toute l’amertume de la vengeance par votre père, vous avez été reçu et protégé comme un frère par mon noble maître, dont la générosité a été récompensée par vous d’une manière si peu louable. Adieu, Sire ; j’ai rempli ma mission. » ”
“ La jeune comtesse écoutait les galanteries du duc avec embarras et contrainte, et jetait de temps en temps un regard suppliant sur la princesse, comme pour la prier de venir à son secours ; mais la sensibilité blessée et la timidité de Jeanne de France la rendaient incapable de tout effort pour rendre la conversation plus générale, si bien qu’enfin, à l’exception de quelques mots de civilité de la part de la comtesse Hameline, elle fut soutenue presque exclusivement par le duc lui-même, quoiqu’aux dépens de la jeune Isabelle, dont la beauté devenait le sujet intarissable de son éloquence. ”
“ Mon oncle ! mon oncle ! ce n’est là que le sort du faucon qui reste sur le perchoir, et qu’on ne mène jamais à la chasse. — Par saint Martin de Tours ! le jeune homme a du feu ; il y a du Lesly chez lui ; c’est un autre moi-même, mais avec un degré de folie de plus. Écoutez-moi, jeune homme : vive le roi de France ! à peine se passe-t-il un jour sans qu’il ait quelque commission à donner à un de ses braves serviteurs, et dans laquelle celui-ci peut gagner honneur et profit. Ne croyez pas que toutes les actions les plus intrépides et les plus dangereuses ne se fassent qu’à la lumière du jour. ”
Walter Scott,
Quentin Durward
(1823)
“ Enfin Durward arrêta un plan sur la réussite duquel il pouvait d’autant mieux compter que l’exécution dépendait entièrement de sa volonté ; et, dans l’intérêt de la cause à laquelle il s’était dévoué, il se sentait en état de pouvoir tout tenter. Doué d’un cœur ferme et hardi, quoiqu’il ne se dissimulât pas le danger de sa situation, Quentin était tel qu’un homme qui marche sous le poids d’un fardeau dont il sent la pesanteur, mais qu’il regarde cependant comme n’étant pas au-dessus de ses forces. Il venait de prendre une dernière résolution quand il arriva au couvent. ”
“ Quentin courut à elle, la releva à la hâte. Félicité des félicités! c'était celle qu'il cherchait à sauver; c'était la comtesse Isabelle. Il la pressa contre son cœur, la conjura de reprendre ses sens, de se livrer à l'espérance; elle avait près d'elle maintenant un homme dont le courage la défendrait contre une armée entière.—Est-ce bien vous, Durward? s'écria-t-elle enfin en revenant à elle; j'ai donc encore quelque espoir. Je croyais que tous les amis que j'avais au monde m'avaient abandonnée à mon malheureux destin. ”
“ Tournant alors le dos à Durward, il fit quelques pas pour s’éloigner ; mais, revenant presque aussitôt sur ses pas, il se rapprocha de lui, et, avec un ton d’emphase mystérieuse : « Je connais vos secrètes espérances, dit-il ; elles sont audacieuses, mais elles ne seront pas vaines, si je vous prête mon appui. Je connais vos craintes ; elles doivent vous conseiller la prudence, mais non vous donner de la timidité. Il n’existe pas de femme qu’on ne puisse gagner. Le titre de comte n’est qu’un sobriquet, et il siéra tout aussi bien à Quentin que celui de duc à Charles, et celui de roi à Louis. » ”
