Résumé

Portrait de Élisée Reclus Élisée Reclus Du Sentiment de la nature dans les sociétés modernes

C’est donc avec joie qu’il nous faut saluer maintenant cette passion généreuse qui porte tant d’hommes, et, dirons-nous, les meilleurs à parcourir les forêts vierges, les plages marines, les gorges des montagnes, à visiter la nature dans toutes les régions du globe où elle a gardé sa beauté première. On sent que, sous peine d’amoindrissement intellectuel et moral, il faut contre-balancer à tout prix par la vue des grandes scènes de la terre la vulgarité de tant de choses laides et médiocres où les esprits étroits voient le témoignage de la civilisation moderne.
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Le montagnard lui-même ignore le plus souvent la beauté de la vallée qu’il habite et des escarpemens qui l’entourent : il réserve toute son admiration pour les terrains unis des plaines, où l’on peut sans fatigue et sans danger marcher dans toutes les directions, où le fer de la charrue s’enfonce partout à une grande profondeur dans le sol fertile ; ce n’est qu’après s’être éloigné de ses montagnes et avoir parcouru la terre étrangère que l’amour du pays se réveille en son âme, et qu’il commence à comprendre par la nostalgie la splendeur grandiose des horizons regrettés.
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D’où vient cette joie profonde qu’on éprouve à gravir les hauts sommets ? D’abord c’est une grande volupté physique de respirer un air frais et vif qui n’est point vicié par les impures émanations des plaines. L’on se sent comme renouvelé en goûtant cette atmosphère de vie ; à mesure qu’on s’élève, l’air devient plus léger ; on aspire à plus longs traits pour s’emplir les poumons, la poitrine se gonfle, les muscles se tendent, la gaîté entre dans l’âme.
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