“ Nous qui avons tout sacrifié pour nous opposer notamment à la démagogie combiste, issue de notre dreyfusisme, politique issue de notre mystique, nous ne sommes point dans le dreyfusisme une quantité négligeable, qu’il faille ni que l’on puisse négliger dans les comptes, éliminer et mépriser dans et pour les opérations de l’histoire. C’est nous au contraire qui sommes le centre et le cœur du dreyfusisme, qui le sommes restés, c’est nous qui sommes l’âme. ”
Dreyfusisme
Définition et enjeux
Citations sur “Dreyfusisme”
Charles Péguy,
Œuvres complètes de Charles Péguy
(1916)
“ Je suis en mesure d'affirmer que tous les mystiques dreyfusistes sont demeurés mystiques, sont demeurés dreyfusistes, sont demeurés les mains pures. Je le sais, j'en ai la liste aux cahiers. Je veux dire que tout ce qu'il y avait de mystique, de fidèle, de croyant dans le dreyfusisme s'est réfugié, s'est recueilli aux cahiers, dès le principe et toujours, guidés par un instinct sûr, par le plus profond des instincts, comme dans la seule maison qui eût gardé le sens et la tradition, le dépôt, sacré pour nous, et peut-être pour l'histoire, de la mystique dreyfusiste. ”
Marcel Proust,
Le Côté de Guermantes
(1920)
“ Peut-être la raison pour laquelle M. de Norpois parlait ainsi à Bloch comme s’ils eussent été d’accord venait-elle de ce qu’il était tellement antidreyfusard que, trouvant que le gouvernement ne l’était pas assez, il en était l’ennemi tout autant qu’étaient les dreyfusards. Peut-être parce que l’objet auquel il s’attachait en politique était quelque chose de plus profond, situé dans un autre plan, et d’où le dreyfusisme apparaissait comme une modalité sans importance et qui ne mérite pas de retenir un patriote soucieux des grandes questions extérieures. ”
Le procès du Panthéon, 4 juin-10 et 11 septembre 1908… (1908)
“ Si vous n'avez pas voulu tuer le commandant Dreyfus, si vous n'êtes pas uu assassin, un meurtrier, si le commandant Dreyfus n'a pas couru de danger et si vous n'avez pas couru le danger d'une condamnation pour crime, pour prendre les termes de vos amis, votre geste n'a plus la même ampleur. R. — C'est une question que, vous le comprendrez, Monsieur le Président, je n'ai jamais envisagée. J'ai regardé ce que j'appellerais l'impudence du Dreyfusisme, à vouloir faire une parade militaire en l'honneur de Dreyfus et de Zola. Comment pouvais-je traduire ma protestation ? ”
Charles Péguy,
Clio Dialogue de l’histoire et de l’âme païenne
“ C'est encore à 316 �� � G L I dire, en fin de compte, que tout le jeu des politiciens a été précisément et très exactement de nous transfor- mer prématurément et artificiellement en historiens : de dreyfusards, (et d'antidreyfusards) , en historiens de l'affaire Drevfus ; de nous transporter prématurément et artificiellement de la position de dreyfusards, (et d'antidreyfusards) , en la position d'historiens, de l'af- faire Dreyfus, et du dreyfusisme. Comme le peuple dit : faire perdre le goût du pain, littéralement ainsi ils nous ont fait perdre le goût de l'affaire Dreyfus. ”
Arthur Meyer, Ce que mes yeux ont vu (50e édition… (1912)
“ Comme dit très bien M. Arthur Meyer , l' antisémitisme est une fondation de la troisième république française . Or , au moment justement le plus aigu du mouvement antisémitique , l' affaire Dreyfus éclata et le Dreyfusisme se constitua . Il faut distinguer , et M. Arthur Meyer distingue très bien . Il y a eu les Dreyfusiens et les Dreyfusistes . Il y a eu les hommes qui ont cru qu' on ”
Octave Mirbeau,
Chez l'illustre Écrivain
“ Cette fois, ce ne furent plus des rires qui couvrirent ces paroles, mais des huées et des hurlements. L’Illustre Écrivain écumait. Il imposa le silence :— Et quand même Dreyfus serait innocent ? vociféra-t-il... il faudrait qu’il fût coupable quand même... il faudrait qu’il expiât, toujours... même le crime d’un autre... C’est une question de vie ou de mort pour la société et pour les admirables institutions qui nous régissent !... La société ne peut pas se tromper... Les conseils de guerre ne peuvent pas se tromper... L’innocence de Dreyfus serait la fin de tout ! ”
Émile Zola,
La vérité en marche: L'affaire Dreyfus
“ Le voilà, lui aussi, qui accepte de nous voir amnistiés, Picquart et Esterhazy, Reinach et du Paty de Clam, moi et le général Mercier, dans le même sac! L'absolue justice finit-elle donc où commence l'intérêt d'un parti? Ah! quelle douceur d'être un solitaire, de n'appartenir à aucune secte, de ne relever que de sa conscience, et quelle aisance à suivre tout droit son chemin, en n'aimant que la vérité, en la voulant, lors même qu'elle ébranlerait la terre et qu'elle ferait tomber le ciel!Aux jours d'espoir de l'affaire Dreyfus, monsieur le Président, nous avions fait un beau rêve. ”
Jacques Bainville,
Heur et malheur des Français
“ La France se partagea en dreyfusards et en anti-dreyfusards. Cette lutte de doctrines, de sentiments, de tendances, où se heurtaient l’esprit conservateur et l’esprit révolutionnaire, répétait, sous une forme réduite et atténuée, les grandes crises du quatorzième siècle, des guerres de religion, de la Fronde, de 1789, où l’on avait vu, comme dans l’affaire Dreyfus, les « intellectuels » prendre parti, la philosophie et la littérature dans la bataille. Pendant trois années, la révision du procès Dreyfus gouverna toute la politique et finit par en déterminer le cours. ”
Émile Zola,
La vérité en marche: L'affaire Dreyfus
“ Jamais la lutte n'est finie, chaque pas en avant s'achète au prix d'une souffrance, ce sont les fils seuls qui peuvent constater les succès remportés par les pères. Et si, dans mon ardent amour de notre peuple de France, je ne me consolerai jamais de n'avoir pu tirer, pour son éducation civique, l'admirable leçon de choses que comportait l'affaire Dreyfus, je suis depuis longtemps résigné à voir la vérité ne le pénétrer que peu à peu, jusqu'au jour où il sera mûr pour son destin de liberté et de fraternité. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Il « crie » donc au Président de la République, qui, certainement, « l’ignore », l’aventure de Dreyfus. Son récit, d’après Bernard Lazare et d’Ormescheville, est très exact ; il a l’instinct de ce qui est possible ou probable, de la façon dont les événements ont dû se passer et les sentiments naître chez les personnages. Il ranime les uns et recompose les autres. Surtout, il groupe, il ramasse les faits, jusqu’alors épars, pour leur donner leur vraie place, donc leur valeur, comme un metteur en scène fait des acteurs qui ne savent encore que leur rôle. ”
Émile Zola,
La vérité en marche: L'affaire Dreyfus
“ L'innocent qui souffrait à l'île du Diable n'était que l'accident, tout le peuple souffrait avec lui, sous l'écrasement des puissances mauvaises, dans le mépris impudent de la vérité et de la justice, Et, en le sauvant, nous sauvions tous les opprimés, tous les sacrifiés. Mais surtout, depuis que Dreyfus est libre, rendu à l'amour des siens, quels sont donc les coquins ou les imbéciles qui nous accusaient de vouloir reprendre l'affaire Dreyfus? ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ « Dreyfus appartient à la classe capitaliste, à la classe ennemie... L’affaire Dreyfus est devenue le champ clos de deux fractions rivales de la classe bourgeoise : les opportunistes et les cléricaux. Ils sont d’accord pour duper et mater la démocratie. Entre Reinach et de Mun, gardez votre liberté entière [72] ! » Ranc, Lacroix, Clemenceau s’inscrivirent en faux contre un tel acte de faiblesse : « Erreur ! Mensonge ! L’affaire d’un seul est l’affaire de tous ! » ”
Albert Thibaudet,
Histoire de la littérature française
“ L’affaire Dreyfus, a été non seulement un événement intellectuel, mais l’événement des intellectuels. Elle a obligé l’intelligence à prendre parti pour l’une ou l’autre des valeurs dont cette génération était déjà le champ de bataille : ou bien cette vérité pragmatiste d’adhésion, de sensibilité et d’intérêt qui commande les croyances religieuses, nationales et sociales, ou bien la vérité impersonnelle, fondée sur la recherche objective, avec laquelle sont familiers les savants, les professeurs, les magistrats. Une providence artiste a créé l’affaire Dreyfus, pour leur servir de champ clos. ”
“ Je pourrais répondre que si Dreyfus a été illégalement condamné et si, en effet, comme je le démontrerai bientôt, il est innocent, il n’est plus ni un officier ni un bourgeois : Il est dépouillé, par l’excès même du malheur, de tout caractère de classe ; il n’est plus que l’humanité elle même, au plus haut degré de misère et de désespoir qui se puisse imaginer. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Un souffle d’esprit républicain, un frémissement de pur patriotisme court à travers ces pages ; il aime, respecte l’armée : « il ne baisera pas la poignée du sabre ». Il est bon, humain, compatissant, ne conçoit pas qu’on ne le soit pas : « Comprenez-vous cela ? Voici un an que le général Billot, que les généraux de Boisdeffre et Gonse savent que Dreyfus est innocent, et ils ont gardé pour eux cette effroyable chose. Et ces gens-là dorment ! et ils ont des femmes et des enfants qu’ils aiment ! » ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Quand un homme de la culture intellectuelle d’André, plus averti que l’immense majorité des militaires et des civils, affranchi de tout préjugé ethnique comme de toute passion religieuse, porté au pouvoir par le mouvement qui est sorti de l’Affaire et ayant un intérêt politique certain à l’innocence de Dreyfus, admet encore, à cette date de 1903, qu’il peut être coupable, avec quelle indulgence ne devons-nous pas regarder tant d’opinions qu’on attribue trop aisément à la mauvaise foi et à la haine ! ”
Anatole France,
Opinions sociales
“ Pour sûr que la bourgeoisie est pourrie ! Ça s’est vu du reste dans l’affaire Dreyfus. Et il s’en alla déjeuner. Alors, soit qu’en son léger sommeil un songe eût effrayé son âme obscure, soit qu’épiant, à son réveil, la retraite de l’ennemi, il en prit avantage, soit que le nom qu’il venait d’entendre l’eût rendu furieux, ainsi que le maître feignit de le croire, Riquet s’élança la gueule ouverte et le poil hérissé, les yeux en flammes, sur les talons de Roupart qu’il poursuivit de ses aboiements frénétiques. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Ils sont appuyés par des hommes qui se réclament de la liberté et qui en font leur profession. Édouard Hervé fait écrire dans son journal, moniteur du duc d’Orléans : « Dreyfus est un homme sans patrie, un homme d’une race spéciale : ce n’est pas un Français [31] . » Ainsi, l’hérésie redevient un crime, comme au Moyen Âge et devant le Saint Office ; et la tare ethnique est si profonde qu’elle devient une excuse pour la trahison et qu’elle l’explique. Ainsi raisonnent-ils. Le Juif n’étant pas Français, Dreyfus n’a point commis de crime en trahissant un pays qui n’est pas le sien ”
Émile Zola,
La vérité en marche: L'affaire Dreyfus
“ L'amnistie qui enterre, l'amnistie qui prétend tout finir dans le mensonge et l'équivoque, a pour terrible conséquence de nous laisser à la merci d'une divulgation publique de l'Allemagne. J'ai déjà fait plusieurs fois allusion à cette effroyable situation, qui devrait angoisser les véritables patriotes, troubler leurs nuits, leur faire exiger la liquidation complète et définitive de l'affaire Dreyfus, comme une mesure de salut public, dont l'honneur et la vie même de la France dépendent. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Étienne, qui n’avait pas seulement le sentiment des choses de l’armée, mais aussi la connaissance plus rare de la mentalité militaire et qui, s’étant rencontré plusieurs fois avec Dreyfus, savait combien l’homme était soldat dans les moelles, se rendit compte de son erreur et la commit quand même. Dreyfus, lui avait-on dit, après tant d’épreuves, paraîtra seulement dans l’armée, s’y fera reconnaître ; il n’a plus d’autre pensée, comme il l’a écrit à l’île du Diable, que d’achever ses jours, redevenus calmes, dans la retraite et d’y oublier ses souffrances entre sa femme et ses enfants. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ C’est peut-être le dernier boulet, le dernier témoignage, qui forcera la résistance, emportera la conviction. Et, inversement, les amis de Mercier redoutaient que l’esprit de corps, la solidarité, l’habitude de suivre les chefs, le souci de l’institution militaire menacée, la crédulité aux légendes et aux formules, le dilemme : « Les généraux ou Dreyfus », la raison d’État eussent été entamés par l’évidence ; que la conscience, finalement, l’emportât sur la consigne. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Las de politique, de tant d’efforts qu’il croyait infructueux, l’ouvrier avait tourné toute sa passion du mieux vers les questions sociales ; et comme partout, même dans la science, les utopies sont les précurseurs du progrès, il s’était engoué du collectivisme allemand. Les classes moyennes s’effrayèrent, opérèrent un mouvement de recul. Cette bourgeoisie républicaine, se sentant menacée dans ses intérêts, se trouvait donc, quand l’affaire Dreyfus éclata, dans une disposition d’esprit assez fâcheuse. Tout ce qui apportait un trouble nouveau lui donnait de l’humeur. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Les royalistes sont les plus ardents : « Honneur à Mercier qui n’a pas voulu que ce crime abominable reste impuni, qui a fait tout son devoir [40] ! » La condamnation de Dreyfus « lui doit être comptée comme une action d’éclat devant l’ennemi [41] ». Les socialistes eux-mêmes le remercient « d’avoir résisté à l’incroyable pression des politiciens véreux et des hauts barons de la finance [42] ». Les démagogues, de tout temps, quand ils voient passer un tumulte, s’y joignent. La foule ne saurait crier sans qu’ils crient avec elle. Demandez leur la vie, mais non de se taire dans le bruit. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ N’ayant rivalisé que de violence, ils se disputaient le mérite des initiatives. Les radicaux se targuèrent d’avoir forcé Méline à marcher, les cléricaux d’avoir mis le feu au ventre des radicaux. Tous avaient suivi Drumont. Au moyen âge, dans les pays catholiques, un seul crime fut irrémissible : l’hérésie. Le chef-d’œuvre des défenseurs de la chose jugée (trois fois jugée, maintenant) , ce fut d’imprimer le caractère d’hérésie à l’opinion que Dreyfus était innocent. ”
“ « Dans l’hypothèse où Dreyfus serait un traître, il aurait mis dans le bordereau des ressemblances avec son écriture propre et des différences. Or il y a en effet des ressemblances et des différences : donc Dreyfus est un traître. » Il n’y a qu’un malheur : c’est que, pareillement dans l’hypothèse où Dreyfus ne serait pas un traître, il se pourrait aussi fort bien qu’entre son écriture et celle du bordereau, il y eut, avec quelques ressemblances, des différences. ”
Émile Zola,
La vérité en marche: L'affaire Dreyfus
“ Mais voici Dreyfus devant le conseil de guerre. Le huis clos le plus absolu est exigé. Un traître aurait ouvert la frontière à l'ennemi, pour conduire l'empereur allemand jusqu'à Notre-Dame, qu'on ne prendrait pas des mesures de silence et de mystère plus étroites. La nation est frappée de stupeur, on chuchote des faits terribles, de ces trahisons monstrueuses qui indignent l'Histoire; et naturellement la nation s'incline. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Aucune force humaine ne l’arrêtera. Il méprise ses diffamateurs ; il sommera l’Empereur d’Allemagne de leur jeter sa parole au visage comme un gant ; il les « emmerde [20] ». Les observateurs clairvoyants étaient stupéfiés ; pas un cri du cœur, nulle tempête sous ce front, rien que de la haine. Les journaux répandirent à des millions d’exemplaires ces propos qui plurent beaucoup. Il n’y a de soldatesque, chez Esterhazy, que le langage. Il parut à la foule celui d’un vrai soldat injustement accusé. Dreyfus n’a jamais trouvé de tels accents. ”
Joseph Reinach,
Histoire de l’Affaire Dreyfus
“ Au fait, leur libre arbitre est-il beaucoup plus étroit que celui de la plupart des hommes, dans toutes les circonstances de la vie, dominés, dirigés, poussés par des causes et des mobiles qu’ils ignorent, par l’atavisme, par l’éducation, par le milieu ? J’ai sous les yeux la lettre d’un officier, camarade de régiment d’Esterhazy, qui, depuis quinze ans, professait pour lui un grand mépris, qui, déjà en Tunisie, l’avait cru espion, qui était convaincu de l’innocence de Dreyfus, homme de science, d’ailleurs, et d’esprit philosophique. ”
