“ Ewen de Ker-Ellio est le maître du vieux château de Treff-Hartlog, qui dresse ses toits aigus et ses murailles de granit là-bas, là-bas, à deux lieues dans la brume, sur la cime solitaire des Roches-Noires. Ce manoir domine la baie des Trépassés et le Raz des Agonisants [2] . Ewen est jeune ; ses cheveux bruns flottent au gré du vent, ses traits sont mâles et rudes, son regard ne peut se détacher de celui du vieillard. Ewen écoute les chants bizarres de Mor-Nader avec une curiosité mêlée d’effroi. Quelquefois un triste et doux sourire tempère l’âpreté de sa physionomie. ”
Ewen
Définition et enjeux
Citations sur “Ewen”
Eugène Sue,
Thérèse Dunoyer
(1874)
“ Nous sommes perdus ! – s'écria Ewen. Et dans sa rage il se précipita sur le vieillard pour se saisir du gouvernail. Mor-Nader le repoussa violemment. Une lutte s'engagea entre ces deux hommes au-dessus de l'abîme qui allait peut-être les engloutir. Le vieillard tut blessé au front, son sang coula. Ewen reçut un coup de barre sur la tête ; à moitié étourdi, il retomba étendu au fond de la chaloupe, crut sa dernière heure arrivée : il recommanda son âme à Dieu, ferma les yeux et attendit la mort. ”
“ D’autres fois, montant un de ces petits chevaux des montagnes d’Arrez, pleins de vigueur et de feu, Ewen faisait de longues courses dans l’intérieur du pays, évitant toujours les villes de Pont-Croix et de Kemper, tant le jeune sauvage fuyait le bruit et le tumulte. Il choisissait pour ses promenades les landes immenses, plaines désertes comme la mer, imposantes comme la mer. Souvent encore Ewen chassait tout le jour dans ce pays si couvert, si coupé de haies impénétrables, de fossés profonds, de routes escarpées ”
Louis Énault,
Angleterre, Écosse, Irlande : voyage pittoresque
(1859)
“ Eh bien! me disais-je, sir Ewen pense à peine à tout cela. — Il n'y pense peut-être pas du tout. Il se préserve de l'attachement par la difficulté du choix ; il se sauve par l'embarras même de ses richesses ; il est condamné à ne rien aimer, parce qu'il serait obligé d'aimer trop de choses ! c'est tout le bout du monde, s'il connaît tous ses châteaux! ”
“ Peu importe ce qui arrivera, ce qui doit être sera ; il faut que tous meurent trois fois avant de se reposer enfin. — Est-ce donc une mort prochaine que tu m’annonces ? s’écria Ewen. — Que t’importe ? ne suis-je pas un fourbe ? reprit le vieillard avec une sombre ironie. — Parle, parle ! — Non, non, je suis un menteur ; non, non, je ne sais pas voir sur le front d’un homme le signe de sa mort prochaine ! — Parleras-tu ! — Quand je te dirais : Ewen de Ker-Ellio, fais ta prière, dans un instant la mer t’aura englouti, à quoi bon ? ”
Eugène Sue,
Thérèse Dunoyer
(1874)
“ En disant ces mots d'un air sombre, Ewen retomba dans sa rêverie. Le bon recteur ne put retenir un mouvement d'impatience et de colère, il donna un coup de pied furieux à la chaise, la renversa ainsi que le tableau, et s'écria en mettant sa grosse botte ferrée sur le tableau : – Que l'enfer te confonde, image maudite, si tu dois rendre ce fou encore plus fou ! Que t'a donc fait cette famille ? N'était-ce pas assez d'avoir été le mauvais génie de son grand-père ? – L'abbé, par le ciel ! respectez cette peinture ! – s'écria Ewen. – Otez votre pied ! ”
“ Le nom du pilote causa une impression pénible à Ewen, sa figure s’assombrit de nouveau pendant quelques minutes ; puis, faisant un effort sur lui-même, il reprit avec gaieté : — Au contraire, nourrice, il vaut mieux être en mer avec ce vieux sorcier, qui est marié, dit-il, avec la tempête ; mais, par saint Guehenoc ! dame tempête a aujourd’hui rudement secoué son mari, et l’a battu jusqu’au sang. — Jusqu’au sang, maître Ewen ! — Vois-tu ces traces rouges à mes braies ? — Oui, maître. ”
Eugène Sue,
Thérèse Dunoyer
(1874)
“ En un mot, cette création fut l'oeuvre poétique d'Ewen : artiste passionné, il l'enrichit de tous les trésors de son coeur et de son imagination. Tant que cette singulière fantaisie ne fut qu'un jeu de l'esprit d'Ewen, ce gracieux fantôme qu'il évoquait à son gré occupa délicieusement sa solitude ; mais peu à peu ces pensées, d'abord douces, lui devinrent amères. Après avoir été fier de posséder assez l'instinct du beau pour concevoir une pareille idéalité, après s'être contenté de dire avec une touchante mélancolie : Si une pareille femme existait ! ”
Louis Énault,
Angleterre, Écosse, Irlande : voyage pittoresque
(1859)
“ Quoi qu'il en soit, l'imagination active des Gaëls brode de mille fantaisies cette trame merveilleuse : c'est le sujet de maints récits qui se content les soirs d'automne, au coin du feu de tourbe ; c'est le thème de mainte ballade que chante la jeune fille avant de chanter l'amour : Tournez, tournez, légers fuseaux ! Quoi qu'il en soit, sir Ewen fait pratiquer sur son beau domaine des améliorations que Dieu doit bénir. Il diminue la redevance à proportion que le fermier augmente le produit. C'est souvent le contraire qui arrive. ”
“ Si Mor-Nader est fou, ce n’est pas une raison pour qu’il soit sorcier. Allons, Ann-Jann, fais-moi souper, dit Ewen en reprenant peu à peu son sang-froid et sa physionomie habituelle. Tu m’apprêteras ensuite une écuelle de vin chaud, dont toi et Lès-en-Goch vous prendrez votre part. — Et que nous boirons à votre santé et à votre bienheureux retour, maître Ewen, dit le Breton. Mais aussi, se mettre en mer par un temps pareil, c’est tenter le Seigneur. ”
Louis Énault,
Angleterre, Écosse, Irlande : voyage pittoresque
(1859)
“ J'aime mieux les yeux allemands noyés de tendresse, ou les yeux andalous chargés de langueurs et d'éclairs. Miss Ellen était pourtant bien belle, dans sa pâleur de marbre rose, avec son bouquet de bruyères blanches, cueilli le matin dans la montagne ; rien n'est gracieux comme ces fleurs : on dirait des grappes de perles vivantes, qui tremblent au corsage. Sir Ewen, comme la plupart des lairds écossais, a toujours un grand état de maison. La domesticité nombreuse et la livrée oisive semblent être partout la condition indispensable de la vie aristocratique. ”
“ Le simple langage du bon recteur fit une bonne impression sur Ewen ; il tendit la main à l’abbé de Kerouëllan, et lui dit : — Pardon, mon ami ; vous avez raison, ma tête s’est affaiblie ; souvent je ne me reconnais plus. Tenez, voyez-vous, la pensée, oui, la pensée me tue. — La pensée vous tue, mon pauvre ami ? Hélas ! il faut toujours en revenir à la vieille Genèse pour se retremper le cœur et l’esprit par ses sages paraboles, comme on revient au lait pur et salutaire pour se refaire l’estomac. La pensée vous tue ? ”
Eugène Sue,
Thérèse Dunoyer
(1874)
“ Ewen était trop sensible aux charmes, aux magnificences de la nature pour ne pas être poëte : non qu'il eût jamais fait des vers (il savait à peu près correctement écrire et parler sa langue : tranchons le mot, il était d'une extrême ignorance) ; mais il était poëte par ses instincts d'une rare élévation, poëte par ses perceptions d'une délicatesse exquise, poëte par son amour pour la solitude ;... la solitude, où les méchantes natures se dépravent et s'aigrissent encore, tandis que les âmes fortes et généreuses s'y retrempent, s'y épurent, s'y agrandissent. ”
Eugène Sue,
Thérèse Dunoyer
(1874)
“ Si l'éducation scientifique d'Ewen fut très négligée, son éducation morale et physique fut merveilleusement bien dirigée par l'abbé ; développant dans cet enfant la force du corps et l'énergie du caractère, il en fit un homme loyal et généreux, robuste et hardi. D'une piété sincère, d'un royalisme pour ainsi dire instinctif, les principes religieux et politiques d'Ewen étaient ceux de tout gentilhomme breton ”
Eugène Sue,
Thérèse Dunoyer
(1874)
“ Cela n'est pas son sang ; il marche trop ferme pour être blessé à la jambe. – Béni soit Dieu si ce n'est pas de son sang, – dit Ann-Jann à voix basse et en se signant. Les vêtements d'Ewen étaient tellement imbibés d'eau, que par instants il frissonnait de froid. – Ne voulez-vous pas changer d'habits ? – lui dit doucement la nourrice. Ewen ne parut pas l'entendre. Ann-Jann se rapprocha de lui et réitéra aussi vainement la même question. ”
Eugène Sue,
Thérèse Dunoyer
(1874)
“ Pilote, pilote du démon ! me conduis-tu donc aux enfers ? – murmura Ewen, que le sombre délire de Mor-Nader commençait à gagner. – Je vais donc mourir ? – Étais-je donc un fourbe ? étais-je un fourbe ? – dit le vieillard en penchant son front ensanglanté sur Ewen toujours étendu au fond de la barque. ”
Eugène Sue,
Thérèse Dunoyer
(1874)
“ La figure d'Ewen n'avait rien de séduisant au premier abord. Son front chevelu, ses sourcils épais, sa barbe brune qu'il avait pris l'habitude de laisser croitre depuis la guerre de la Vendée, lui donnaient un aspect dur ; mais la bonté de son regard, la douceur de son sourire, tempéraient l'âpreté de ses traits. Ewen, pour ses excursions maritimes, portait le costume des marins bretons ; de larges braies de toile à voile et une casaque de grosse étoffe de laine brune à capuchon, tels étaient ses vê¬ tements lorsqu'il parut dans la cuisine du manoir. ”
“ Après avoir écouté Ewen et frémi du danger qu’il avait couru, l’abbé lui dit : — Cela montre que ce misérable était assez stupide et assez féroce pour vouloir se noyer avec vous, mon pauvre ami, afin d’être regardé par le peuple, après sa mort, comme un grand sorcier ! Les mauvaises causes ont leurs martyrs tout aussi bien que les bonnes. ”
Louis Énault,
Angleterre, Écosse, Irlande : voyage pittoresque
(1859)
“ La fauconnerie de sir Ewen est une des plus complètes d'Angleterre, et si le duc de Saint-Albans résignait jamais, — ce qu'il ne fera pas, — sa charge héréditaire de grand fauconnier de la couronne, elle devrait appartenir à sir Ewen par droit de conquête. Pour arriver à posséder une belle fauconnerie, il faut du temps, de l'argent et du bonheur. On ne recrute qu'avec la plus extrême difficulté ces oiseaux de chasse noble : comme s'ils ne voulaient pas engendrer d'esclaves, ils ne se reproduisent point en captivité ”
Eugène Sue,
Thérèse Dunoyer
(1874)
“ Allons d' Ewen, c'est offenser le bon Dieu et les vrais malheureux de se créer des chagrins imaginaires. Comment osez-vous plaindre, vous, lorsque tant d'infortunés, qui souvent froid et faim, pour eux et pour leurs enfants, remercient Seigneur chaque soir, et s'éveillent le coeur allègre, pourvut le travail, si rude qu'il soit, ne manque pas à leurs bras ? Le simple langage du recteur fit une bonne impression sur Ewen ”
Eugène Sue,
Thérèse Dunoyer
(1874)
“ A ce moment, M. de Ker-Ellio entra. Nous prions le lecteur de se souvenir qu'Ewen était un homme simple et rêveur, pieux et bon, d'un esprit inculte, d'un caractère ferme et loyal, d'une âme aimante et généreuse, d'un courage calme mais éprouvé, un homme enfin complétement étranger à certaines moeurs, à certaines corruptions ”
“ Noires sont les nues du ciel, la tempête les chasse en mugissant. Noires sont les vagues de la mer, la tempête les soulève en mugissant. Noirs sont les rochers de la baie des Trépassés, la tempête s’y engouffre en mugissant. Noire est la barque de Mor-Nader, la tempête la berce en mugissant. Lugubre... lugubre comme un cercueil, cette barque attend Thérèse et Ewen dans la baie des Trépassés. ”
“ Thérèse serra la main d’Ewen dans les siennes avec émotion, et reprit : — Courage... mon frère... notre destinée s’accomplit. Il y aurait de la folie à lutter contre elle ! — Singulière destinée que la nôtre ! Que de circonstances bizarres, mystérieuses, depuis ce portrait ! — Oh ! ce portrait ! reprit la jeune femme : à sa vue, quelle impression sinistre !... Cette ressemblance extraordinaire... l’espèce de fatalité qui s’attachait à cette femme si funeste à votre aïeul, tout m’a dit que, malgré moi, je vous serais funeste aussi... ”
Eugène Sue,
Thérèse Dunoyer
(1874)
“ En vain il interrogea Lès-en-Goch et Ann-Jann ; ces deux serviteurs ne purent le renseigner à ce sujet, et leurs réponses augmentèrent encore son inquiète curiosité. Ce tableau était peint sur bois. Ewen l'examina soigneusement. A force de patience, il découvrit dans un angle, près de la bordure, plusieurs lettres à demi effacées, et il lut le mot novembre. Ewen tressaillit. Par quel mystère retrouvait-il là le nom de ce mois noir, que la tradition regardait comme si fatal à sa famille ? L'ancien précepteur d'Ewen, le recteur de la paroisse de Saint-Michel, aurait seul pu éclaircir ce mystère ”
François-Marie Luzel,
Veillées bretonnes
“ Ma conversion était complète, et je comptai, à partir de ce jour, comme vous, Pipi, je comptai, dis-je, parmi ceux qui ont la faiblesse de croire aux revenants, et ne haussent pas de pitié les épaules à ces récits de bonnes femmes. Voilà l’histoire de ma conversion. — Le recteur, dit Ewenn, est un homme instruit ; il m’a l’air d’un esprit calme, froid et raisonnable, et je m’étonne fort de l’entendre parler de la sorte. ”
Charles Buet,
Histoires à dormir debout
(1881)
“ J'y vais ! dit Ewenn, qui se leva. – Prends garde ! lui cria Kernaham : c'est tenter Dieu ! Fanch Koz cita la sentence bretonne : – – Neb a vev en doujanz Doue, a varvo en he garante. « Celui qui vit dans la crainte de Dieu mourra dans sa grâce ! » – Je crains Dieu, dit Ewenn – et le diable aussi, ajouta-t-il en faisantle signe de la croix. Mais, je vais à la rencontre du moine blanc sans intentions mauvaises... Et s'il me donne le moyen de devenir noble, savant et riche, c'est à ma chère Barbaïc que j'offrirai ces dons merveilleux. ”
Charles Buet,
Histoires à dormir debout
(1881)
“ A quoi penses-tu, Ewenn ? lui demanda-t-il. On dirait qu'au lieu d'être né en ce jour de Noël, il y a quinze ans, et ce fut mon père qui te porta sur ses bras à l'église pour être baptisé, – on dirait que tu naquis en plein novembre, miz duff, – le mois noir !... Le jeune homme secoua la tête, et, d'une voix pénétrante : – A quoi je pense, ami Rio ? s'écria-t-il. Je pense qu'il est parmi les heureux de ce monde des hommes qui peuvent satisfaire tous leurs désirs, et qu'il est des pauvres par trop chargés de misères. ”
Charles Buet,
Histoires à dormir debout
(1881)
“ Et comme un jour on lui avait par trop échauffé les oreilles, il joua des poings et du bâton, soutint l'assaut d'une douzaine d'agresseurs, distribua maint horion, et fut enfin laissé tranquille, parce qu'on reconnut que ce garçonnet, petit et délié, avait des muscles d'acier sous sa peau blanche, et qu'il était aussi peu endurant qu'intrépide, avec toute sa bonne humeur et sa placidité, Ewenn, avec les éléments de la philosophie, apprit à Bourges les principes du droit romain, ainsi que les coutumes, les lois, les usages du pays latin. ”
Paul Féval, La Quittance de minuit
“ Encore, Owen !... encore !... j’ai tant souffert ! Elle le contemplait, ravie ; sous ses larmes qui se séchaient, il y avait un extatique bonheur. Elle souriait plus belle que jamais : belle de sa joie et de sa douleur oubliée ; surtout belle d’amour. Owen balbutiait et répétait sans savoir : — Je t’aime ! oh ! je t’aime ! Mais, tout à coup, Kate se renversa en arrière et pâlit. Son œil se fixa sur l’œil d’Owen, qui se baissa. — Si vous m’aimez, dit-elle, où étiez-vous cette nuit ? Le sourire d’Owen se glaça, et toute sa joie s’enfuit. ”
“ C'est le misérable Owen, qui, couché sur l'avant, se tord au milieu de convulsions épouvantables. Je me traîne près d'Owen. Quelle qu'ait été sa conduite, l'humanité commande de voir s'il est possible de lui apporter quelque soulagement. Mais voici que le matelot Flaypol pousse un cri. Je me retourne. Flaypol est debout, monté sur les ailiers du mât, et sa main se dirige à l'est vers un point de l'horizon. « Navire ! » crie-t-il. Nous sommes tous sur pied. Un silence absolu règne sur le radeau. Owen, retenant ses cris, se redresse comme les autres. ”
“ En la voyant Owein s’enflamma de son amour au point qu’il en était entièrement pénétré. Il demanda à la pucelle qui elle était : « On peut en vérité te dire, » répondit-elle, « que c’est la plus belle des femmes, la plus généreuse, la plus sage et la plus noble ; c’est ma dame ; on l’appelle la Dame de la Fontaine, c’est la femme de l’homme que tu as tué hier. » — « Dieu sait, » dit Owein, que c’est la femme que j’aime le plus. » — « Dieu sait qu’elle ne t’aime ni peu ni point. » La pucelle se leva et alluma un feu de charbon, remplit une marmite d*eau et la fit chauffer. ”
