“ Ce n’est pas vrai : je le jure, je le proteste ! — Silence, dit Laïza du même ton impératif. Puis il reprit : — Qui est-ce qui, après avoir dénoncé la conspiration au gouverneur, a tiré sur notre chef, au bas de la petite montagne, le coup de fusil qui l’a blessé ? — Antonio le Malaï, répondirent tous les nègres. — Qui m’a vu ? s’écria le Malaï. Qui ose dire que c’était moi ; qui peut dans la nuit reconnaître un homme d’un autre homme ? — Silence, dit Laïza ”
Laïza
Définition et enjeux
Citations sur “Laïza”
Alexandre Dumas,
Georges
(1860)
“ Laïza ! s'écrièrent tous les nègres en se retournant vers le nouvel arrivant, et en prenant à l'instant même l'attitude de l'obéissance. Celui qui n'avait eu qu'un mot à dire pour produire une impression si puissante sur tout ce monde et même sur Antonio, était un homme dans la force de l'âge, d'une taille ordinaire, mais dont les membres vigoureusement musculés annonçaient une force colossale. Il se tenait debout, immobile, les bras croisés, et de ses yeux à demi clos, comme ceux d'un lion qui médite, s'échappait un regard brillant, calme et impérieux. ”
“ Il se fit un silence d’un instant, pendant lequel aucun mouvement ne troubla le calme de la nuit ; mais quelques secondes s’étaient à peine écoulées que l’on entendit le bruit d’un caillou qui se détachait de la terre et roulait sur la pente rapide du précipice. Laïza sentit contre sa joue l’haleine de Pierre Munier. Celui-ci allait parler sans doute, mais le nègre lui saisit le bras avec force : le vieillard comprit alors qu’il fallait se taire, et il se tut. ”
“ Au bout de deux heures il fallut faire halte : les nègres s’étaient battus toute la nuit, et n’avaient pas mangé depuis la veille à quatre heures. Laïza s’arrêta sous les ruines d’un ajoupa qui, sans aucun doute, avait servi cette nuit même de retraite à des nègres marrons, car, en remuant un monceau de cendres, qui paraissait le résultat d’un assez long séjour, on y retrouva du feu. Trois des nègres se mirent en chasse des tanrecs. Le quatrième s’occupa de rallumer le foyer. Laïza chercha des herbes pour renouveler l’appareil du blessé. ”
“ Me voici, dit Laïza en s’avançant. Sara jeta un cri de surprise : elle venait de reconnaître dans le frère du condamné celui qui s’était si généreusement dévoué le matin pour lui sauver la vie. Cependant, chose étonnante ! le nègre n’avait pas jeté un coup d’œil de son côté ; le nègre semblait ne pas la connaître ; le nègre, au lieu d’implorer son entremise comme il avait certes bien le droit de le faire, continuait de s’avancer vers monsieur de Malmédie. ”
“ Laïza essaya de gravir la muraille, et il y parvint ; mais arrivé au sommet, il reconnut l’impossibilité de faire suivre à une troupe, parmi laquelle se trouvaient plusieurs blessés, un pareil chemin. Il redescendit donc, et, convaincu que ceux à la recherche desquels il s’était mis ne pouvaient être loin, il poussa les différents cris auxquels les nègres marrons ont l’habitude de se reconnaître entre eux, et attendit. ”
“ Nazim et Laïza gagnèrent une clairière, et à la lueur des étoiles, Laïza commença, à l’aide de son tesson de bouteille, à couper les cheveux à son frère aussi promptement et aussi complétement qu’aurait pu le faire avec le meilleur rasoir le plus habile barbier. Puis, cette opération terminée, Nazim jeta son laugouti, et son frère lui versa sur les épaules une portion de l’huile de coco que contenait la gourde, et le jeune homme l’étendit avec la main sur toutes les parties de son corps. Ainsi oint des pieds à la tête, le beau nègre d’Anjouan semblait un athlète antique se préparant au combat. ”
“ Le bruit d’une branche sèche qui vient de se briser sous le pied de l’un d’eux... Silence, car ils sont maintenant assez près de nous pour entendre le bruit de notre voix. Cachez-vous derrière le tronc de ce tamarinier, moi, je me remets à mon poste. Et Laïza reprit la place qu’il venait de quitter, tandis que Pierre Munier se glissait derrière l’arbre, et que les nègres qui l’accompagnaient, perdus dans l’ombre des arbres, demeuraient debout, muets et immobiles comme des statues. ”
“ Au reste, chose étrange, c’était dans cette partie de la montagne, qu’habitaient alors deux cents hommes à peu près, que le silence était le plus absolu, et que la solitude semblait la plus parfaite. Les douze nègres de Laïza étaient couchés la face contre terre, de façon à ce que lui-même les distinguait à peine dans l’obscurité rendue plus épaisse encore par l’ombre des arbres, et quoique quelques uns dormissent, on eût dit que pendant leur sommeil même, la prudence retenait leur souffle qu’on pouvait entendre à peine. ”
“ Au reste, c’est le propre des conspirations qui s’ourdissent entre les nègres que le secret soit toujours scrupuleusement gardé. Les pauvres gens ne sont pas encore assez civilisés pour calculer ce que peut rapporter une trahison. La journée du lendemain s’écoula comme la nuit précédente, et la nuit suivante comme la journée : rien n’arriva qui pût faire croire à Georges qu’il avait été trahi. Quelques heures le séparaient donc seulement encore de l’accomplissement de son dessein. Vers les neuf heures du matin, Laïza arriva. ”
Alexandre Dumas,
Georges
(1860)
“ Un instant, les ordres de Laïza et l'iùél' que toutes ces boissons étaient empoisonnées, les avaient retenus; mais bientôt le naturel l'avait emporté sur la discipline, et même sur la crainte. Quelques hommes s'étaient débandés et s'étaient mis à boire. A leurs cris de joie, les autres nègres n'avaient pu tenir leurs rangs ; toute cette multitude, qui suffisait pour anéantir Port-Louis, s'était répandue en un instant, épar- ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ C'est le maître qui l'a tué lui-même, dit le vieux majordome en désignant une superbe peau d'ours noir qui servait de descente de lit. Personne ne dit rien. Enhardi par l'air bonhomme de Porof et par la dignité simple de Raïssa, le vieillard ajouta : Vous allez demeurer ici, madame ? Ordonnezvous qu'on vous fasse à dîner? ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ M. Porof portait mal ses angoisses. Sa charpente chétive avait résisté, tant bien que mal, aux fatigues de son métier ; il avait fait plusieurs campagnes avec honneur ; blessé plusieurs fois, il s'était tiré d'affaire ; mais l'âge était venu, et la mort de sa femme, le malheur de sa fille avaient rapidement usé ce qui lui restait de forces. Tant que sa mission ne serait pas accomplie, il continuerait de vivre et d'agir; mais lorsque justice serait faite, Raïssa craignait de le voir tomber soudainement comme ces chevaux courageux qui meurent dans le brancard. ”
Constant Améro, Miliza : histoire d'hier (1894)
“ Devand le gué, l'agha arrêta sa monture et attendit. Qu'attendait-il? Miliza le devina bien vite. Un raïa venait à quelques centaines de pas en arrière, traînant péniblement après lui un vieux cheval. D'un peu plus près, la bête sembla aussi misérable que l'homme, avec des jambes flageolantes, la tête baissée, l'œil vitreux et enfoncé, la langue pendante. Malgré tout, le raïa se présentait superbe de taille et d'allure, mais noir comme une mûre sauvage, ayant au menton un bouquet de poils raides comme une barbe e bouc, avec des moustaches qui pointaient vers ses yeux petits et inquiets. ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ Fadéi parut. Il faut, dit Raïssa, que je sache toute la vérité sur ce qui s'est passé lors de la mort de M. Marsof. Il n'est plus temps de se taire. Dis-moi tout ce que tu sais. Le vieillard savait peu de chose ; il raconta à sa jeune maîtresse ce qui était arrivé et les bruits qui avaient couru; il partageait l'opinion de Valérien. Sans croire à la culpabilité de madame Marsof, il restait dans le doute; son mot, comme celui de tous, était celui-ci : Elle aurait dû demander une enquête. C'est vrai, pensa Raïssa ; elle aurait dû demander une enquête! ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ Alors, dit Raïssa frémissante, il avait péri avant d'arriver à la ville ! - Je te dis, fit Tikhone avec impatience, qu'il était mort avant d'être sorti de ses terres. Il y avait peutêtre bien autre chose que du pavot dans le café de Mavra ! Toujours est-il que le café l'avait fait dormir comme il faut ! C'est Moroza et sa femme qui ont commis le crime, murmura Raïssa, et c'est eux qui calomnient la veuve innocente ! Moroza a tué son propre frère, je le dis devant Dieu, dit le vieillard en faisant le signe de la croix pour fortifier son assertion. ”
Frédéric Soulié,
Les Mémoires du Diable/Édition 1858
(1838)
“ Luizzi pouvait penser à son aise ; mais nous qui écrivons, nous n’avons pas la même liberté ou nous n’avons pas la puissance nécessaire. C’est une si pauvre interprète de nos pensées que notre langue ! elle manque tellement de mots honnêtes pour les choses les plus vulgaires, qu’il faut proscrire du récit bien des passions qui nous touchent, bien des événements qui nous atteignent de toutes parts. Si la femme qui était là, sous les yeux de Luizzi, eût été une fille de la Grèce, un poëte aurait traduit en vers faciles et harmonieux la pensée de notre baron. ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ Raïssa resta pensive. N'importe! Je ne suis pas sûre qu'il se soit suicidé, reprit-elle; ceux qui n'ont pas respecté l'enfant ont pu porter la main sur le père. Les yeux de madame Marsof, dilatés par l'horreur, cherchaient à lire jusqu'au fond de la pensée de Raïssa. Je les découvrirai, dit celle-ci, dussé-je y consacrer ma vie, qui n'a pas d'objet, ajouta-t-elle avec un peu de hauteur. - Valérien vous bénira, murmura Hélène. Le comte Gretsky me hait, répondit Raïssa, ramenée à toutes ses peines, un instant oubliées. Il est bien tard, madame ; permettez-moi de me retirer. ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ Le seigneur s'endormit sans souffrir, et nul n'en aurait jamais rien su si ce maudit vieillard n'avait parlé. Dis, toi, que faisaistu dans la forêt à cette heure et par ce froid, tel que nul chrétien n'eût osé s'y risquer, s'il n'avait été poussé par le diable ? - Je volais du bois, répondit tranquillement Tikhone. Vassili baissa la tête. Maîtresse, dit-il, fais de moi ce que tu voudras; mais, si la justice me frappe, ce sera une insigne iniquité; sans Ivan Moroza, je serais innocent de tout crime. Pourquoi as-tu accepté le prix du sang? fit Raïssa de sa voix grave et pure. ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ Tu es la femme de son intendant? demanda tranquillement Raïssa. Oui, madame. - Tu manges son pain et tu débites de telles calomnies sur le compte de ta maîtresse ! Mavra comprit qu'elle avait fait fausse route. Elle est notre maîtresse parce que nous le voulons bien. Nous sommes libres, nous autres. Mon mari a du sang de seigneur dans les veines. Sors d'ici! dit Raïssa, en indiquant la porte à la paysanne. Au revoir, madame, répondit celle-ci avec son sourire loyal et ses yeux caressants. Au revoir, tu sauras me trouver quand tu auras besoin de moi. ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ Ah ! vous n'êtes pas mère, vous, car vous seriez déjà en route ! Je ne serai jamais mère, répondit Raïssa avec une sourde colère : ses yeux allaient du visage de madame Marsof au portrait de la défunte comtesse. Allons, dit-elle, allons vite! Fadéi lui jeta une pelisse sur les épaules; il la connaissait bien mieux qu'elle ne se connaissait elle-même, car, en voyant entrer madame Marsof, il avait saisi la pelisse et le châle de sa maîtresse, et il les tenait sur son bras. Comment êtes-vous venue? dit Raïssa. ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ Malheureusement, elle était vide ; mais le cachet armorié de Gretsky était un témoignage éclatant de la véracité de Raïssa. La visite fut courte, il fallait bien se dépêcher d'apprendre à autrui les deux nouvelles étonnantes qu'elle avait récoltées. Alors, dit-elle à Raïssa au moment de la quitter, vous êtes certaine que madame Marsof.? Je suis certaine d'une chose, indépendamment de toute considération morale, répartit la jeune femme, c'est que lorsqu'on a assez d'esprit pour empoisonner quelqu'un, on n'est pas assez bête pour aller demander des secours à la porte d'en face. ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ Lorsque le petit malade ouvrit les yeux, le lendemain matin, il vit avant tout le visage baigné de larmes de sa mère, inquiète d'un si long sommeil. Un mot et une caresse rassurèrent madame Marsof, qui se hâta de donner à son fils un cordial préparé par Raïssa, la veille avant son départ; puis elle lui fit préparer un bouillon, qu'on apporta presque sur-le-champ. Au moment où la femme de chambre entrait, portant le bol de bouillon sur un plateau, Hélène aperçut dans le couloir la figure toujours ouverte et souriante de Mavra Moroza. ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ A l'entrée de Raïssa, il fit une inclination de tête. Excuse-moi, mère, dit-il d'un ton chagrin, si je ne te salue pas, je ne peux pas me lever. Je n'ai pas besoin que tu me salues, dit joyeusement Raïssa. La chambre nue et pauvre s'éclaira soudain de sa bienveillance et de sa grâce; le vieillard en fut touché. Je t'ai fait venir, dit-il, parce que je ne puis me remuer; on dit que tu sais tout, que tu guéris tout le monde. Guéris-moi. Il faut que je marche, il le faut! Raïssa examina soigneusement les articulations douloureuses. ”
Eugène Labiche,
Théâtre complet d’Eugène Labiche…
“ Agénor. Une rupture ? jamais ! Une simple modification. Le rôle de la femme sur cette terre n’est-il pas de revenir à son mari après l’avoir trompé ? Rentrons dans le giron, Loïsa. Loïsa. Assez, monsieur. Je sais ce qu’il me reste à faire... je ne survivrai pas à votre lâche abandon, je vous en préviens. Agénor. Vous dites toujours cela. Loïsa. Vous le croirez peut-être quand je ne serai plus. J’ai dans le chaton de ma bague un poison subtil, celui dans lequel les Indiens trempent leurs flèches. Il m’a été rapporté par don Hernandez, le cousin de mon mari. ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ En pleine contagion, vous dis-je, et pas un médecin intelligent; il n'y a que les ânes qui consentent à aller là-bas; pas une garde-malade! Ils se soignent tes uns les autres. Que voulez-vous de moi? dit Raïssa de sa voix émue et cependant tranquille. Je viens vous supplier, au nom de madame Sabakine et de notre tante Gretsky, d'aller demander à l'Empereur la grâce de nos exilés. Il ne peut pas vous refuser, c'est impossible ; mais il n'y a que vous qui puissiez l'obtenir. Raïssa regarda sa belle-sœur, qui, à sa question muette, répondit simplement : Pars tout de suite. ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ Le seul résultat aurait été de me faire saigner tout doucement dans le bois par Moroza ; il l'avait promis à Vassili, il ne se serait pas gêné davantage avec moi. Voilà, maîtresse; c'est mon péché d'avoir gardé le silence, et je ne voulais pas mourir sans l'avoir ratonté à quelqu'un. A présent, le prêtre peut venir. Pourquoi m'as-tu dit cela, à moi? demanda Raïssa; je ne suis pas un prêtre, je n'ai pas pouvoir du ciel pour te pardonner? Toi, fit Tikhone en la regardant, tu es une bonne femme, et tu fais du bien à tout le monde. Quand je serai mort, tu pourras dire ce qu'il te plaira. ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ Un sourire de mépris et de pitié éclaira le visage de la veuve, qui ne daigna pas répondre. Un grand bruit se fit entendre, la foule se retourna pour voir; la calèche de Raïssa, conduite par Vassili, arrivait au grand galop. Le cocher, sans crier gare, poussa ses chevaux dans la foule. Des cris et des imprécations retentirent, mais ni lui ni Raïssa n'étaient disposés à s'inquiéter pour si peu. La masse s'était divisée, bon gré mal gré; Raïssa arriva jusqu'au perron ; près d'elle siégeait Tikhone, grave et roide. ”
Henry Gréville,
Les Épreuves de Raïssa, par Henry Gréville…
(1878)
“ On s'étonna beaucoup dans le quartier que Raïssa ne fit pas faire à son père des obsèques plus somptueuses. Avec un revenu comme le sien, disaient les bonnes âmes, et ne dépensant rien, faut-il qu'elle soit avare ! A dire la vérité, lorsque après l'enterrement qu'elle avait suivi à pied, dans la neige fondante, sous une lourde pluie de dégel, la jeune femme rentra à la maison, la cuisinière vint lui dire : Madame, vous avez oublié de commander le dîner. ”
