“ À quelques pas de Pierre Munier était, de son côté, monsieur de Malmédie, non plus frisé et épinglé comme il l’était au moment du départ, mais la cravate déchirée, le jabot en pièces et couvert de sueur et de poussière : lui aussi était entouré et félicité par sa famille, mais les félicitations qu’il recevait étaient celles qu’on adresse à l’homme qui vient d’échapper à un danger, et non pas ces louanges qu’on prodigue à un vainqueur. ”
Citations sur “Pierre Munier”
“ Mais cela était ainsi ; et ce qu’il y a de plus extraordinaire, c’est que cela n’étonna personne, car dans des circonstances, non pas semblables, mais équivalentes, cela arrivait tous les jours aux colonies : aussi, habitué, dès son enfance, à respecter les blancs comme des hommes d’une race supérieure, Pierre Munier s’était toute sa vie laissé écraser par cette aristocratie de couleur à laquelle il venait de céder encore, sans même tenter de faire résistance. Il se rencontre de ces héros qui lèvent la tête devant la mitraille, et qui plient les genoux devant un préjugé. ”
“ À cette vue, le chef de bataillon passa au travers des deux premières files, qui s’ouvrirent devant lui, et marcha droit à l’insolent qui s’était permis, homme de couleur qu’il était, de se mêler à des blancs. Arrivé devant lui, il le toisa des pieds à la tête avec un regard flamboyant d’indignation, et comme le mulâtre restait toujours devant lui droit et immobile comme un poteau : — Eh bien ! monsieur Pierre Munier, lui dit-il, n’avez-vous point entendu et faudra-t-il vous répéter une seconde fois que ce n’est point ici votre place, et qu’on ne veut pas de vous ici ? En abaissant sa main forte et robuste sur le gros homme qui lui parlait ainsi, Pierre Munier l’eût écrasé du coup ; ”
“ Alors monsieur de Malmédie, se sentant hors de danger, jeta un coup d’œil sur ses libérateurs qu’il avait déjà entrevus, mais qu’il avait hésité à reconnaître, tant il lui en coûtait de devoir son salut à de tels hommes. C’était, en effet, ce corps de noirs tant méprisé par lui qui l’avait suivi dans sa marche et qui l’avait rejoint si à temps au combat, et à la tête de ce corps, c’était Pierre Munier, Pierre Munier, qui, voyant que les Anglais, en enveloppant monsieur de Malmédie, lui présentaient le dos, était venu avec ses trois cents hommes les prendre en queue et les culbuter ; ”
Munier, Maison Bonaparte, devenue impériale de France… (1860)
“ Mort à Paris en 4857; 4° LAETITIA BONAPARTE, née à Milan le 1er décembre 1804, mariée à Thom. Wise, membre du parlement d'Angleterre; 5° LOUIS-LUCIEN BONAPARTE, né à Tornigrow (Worcester) , le 4 janvier 1813, élu à l'Assemblée nationale législative, le 8 juillet 1849, par 124,726 suffrages dans le département de la Seine, sénateur, prince de la famille impériale ; 6° PIERRE-NAPOLÉON BONAPARTE, né à Rome le 12 septembre 1815, chef de bataillon à la Légion étrangère en Algérie, élu en 1848, par le département de la Corse, représentant du peuple à l'Assemblée nationale ”
“ C’est que, comme nous n’avons que dix-huit cents hommes de troupes, à moins que le hasard ne m’envoie une de ces idées préservatrices comme il en arrive parfois aux hommes de génie, nous sommes tous perdus ; c’est qu’après-demain enfin, monsieur Georges Munier, que vous méprisez à cette heure comme descendant d’une race d’esclaves, sera notre maître peut-être, et peut-être ne voudra pas de vous pour esclave à son tour. ”
Maurice Talmeyr,
Revue des Deux Mondes
“ Sur l’homme et le Français qu’était Munier, la déclaration de guerre produisait un effet magique. Le soir même de la mobilisation, il avait déjà tout acheté pour s’équiper, et courait, dès le lendemain, au bureau de son secteur pour y contracter un engagement. Ancien sergent-major, vieux soldat colonial, médaillé militaire, comptant six ans de campagnes au Tonkin, il entendait bien aller au feu comme son fils Albert, déjà rappelé sous les drapeaux ! ”
Frère Gilles, Les choses qui s’en vont… (1918)
“ S’il vous prend fantaisie de lui parler, vous n’aurez pas besoin de vous égosiller comme autrefois ; le bruit trépidant des moulanges tournantes, et le roulement de tonnerre de la grand’roue poussée par les masses d’eau, se sont tus. Le meunier lui-même paraîtra étranger chez lui. Mais comme il a voulu quand même garder son moulin, il s’est vu obligé d’y introduire de nouvelles industries qui, se développant sur le même théâtre que l’ancienne, lui donnent l’illusion d’être encore le meunier d’autrefois. ”
Auguste Vitu,
Contes à dormir debout (3e édition revue…
(1860)
“ En entrant dans la chambre de l'étudiant, Maunier fut ébloui par la quantité de feux que jetait aux clartés de la bougie le manche du khandjiar. « Un saphir de la plus belle eau ! dit-il, et des perles, de vraies perles fines! C'est un cadeau princier.» Après s'être extasié sur la richesse de cette arme précieuse, Maunier la fit sortir de son fourreau, et loua en connaisseur la trempe de la lame et sa finesse. « Tiens ! dit-il, une inscription ! Approche donc la bougie. » Albert se pencha avec une curiosité inquiète. C'est du pur chaldéen ! dit Maunier. ”
Joseph-Marie Portalis,
Chambre des Pairs. Éloge de M. le Bon Mounier…
(1844)
“ A peine mêlé à cette brillante jeunesse qui rivalisait d'application et de zèle, Mounier sut gagner l'affection de ses collègues et commander l'attention et l'estime de ses supérieurs. Il était naturel que le rapport des opinions, la conformité des goûts et des études, l'éclat naissant de leurs talents le rapprochassent de MM. de Barante et Mole; il se lia avec eux d'une amitié qu'il n'a été au pouvoir d'aucun événement politique de refroidir ni d'altérer. ”
Théodore Bachelet, Supplément au "Dictionnaire général de biographie et d'histoire… (1902)
“ MUNIER, général, né à Metz en 1828, m. en 1807, élève de l'École de Saint-Cyr, servit dans les tirailleurs algériens, fit les campagnes de Crimée et de Kabylie en 1857, se distingua à Magenta et à Solférino, où il reçut les félicitations du maréchal de Mac-Mahon. Capitaine à vingt-sept ans, chef de bataillon après la campagne d'Italie, il mérita dans la campagne du Mexique le grade de lieutenant-colonel et fut promu colonel en 1869. A Sedan, où il eut deux chevaux tués sous lui, le 89e qu'il commandait perdit la moitié de son effectif. ”
Joseph-Marie Portalis,
Chambre des Pairs. Éloge de M. le Bon Mounier…
(1844)
“ Cette religion de l'humanité qui était au fond de son coeur, le rendait essentiellement propre à alléger le joug naturellement si pesant et si odieux de l'occupation militaire. Le bon sens supérieur qui le distinguait aurait suffi d'ailleurs pour lui enseigner que l'intérêt du vainqueur est d'accord avec celui des vaincus, et qu'une sage politique commande d'inspirer, s'il se peut, à ses ennemis abattus, le désir d'avoir un jour pour amis ceux qui surent si bien user de la victoire. Mounier acquit l'estime et la reconnaissance des habitants de ces provinces. ”
Maxime Rude, Le roman d'une dame d'honneur… (1879)
“ « Le meilleur meunier est celui qui sait faire venir de l'eau à nos moulins. » Combien de gens pensent comme lui et tiendraient surtout pour un sot l'homme qui, ayant son moulin à sec, l'isolerait de l'eau que le meunier voudrait y faire passer? Quand Fortuné citait un proverbe paternel, c'est qu'il avait une conviction impossible à déraciner. Au reste, Mme de Pangy ne l'essayait pas, étant, par caractère et par lassitude, du grand parti des ambitieux et préférant le soleil le plus insolent des triomphateurs à la plus digne obscurité des vaincus. ”
Gérard Walter, Thomas Munzer (1489-1525) et les luttes sociales à l'époque de la Réforme… (1927)
“ Il ne faut pas nous en étonner outre mesure. Munzer ne vivait que dans le présent. Le passé intime n'existait pas pour lui. Nous chercherons en vain dans sa correspondance, dans ses écrits, des allusions à sa vie privée d'autrefois. On dirait que tout ce qui ne se rapporte pas directement à sa tâche et sa mission est mort pour lui. Une seule fois, la veille de sa mort, dans son célèbre « Aveu » il donna quelques brefs renseignements sur ses années écoulées. ”
Félix Du Boys, Eloge de Mounier, lu à la séance de rentrée des conférences d'avocats stagiaires (1865)
“ C'est là qu'on reconnaît les âmes fortes; c'est là que Mounier a été grand par son courage. Etr3 brave sur un champ de bataille, ne pas reculer devant le feu de l'ennemi, se jeter dans la mêlée avec cette bouillante ardeur du zouave qu'on appelait autrefois la furia franoess, voilà qui est beau assurément, mais pour cela, il suffit d'être Français. Il est une chose plus difficile , plus méritoire, plus rare, c'est de présider une assemblée tandis que l'orage gronde à la porte, tandis que le sang coule dans la rue ; de braver les cris, les menaces, les insultes et de conserver sa dignité. ”
Gérard Walter, Thomas Munzer (1489-1525) et les luttes sociales à l'époque de la Réforme… (1927)
“ S'il s'empresse de se mettre à la tête de tout un peuple en armes c'est qu'il croit que le moment est venu où il lui sera facile de conduire à la révolte toute cette masse humaine qui ne veut plus de son sort, qui rêve de bonheur, d'opulence sous des formes encore peu précises mais d'autant plus dangereuses. Munzer sent qu'on le regarde comme un chef. Il suffit qu'un bruit confus du danger couru par lui se répande, pour que des foules s'amènent des environs dans le but de s'assurer s'il est sain et sauf. ”
Un Pair de france, Revue des Deux Mondes
“ M. Mounier est aigri contre le système actuel, mais il n’exprime ses ressentimens qu’avec des ménagemens infinis ; sa nature n’est point de se faire le chef d’une opposition bruyante et dessinée, attaquant tout pour tout détruire ; il saisit les lois et les mesures par des points de détails, et, s’il émet quelques principes, il les rattache à ses souvenirs de la restauration, dont il s’est fait comme l’expression animée. À la tribune, il a la parole facile, mais trop abondante : c’est un flux de mots rendant avec clarté des idées simples et sans aucune élévation ”
George Picot, Revue des Deux Mondes
“ Mounier veut le bien et ne hait personne. Il est réellement en cela l’homme de 1789, et deux ans plus tard, il aura disparu de la scène : il ne sera plus à sa place dans un monde nouveau fait de colères inassouvies, voulant à tout prix renverser, alors que rien ne mettait plus obstacle à la marche de la révolution. L’Angleterre est devenue libre parce qu’elle a eu beaucoup de Mounier. La France n’a pu encore asseoir chez elle la liberté parce qu’elle a rencontré peu d’hommes de la trempe du député de Grenoble, et qu’elle a écarté les vrais et rares citoyens qui étaient animés de son esprit. ”
Oscar Wilde,
Le Crime de lord Arthur Savile
“ J’aime beaucoup le meunier. J’ai moi-même toute sorte de beaux sentiments : aussi y a-t-il une grande sympathie entre nous. — Bien ! fit la linotte sautillant tantôt sur une patte et tantôt sur l’autre. Sitôt que l’hiver fut passé, dès que les primevères commencèrent à ouvrir leurs étoiles jaune pâle, le meunier dit à sa femme qu’il allait sortir et faire visite au petit Hans. — Ah ! quel bon cœur vous avez ! lui cria sa femme. Vous pensez toujours aux autres. Songez à emporter le grand panier pour rapporter des fleurs. ”
Renée Vivien,
Brumes de fjords
“ Ses paroles tourbillonnaient comme le vent dans les ailes du moulin. Dès l’aurore, et durant tout le jour, et durant le soir et la nuit, Le meunier subissait les incessants reproches et les âpres querelles, Parce que, dans la petite église, il avait longuement regardé la plus blonde des filles du village. Sa vie, pendant de longs mois, fut plus amère que celle du captif au fond de la geôle. Enfin, l’épouse acariâtre et jalouse mourut. Et le meunier, dont les cheveux grisonnaient déjà, s’épanouit dans la félicité. ”
Félix Du Boys, Eloge de Mounier, lu à la séance de rentrée des conférences d'avocats stagiaires (1865)
“ Tous les regards se tournèrent vers Mounier (1) . L'assemblée demandait au roi, dans cette adresse, le retrait des édits , le rappel du Parlement et la convocation des états provinciaux avec réunion des trois ordres, double représentation du Tiers et vote par tête. La noblesse, qui ne restait pas en arrière du mouvement général, se réunit peu de jours après. Il fallait rédiger un mémoire. On eut encore recours à Mounier, investi désormais de la confiance publique. Trois gentilshommes , le comte de Virieu, le comte de La Blache et le marquis de Viennois portèrent le mémoire à Versailles. ”
Léonce de Lavergne,
Revue des Deux Mondes
“ Tant que l’assemblée fut livrée à elle-même, à ses propres instincts, elle suivit les inspirations de Mounier ; ce temps ne dura que trois mois, mais ces trois mois furent peut-être les plus beaux de la révolution. Et il ne faut pas croire qu’ils aient été perdus pour la liberté ; il n’y en eut pas de plus féconds au contraire. La société nouvelle fut fondée alors par la suppression des priviléges. Lors de la séance du jeu de paume, ce fut Mounier lui-même qui proposa le fameux serment de ne se séparer que lorsque la constitution serait fixée. ”
Prosper Brugière baron de Barante, Études historiques et biographiques… (1857)
“ La renommée de sagesse et de vertu de Mounier recommanda son institut à l'attention de l'Europe. Le duc y envoya ses deux fils; quelques jeunes Anglais appartenant à des familles distinguées y furent placés.-Là fut continuée l'éducation d'Édouard Mounier; son père n'avait jamais cessé de s'en occuper; les circonstances tristes et diverses de l'exil n'avaient pas interrompu un instant ses soins paternels. Après le 18 brumaire et le rétablissement de l'ordre en France, Mounier rentra dans sa patrie. Bientôt le Premier consul le nomma préfet de Rennes, puis l'appela au conseil d'État. ”
George Boucher de Boucherville, Une de perdue, deux de trouvées…
“ Doué des plus excellentes qualités du cœur et de l’esprit, Pierre, tout jeune encore, savait apprécier la tendresse du père Meunier qui, comme il le pensait, n’était que son père adoptif. Les maîtres les plus renommés pour les armes, la danse, la gymnastique et tous les exercices qui peuvent former un jeune homme, furent donnés au jeune Pierre. Il sut si bien profiter de ces leçons, qu’à l’âge de dix-huit ans il était le meilleur valseur de la Nouvelle-Orléans et le plus intrépide cavalier qu’on eut vu depuis longtemps, soit aux chasses au renard soit aux courses au clocher. ”
“ Ils annonçaient gaîment de Pierre le retour. Le meunier vint à lui. Ensemble ils dételèrent Le cheval qui gagna la route familière Menant à l’écurie où l’arôme du foin S’exhalait en tiédeur de tous les moindres coins. Le repas terminé et sa pipe bourrée, Vers le plafond noirci, en volutes moirées, Le meunier fait monter la fumée à grands coups. Dans le fauteuil sa femme est assise, elle coud. Pierre distraitement suit les pages d’un livre. Dehors siffle la bise et des rafales ivres Jettent la neige en tas. On dirait qu’une main Ébranle les vieux murs et que le toit se plaint. ”
Galart de Montjoie, Histoire de la Révolution de France et de l'Assemblée nationale… (1791-1792)
“ M. Mounier fut cet homme vertueux que trop de patriotisme égara ; il se pénétra trop des droits du peuple, et pas assez des obligations sacrées qui le lient à ses chefs. Il eût une trop haute idée d'une nation corrompue dans ses moeurs, et voulut lui faire adopter une forme de gouvernement, que le climat, le génie, les goûts, l'étenduede cette nation, proscrivoient également. Il vouloit faire des hommes parfaitement libres, et après une longue suite de travaux pénibles qui l'honoreront à jamais, il ne rencontra que de vils séditieux. ”
Gérard Walter, Thomas Munzer (1489-1525) et les luttes sociales à l'époque de la Réforme… (1927)
“ Remarque parfaitement juste en y ajoutant toutefois que ce qui rend difficile l'étude de la vie et de la personnalité de Munzer ce n'est pas tant la pénurie de renseignements que leur esprit tendancieux et souvent contradictoire, reproche qui peut être adressé même aux plus récents historiens de Munzer. ”
Félix Du Boys, Eloge de Mounier, lu à la séance de rentrée des conférences d'avocats stagiaires (1865)
“ Mais comme, en défendant une cause , on est ordinairement entraîné à la voir sous son jour le plus favorable, Mounier, malgré de justes et prudentes réserves, fait peutêtre la part trop belle à la philosophie du XVIIIe siècle, et surtout à Voltaire et à Rousseau. Tout en déplorant les faux systèmes sur l'égale distribution des richesses, sur la souveraineté du peuple, tout en reconnaissant que parmi ces philosophes il y a eu des athées et des sophistes, il les méprise comme des ennemis sans danger. ”
George Picot, Revue des Deux Mondes
“ Dans les heures troublées, il suffit d’un seul homme pour changer le cours des événemens, pour donner du cœur à une assemblée, pour réveiller par une initiative hardie les courages endormis de toute une province. En juin 1788, Mounier fut cet homme. ”
