“ La vérité lui est moins chère que la beauté. Très souvent, il compose ses Mémoires comme un poème. Avec tout cela, les Mémoires d’outre-tombe sont un des monuments les plus éclatants et les plus vastes de notre littérature. C’est fait d’autobiographie, de souvenirs personnels, de confessions, d’anecdotes, de portraits, de lettres, de morceaux d’histoire, de descriptions, d’impressions de voyage, de rêveries. ”
Mémoires d'Outre-Tombe
Définition et enjeux
Les Mémoires d'Outre-Tombe constituent l'œuvre majeure de François-René de Chateaubriand, rédigée entre 1809 et 1841 et publiée après sa mort en 1849. Structurée en quatre parties, elle combine autobiographie, récits politiques et réflexions philosophiques, offrant une vision intime des époques révolutionnaire et napoléonienne.
Jules Lemaître souligne son style poétique, Sainte-Beuve en révèle la complexité entre personnalité et rôle public, tandis qu'Albert Thibaudet met en évidence son aspect politique. Chateaubriand lui-même y affirme vouloir dépeindre l’humanité dans sa globalité, des bas-fonds aux palais, marquant ainsi un chef-d’œuvre de l’écriture romantique.
Citations sur “Mémoires d'Outre-Tombe”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Causeries du lundi
“ L’homme des Mémoires d’Outre-Tombe ressemble extraordinairement à celui de l’Essai, mais il n’y ressemble pourtant qu’avec cette différence que, dans l’intervalle, plus d’un personnage officiel s’est créé en lui, s’est comme ajouté à sa nature, et que même en secouant par moments ces rôles plus ou moins factices, et en ayant l’air d’en faire bon marché, l’auteur des Mémoires ne s’en débarrasse jamais complètement. ”
Albert Thibaudet,
Histoire de la littérature française
“ La plus grande partie des Mémoires d’outre-tombe est d’ailleurs politique. Ce n’est pas celle qui nous retient le plus. La lecture d’affilée de l’énorme monument est dure, et les justifications politiques d’un homme qui s’est trompé autant et plus que les autres, les portraits malveillants de ses adversaires, les longs récits d’intrigues dont les historiens seuls ont la clef, font que les derniers volumes, dans une bibliothèque de lecture, restent toujours moins froissés que les premiers. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
(1850)
“ souvenirs d’enfance et de jeunesse de Chateaubriand [2] , Mme Charles Lenormant a publié, en 1874, le texte primitif des trois premiers livres des Mémoires d’outre-tombe, d’après un manuscrit qui porte la date de 1826. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
(1850)
“ Je vous fais voir l’envers des événements que l’histoire ne montre pas ; l’histoire n’étale que l’endroit. Les Mémoires ont l’avantage de présenter l’un et l’autre côté du tissu : sous ce rapport, ils peignent mieux l’humanité complète en exposant, comme les tragédies de Shakespeare, les scènes basses et hautes. Il y a partout une chaumière auprès d’un palais, un homme qui pleure auprès d’un homme qui rit, un chiffonnier qui porte sa hotte auprès d’un roi qui perd son trône : que faisait à l’esclave présent à la bataille d’Arbelles la chute de Darius ? ”
vicomte de François-René Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 1
“ Il a eu successivement plusieurs manières, qui toutes ont fini par se réunir, par se déverser dans les Mémoires d'Outre-Tombe, comme ces rivières du Nouveau-Monde qu'avait visitées sa jeunesse, et qui, après avoir fertilisé de riches contrées, finissent toutes par descendre au Meschacébé et forment avec lui le plus grand et le plus majestueux des fleuves.Chez Chateaubriand, l'homme a pu avoir ses faiblesses, le politique a pu commettre des fautes; mais, dans tous ses ouvrages, il est resté invariablement fidèle à toutes les nobles causes. Il a toujours défendu la vérité, le droit, la justice. ”
vicomte de François-René Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 1
“ Ceux de Chateaubriand, conduits à leur terme, se terminent par des considérations sur l'avenir du monde. Dans tout l'ouvrage, sans que le talent de l'auteur faiblisse jamais, la beauté de la forme vient ajouter à l'intérêt du récit. Les Mémoires touchent aux sujets les plus variés, aux événements les plus divers; et de même le style prend tous les tons, revêt toutes les couleurs: il sait unir sans effort la grâce à la vigueur, le charme à l'éclat, la simplicité à la grandeur. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
“ Comme il m’est impossible de prévoir le moment de ma fin ; comme à mon âge les jours accordés à l’homme ne sont que des jours de grâce, ou plutôt de rigueur, je vais, dans la crainte d’être surpris, m’expliquer sur un travail destiné à tromper pour moi l’ennui de ces heures dernières et délaissées, que personne ne veut, et dont on ne sait que faire. Les Mémoires à la tête desquels on lira cette préface embrassent et embrasseront le cours entier de ma vie ; ils ont été commencés dès l’année 1811 et continués jusqu’à ce jour. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
“ Si j’étais destiné à vivre, je représenterais dans ma personne, représentée dans mes mémoires, les principes, les idées, les événements, les catastrophes, l’épopée de mon temps, d’autant plus que j’ai vu finir et commencer un monde, et que les caractères opposés de cette fin et de ce commencement se trouvent mêlés dans mes opinions. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
“ Je me dérobai modestement à l’admiration de mes camarades et je profitai bien de la grâce accordée. Cette mémoire des mots, qui ne m’est pas entièrement restée, a fait place chez moi à une autre sorte de mémoire plus singulière, dont j’aurai peut-être occasion de parler. Une chose m’humilie : la mémoire est souvent la qualité de la sottise ; elle appartient généralement aux esprits lourds, qu’elle rend plus pesants par le bagage dont elle les surcharge. Et néanmoins, sans la mémoire, que serions-nous ? ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
“ Je raconte dans ce qui est achevé et raconterai dans ce qui n’est encore qu’ébauché mon enfance, mon éducation, ma jeunesse, mon entrée au service, mon arrivée à Paris, ma présentation à Louis XVI, les premières scènes de la Révolution, mes voyages en Amérique, mon retour en Europe, mon émigration en Allemagne et en Angleterre, ma rentrée en France sous le consulat, mes occupations et mes ouvrages sous l’empire, ma course à Jérusalem, mes occupations et mes ouvrages sous la restauration, enfin l’histoire complète de cette restauration et de sa chute. ”
vicomte de François-René Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 1
“ Tel livre de mes Mémoires, lui écrivait Chateaubriand, est un voyage; tel autre s'élève à la poésie; tel autre est une aventure privée; tel autre, un récit (p. XXV) général, une correspondance intime, le détail d'un congrès, le compte rendu d'une affaire d'État, une peinture de mœurs, une esquisse de salon, de club, de cour, etc. ”
vicomte de François-René Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 1
“ Ce n'est pas seulement la vie d'un homme illustre qui se déroule sous nos yeux, c'est, autour de cette vie, tout un merveilleux décor, -- la fin de l'ancienne France, la Révolution, Napoléon et l'Empire, les deux Restaurations, les Cent-Jours et les Journées de Juillet. La biographie s'y mêle à l'histoire, la poésie y coudoie la politique, l'exactitude la plus minutieuse y fait bon ménage avec l'épopée. Presque tous les mémoires s'arrêtent brusquement et restent inachevés: Pendent interrupta... ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
(1850)
“ L’œnothère pyramidale, haute de sept à huit pieds, à feuilles blondes dentelées d’un vert noir, a d’autres mœurs et une autre destinée : sa fleur jaune commence à s’entr’ouvrir le soir, dans l’espace de temps que Vénus met à descendre sous l’horizon ; elle continue de s’épanouir aux rayons des étoiles ; l’aurore la trouve dans tout son éclat ; vers la moitié du matin elle se fane ; elle tombe à midi. Elle ne vit que quelques heures ; mais elle dépêche ces heures sous un ciel serein, entre les souffles de Vénus et de l’Aurore ; qu’importe alors la brièveté de la vie ? ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
“ Ces manuscrits consistent en un Recueil d’odes et de poèmes admirables, en des mélanges littéraires écrits dans cette prose où le bon goût ne nuit point à l’imagination, l’élégance au naturel, la correction à l’éloquence et la chasteté du style à la hardiesse de la pensée. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
(1850)
“ Qui n’a éprouvé les sentiments et les regrets exprimés ici avec toute la douceur de la muse ? qui ne s’est attendri au souvenir des jeux, des études, des amours de ses premières années ? Mais peut-on leur rendre la vie ? Les plaisirs de la jeunesse reproduits par la mémoire sont des ruines vues au flambeau. VIE PRIVÉE DES ANGLAIS. Séparés du continent par une longue guerre, les Anglais conservaient, à la fin du dernier siècle, leurs mœurs et leur caractère national. Il n’y avait encore qu’un peuple, au nom duquel s’exerçait la souveraineté par un gouvernement aristocratique ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
(1850)
“ Vous parlez de faits, reconnaissez donc les faits : la plupart des grands écrivains de l’antiquité, du moyen âge, de l’Angleterre moderne, ont été de grands hommes d’État, quand ils ont daigné descendre jusqu’aux affaires. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
(1850)
“ Aujourd’hui que je regrette encore mes chimères sans les poursuivre, que parvenu au sommet de la vie, je descends vers la tombe, je veux, avant de mourir, remonter vers mes belles années, expliquer mon inexplicable cœur, voir enfin ce que je pourrai dire, lorsque ma plume sans contrainte s’abandonnera à tous mes souvenirs. En rentrant au sein de ma famille qui n’est plus, en rappelant des illusions passées, des amitiés évanouies, j’oublierai le monde au milieu duquel je vis et auquel je suis si parfaitement étranger. ”
vicomte de François-René Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 1
“ Depuis la dernière date de ces Mémoires, Vallée-aux-Loups, janvier 1814, jusqu'à la date d'aujourd'hui, Montboissier, juillet 1817, trois ans et dix mois se sont passés. Avez-vous entendu tomber l'Empire? Non: rien n'a troublé le repos de ces lieux. L'Empire s'est abîmé pourtant; l'immense ruine s'est écroulée dans ma vie, comme ces débris romains renversés dans le cours d'un ruisseau ignoré. Mais à qui ne les compte pas, peu importent les événements: quelques années échappées des mains de l'Éternel feront justice de tous ces bruits par un silence sans fin. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
(1850)
“ La vie est une peste permanente. Cette chaîne de deuil et de funérailles qui nous entortille ne se brise point, elle s’allonge : nous en formerons nous-mêmes un anneau. Et puis, magnifions l’importance de ces catastrophes, dont les trois quarts et demi du monde n’entendront jamais parler ! Haletons après une renommée qui ne volera pas à quelques lieues de notre tombe ! Plongeons-nous dans l’océan d’une félicité dont chaque minute s’écoule entre soixante cercueils incessamment renouvelés ! ”
vicomte de François-René Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 1
“ On m'a pressé de faire paraître de mon vivant quelques morceaux de ces Mémoires; je préfère parler du fond de mon cercueil; ma narration sera alors accompagnée de ces voix qui ont quelque chose de sacré, parce qu'elles sortent du sépulcre. Si j'ai assez souffert en ce monde pour être dans l'autre une ombre heureuse, un rayon échappé des Champs-Élysées répandra sur mes derniers tableaux une lumière protectrice: la vie me sied mal; la mort m'ira peut-être mieux. ”
vicomte de François-René Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 1
“ Il exprime ainsi les sentiments qui m'occupaient à Graciosa, en me rappelant la tradition: «J'approche de ce monument extraordinaire. Sur sa base, baignée de l'écume des flots, étaient gravés des caractères inconnus; la mousse et le salpêtre des mers rongeaient la surface du bronze antique; l'alcyon, perché sur le casque du colosse, y jetait par intervalles, des voix langoureuses; des coquillages se collaient aux flancs et aux crins d'airain du coursier, et lorsqu'on approchait l'oreille de ses naseaux ouverts, on croyait ouïr des rumeurs confuses.» ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
“ Il avait reproduit in-extenso le texte de ses principales dépêches, convaincu que, le jour où elles paraîtraient, elles seraient une révélation. Elles ne pouvaient manquer d’exciter vivement la curiosité de ses lecteurs, de lui valoir un retour de faveur, d’admiration et de sympathie. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
“ Après avoir traversé la Grèce, touché à Zéa et à Chio, je trouvai Julien à Smyrne. Je vois aujourd’hui, dans ma mémoire, la Grèce comme un de ces cercles éclatants qu’on aperçoit quelquefois en fermant les yeux. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
“ L’Écriture compare souvent un peuple aux grandes eaux ; c’était ici un peuple mourant, qui, privé de la voix par l’agonie, allait se précipiter dans l’abîme de l’éternité. Le guide me retenait toujours, car je me sentais pour ainsi dire entraîné par le fleuve, et j’avais une envie involontaire de m’y jeter. Tantôt je portais mes regards en amont, sur le rivage ; tantôt en aval, sur l’île qui partageait les eaux et où ces eaux manquaient tout à coup, comme si elles avaient été coupées dans le ciel. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
“ Mais le ciel d’Italie manque ici : le soleil est bas et blanc ; ces bourgs si dru semés ne sont pas ces petites villes de la Romagne qui couvent les chefs-d’œuvre des arts cachés sous elles ; on gratte la terre, et ce labourage fait pousser, comme un épi de blé, quelque merveille du ciseau antique. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
“ Maintenant, quand je vois apparaître le crépuscule et que, de la natte de ma couche, je promène mes regards sur les arbres de la forêt à travers ma fenêtre rustique, je me demande pourquoi le jour se lève pour moi, ce que j’ai à faire, quelle joie m’est possible, et je me vois errant seul de nouveau comme la journée précédente, gravissant les rochers sans but, sans plaisir, sans former un projet, sans avoir une seule pensée, ou bien assis dans une bruyère, regardant paître quelques moutons ou s’abattre quelques corbeaux sur une terre labourée. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
(1850)
“ Les flots, les rochers, les bois, les torrents pour soi seul ! Donnez à l’âme une compagne, et la riante parure des coteaux, et la fraîche haleine de l’onde, tout va devenir ravissement : le voyage de jour, le repos plus doux de la fin de la journée, le passer sur les flots, le dormir sur la mousse, tireront du cœur sa plus profonde tendresse. ”
vicomte de François-René Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 1
“ Il lui fallait faire un Ciel, un Purgatoire et un Enfer chrétiens; mais une telle œuvre, la plus grande qui se puisse tenter, ne peut naître et s'épanouir que dans l'atmosphère d'un siècle de foi, tel que celui de Dante et de Saint Louis, quand les Anges et les Démons sont, pour le poète et ses contemporains, non des figures abstraites, mais des réalités vivantes. En l'an de grâce 1809, ni Chateaubriand ni personne ne pouvait refaire la Divine Comédie. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
“ Lorsqu’on remonte le grand canal entre les deux files de ses palais, si marqués de leurs siècles, si variés d’architecture, lorsqu’on se transporte sur la grande et la petite place, que l’on contemple la basilique et ses dômes, le palais des doges, les procurazie nuove, la Zucca, la tour de l’Horloge, le beffroi de Saint-Marc, la colonne du Lion, tout cela mêlé aux voiles et aux mâts des vaisseaux, au mouvement de la foule et des gondoles, à l’azur du ciel et de la mer, les caprices d’un rêve ou les jeux d’une imagination orientale n’ont rien de plus fantastique. ”
Alexandre-Clément Boitel, La vie de S. Vincent, diacre, martyr… (1863)
“ Pour bien écrire une histoire générale d'une nation ou d'une société, il faut recourir aux histoires particulières ou aux mémoires spéciaux. Ce sont là les meilleures sources, comme les plus abondantes. ”
vicomte de François-René Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 2
“ Ayant fait une chute de cheval, je restai quelque temps chez M. Ives. C'était l'hiver; les songes de ma vie commencèrent à fuir devant la réalité. Miss Ives devenait plus réservée; elle cessa de m'apporter des fleurs; elle ne voulut plus chanter.Si l'on m'eût dit que je passerais le reste de ma vie, ignoré au sein de cette famille solitaire, je serais mort de plaisir: il ne manque à l'amour que la durée pour être à la fois l'Éden avant la chute et l'Hosanna sans fin. Faites que la beauté reste, que la jeunesse demeure, que le cœur ne se puisse lasser, et vous reproduirez le ciel. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
“ Asseyons-nous : ce pin, comme le chevrier des Abruzzes, déploie son ombrelle parmi des ruines. La lune neige sa lumière sur la couronne gothique de la tour du tombeau de Metella et sur les festons de marbre enchaînés aux cornes des bucranes ; pompe élégante qui nous invite à jouir de la vie, sitôt écoulée. ”
vicomte de François-René Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, Tome 1
“ Des auteurs modernes français de ma date, je suis quasi le seul dont la vie ressemble à ses ouvrages: voyageur, soldat, poète, publiciste, c'est dans les bois que j'ai chanté les bois, sur les vaisseaux que j'ai peint la mer, dans les camps que j'ai parlé des armes, dans l'exil que j'ai appris l'exil, dans les cours, dans les affaires, dans les assemblées, que j'ai étudié les princes, la politique, les lois et l'histoire. ”
François-René de Chateaubriand,
Mémoires d’outre-tombe
(1850)
“ On m’avait recommandé de me promener au clair de la lune : du haut de la Trinité-du-Mont, les édifices lointains paraissaient comme les ébauches d’un peintre ou comme des côtes effumées vues de la mer, du bord d’un vaisseau. L’astre de la nuit, ce globe que l’on suppose un monde fini, promenait ses pâles déserts au-dessus des déserts de Rome ; il éclairait des rues sans habitants, des enclos, des places, des jardins où ne passait personne, des monastères où l’on n’entend plus la voix des cénobites, des cloîtres aussi muets et aussi dépeuplés que les portiques du Colisée. ”
