“ Norna s’était d’abord présentée à l’imagination de Mordaunt ; mais une haute taille, un pas lent et majestueux, différaient entièrement de la grandeur et de la démarche de cette sirène à forme de fée qui l’avait précédé d’un pas léger, semblable à une néréide, qui, restée trop tard sur le rivage, et menacée du déplaisir d’Amphitrite, se hâtait de regagner son élément natal. Puisque ce n’était point Norna, ce pouvait seulement être Brenda qui lui eût donné un pareil signal ; et lorsqu’elle se fut assise sur le banc, elle ôta le masque qui cachait son visage, et c’était en effet Brenda. ”
Citations sur “Norna”
Walter Scott,
Le Pirate. Traduction Defauconpret…
(1933)
“ Norna dégagea sa main de celle de la jeune fille et avec un abandon qui ne lui était pas ordinaire, attacha une chaîne d'or au coeur de plomb, au cou de Minna : Songe à t'armer de patience : Patience est un talisman ; Contre tous les dangers elle est notre défense, Comme un manteau dans un jour d'ouragan. La chaîne que tu vois d'une fée est l'ouvrage, Et prouve que Norna t'a dit la vérité. ”
“ Non pas, non pas, » dit Norna avec l’accent de la plus vive sensibilité, « vous avez encore plus qu’un père... votre malheureuse mère n’est pas morte... Plût au ciel qu’elle le fût ! mais elle ne l’est pas. Ta mère, des deux auteurs de tes jours, est la seule qui t’aime ; et je... je... Mordaunt, » ajouta-t-elle en se jetant à son cou, « je suis cette malheureuse... et maintenant très heureuse mère. » ”
“ Norna peut mieux nous dire que personne quand elle s’apaisera ; car personne dans ces îles ne se connaît mieux au temps. — Est-ce, à ton avis, tout ce que Norna peut faire ? demanda la sibylle ; tu apprendras que sa puissance n’est pas bornée à un si petit espace. ”
“ Bien, fort bien, ma fille ! s’écria l’udaller ; un navire bien ravitaillé fait toujours bon voyage ; ainsi nous ne mettrons Norna en dépense que du couvert de son toit, et d’un lit pour vous autres ; car, pour moi, mon manteau de marin et de bonnes planches bien sèches de sapin norwégien m’accommoderont mieux que vos oreillers et vos matelas de plume. Ainsi Norna jouira du plaisir de nous voir sans qu’il lui en coûte un sou de Hollande. ”
Walter Scott,
Le Pirate. Traduction Defauconpret…
(1933)
“ Depuis ce moment, Norna parut prendre un caractère tout différent. Elle quitta les vêtements qu'elle avait adoptés, et en prit d'un genre plus simple ; elle congédia son nain. Jamais elle ne montra le désir de reprendre sa vie errante. Elle ne répondit plus au nom de Norna, et ne voulut pas qu'on lui en donnât d'autre que celui d'Ulla Troil. Elle continua à montrer un vif attachement pour Mordaunt. A sa mort, qui arriva quatre ans après les derniers événements, elle légua à Brenda toutes ses propriétés, qui étaient considérables. ”
“ Ce que Norna nous révèle concerne peut-être la destinée de notre père et de sa maison... Si je puis écouter, moi, certaine que Dieu et mon innocence me protégeront contre toute influence maligne, vous, Brenda, qui ne croyez pas à cette influence, vous n’avez certainement aucun motif de trembler. Sachez que pour l’innocent il n’existe pas de crainte. ”
“ La pauvre Norna a le cœur plus chargé d’amertume qu’il n’en faut pour balancer les dons qu’elle peut avoir reçus au milieu de ses malheurs. Ces dons lui sont aussi pénibles, pauvre femme ! qu’une couronne d’épine le serait à son front, fût-elle la couronne du Danemarck. Et vous, Brenda, ne cherchez pas à devenir plus sage que vos pères. Votre sœur Minna, avant d’être malade, avait autant de respect pour tout ce qui est norse que pour la bulle du pape qui est tout écrite en pur latin. — Pauvre Norna ! s’écria encore Brenda ”
“ Elles obéirent à la sibylle, Minna avec respect et Brenda avec crainte ; l’une dominée par la chaleur de son imagination, l’autre par la timidité naturelle de son caractère. Norna les congédia alors, et deux minutes après, ils se trouvèrent au delà du pont, sur la plate-forme du roc, en face de l’antique Burgh-Picte, que cette femme retirée du monde se plaisait à habiter. ”
“ « Femme misérable, dit-il, s’il est vrai que vous êtes liguée avec la puissance du mal, pourquoi tardez-vous encore à vous repentir ? Mais faites-en ce qu’il vous plaira, je ne puis, je ne dois pas, comme chrétien, demeurer plus long-temps avec vous. Reprenez votre don, » ajouta-t-il en lui présentant la chaîne ; il ne peut me servir, s’il est vrai qu’il ne m’ait pas encore fait de mal. — Demeure et entends-moi, jeune homme insensé, » répliqua Norna avec calme, comme si elle eût été rendue à la raison par l’alarme et l’horreur qu’elle avait aperçues sur la physionomie de Mordaunt ”
“ Norna était enveloppée dans son long et large manteau de wadmaal, et balançait lentement son corps à la pâle clarté de la lampe, tandis qu’elle chantait les strophes suivantes sur un ton lent et lugubre, et d’une voix qui ne semblait pas mortelle : À travers l’Océan que ma voix aplanit Aisément glisse ma nacelle ; Mais le cœur des humains, bien souvent plus rebelle, Contre mes conseils se roidit. Une heure est à moi dans l’année, Pour conter mes malheurs, mais une seulement. Quand brille le flambeau, c’est pour moi le moment ; Quand il s’éteint, elle est sonnée. ”
“ La dignité et la solennité de ses gestes, le ton de sa voix sonore, et pourtant expressif, dont elle conjurait l’âme du guerrier de qui elle osait troubler les restes mortels, ne manquèrent pas de faire impression sur lui, tout indifférent, tout insouciant qu’il paraissait être. Mais la singulière occupation de Norna ne fut pas plus tôt terminée, que, pénétrant avec quelque peine dans le cimetière, car il lui fallut enjamber les ruines délabrées du mur, il alla se présenter devant elle. ”
Walter Scott,
Le Pirate. Traduction Defauconpret…
(1933)
“ Mordaunt s'assit sur le roc qu'elle lui montrait. Norna choisit une pierre à trois pas environ de distance, et ajusta son manteau de manière qu'on ne voyait plus que son front, ses yeux et une seule mèche de sa chevelure grise ; puis, d'un ton dans lequel la gravité et l'importance semblaient le disputer aux sentiments profonds d'une affliction extraordinaire : — Je n'ai pas toujours été ce que je suis aujourd'hui ; je ne fus pas toujours la sage, la puissante, la souveraine devant qui la jeunesse tremble, devant qui le vieillard découvre ses cheveux blancs. ”
“ Lorsque son attention fut attirée par le bruit du panneau glissant, il se leva, et montrant un profond respect, mais aucune surprise, il ôta son lugubre chapeau de dessus ses cheveux gris et rares, et se tint découvert en présence de Norna avec un air de grande humilité. « Soyez fidèle, dit Norna au vieillard, et gardez-vous bien de montrer à aucun mortel le secret passage qui conduit au sanctuaire. » Le vieillard s’inclina en signe d’obéissance et de remercîments, car tout en parlant, elle lui avait mis de l’argent dans la main. ”
“ Tant que Norna, de la pointe de Filful-Head, promènera ses yeux sur l’Océan incommensurable, il restera encore une possibilité de se défendre. Si les hommes de Thulé ne sont plus des champions, et n’apprêtent plus de banquets aux corbeaux, les femmes n’ont pas oublié les arts qui les transformaient jadis en reines et en prophétesses. ”
“ Les domestiques de Magnus, déjà passablement alarmés de la conduite violente de Norna, attendirent à peine les ordres impérieux de leur maître pour évacuer en toute hâte la maison de la sibylle ; et l’udaller, avec une de ses filles à chaque bras, se préparait à les suivre, quand Norna dit emphatiquement : « Arrêtez ! » Ils obéirent et revinrent près d’elle. Elle tendit la main à Magnus, et le pacifique udaller la serra aussitôt dans la sienne. ”
“ J’avoue encore qu’il y a beaucoup d’invraisemblance à donner à Norna le pouvoir de faire partager aux autres la confiance qu’elle a en ses dons surnaturels, confiance qui est la cause de sa folie. Et pourtant c’est une chose merveilleuse que le crédit auquel peut atteindre, parmi des populations ignorantes et crédules, celui qui est à la fois imposteur et enthousiaste. ”
“ « L’invisible ne veut pas être oublié... il exige un tribut même dans un ouvrage pour lequel il ne donne rien... Farouche souverain des nuages, tu entendras aussi la voix de la Reim-Kennar. » En parlant ainsi, Norna rejeta le plomb dans le creuset où le métal mouillé siffla et frémit en touchant les parois rouges du vase, et fut bientôt réduit de nouveau en fusion. ”
Walter Scott,
Le Pirate. Traduction Defauconpret…
(1933)
“ Le caractère de Norna est tracé dans l'intention de donner un exemple de ce singulier genre de folie durant lequel le malade, tout en conservant la subtilité et l'adresse nécessaires pour en imposer aux autres, est encore plus ingénieux à s'abuser lui-même. A la vérité, on peut souvent remarquer dans les maniaques de ce genre une sorte de rôle double. Ils sont dans l'un l'être que leur imagination délirante a créé, et dans l'autre ils sont eux-mêmes tels qu'ils paraissent aux yeux des autres. ”
“ Sans doute Norna en sait beaucoup plus que d’autres, mais c’est une femme qu’on ne peut appeler sage... Notre tacksman, M. Mertoun, son esprit fait eau, je crois, sous le beaupré ; son fils a le cerveau timbré ; et je ne vois guère de notabilités... toujours excepté moi-même, et peut-être vous, Swertha... qu’on ne puisse, d’une façon ou d’une autre, appeler fous. — Oui, peut-être, Niel Ronaldson, répliqua la vieille dame ; mais si vous n’allez pas plus vite au rivage, vous manquerez la marée ”
Henrik Ibsen,
Une maison de poupée
“ Nora. Tu as toujours raison dans tout ce que tu fais. Helmer, qui l’embrasse sur le front. Allons, l’alouette commence à parler comme un livre, mais dis-moi si tu as remarqué comme Rank était gai ce soir. Nora. Ah ! je n’ai pas eu l’occasion de lui parler. Helmer. Moi aussi, je n’ai presque pas causé avec lui, mais voici longtemps que je ne l’avais vu de si bonne humeur. (Il la regarde un instant et s’approche d’elle.) Mais qu’il est bon de se retrouver dans sa maison, d’être seul avec toi ! Oh ! la jolie femme, l’enchanteresse que tu es. Nora. Ne me regarde pas ainsi, Torvald. ”
Jules Claretie,
Noris : moeurs du jour
(1883)
“ Malheureuse, Noris ? Elle a des équipages dont on parle, une maison montée, un five o'clock où tu vas faire de la philosophie sentimentale ! Elle est ou elle n'est pas, comme tu voudras, la maîtresse du Grand Duc ; mais, dans tous les cas, elle en a le luxe, et, ma parole, elle en porte le titre. Malheureuse avec ça, Noris ?... Qu'est-ce qu'il lui faut donc ? – Oh ! rien du tout : le sentiment de sa propre dignité ! – Je ne comprends pas très bien, dit René. – Ça ne m'étonne pas. Il faut t'avouer à toi-même qu'il y a, au monde, une infinité de choses que tu n'entends qu'à demi ! ”
Richard Wagner,
La Tétralogie de l'Anneau du Nibelung
“ Un motif d'amour (Siegmund et Sieglinde) , succède immédiatement à ce thème. (Partition, page 26, en bas.) [326-1] Outre les trois Nornes proprement dites, desquelles il est ailleurs parlé, «il y a plusieurs sortes de Nornes,» lit-on dans l'Edda de Snorro: «Celles qui assistent à la naissance des hommes pour leur donner la vie sont de race divine,» etc. «Les Nornes d'origine céleste donnent le bonheur; quand les hommes tombent dans l'infortune, c'est aux méchantes Nornes qu'il faut l'attribuer.» ”
Henrik Ibsen,
Une maison de poupée
“ Vous savez bien que Torvald ne peut pas se passer de vous. Rank. Oui, mais vous ? Nora. Moi, tout est si agréable à mes yeux quand vous êtes là ! Rank. C’est ce qui m’a induit en erreur. Vous êtes une énigme. Il m’a semblé parfois que vous aviez autant de plaisir à être avec moi qu’avec Helmer ! Nora. Parfaitement... Il y a les gens qu’on aime. Et les gens avec qui on se plaît. Rank. C’est vrai. Nora. Quand j’étais à la maison, j’aimais papa par dessus tout naturellement, mais je n’avais pas de plus grand plaisir que de descendre en cachette à l’office. ”
Henrik Ibsen,
Une maison de poupée
“ Nora, le regardant dans les yeux. Moi ! Helmer, la menaçant du doigt. Oui, toi. Regarde-moi bien dans les yeux... La gourmande n’a-t-elle pas fait quelque escapade en ville aujourd’hui. Nora. Non, pourquoi dis-tu cela ? Helmer. Vrai, tu n’as pas fourré ton nez de gourmande à la confiserie. Nora. Non, je t’assure, Torvald. Helmer. Tu n’as même pas mouillé tes lèvres dans un pot de confitures ? Nora. Non, absolument pas. Helmer. Tu n’as pas grignoté une ou deux pralines ? Nora. Non, non, Torvald, je te dis que non. Helmer. Bien ! bien, c’est pure plaisanterie. ”
Henrik Ibsen,
Une maison de poupée
“ Nora. As-tu pensé à inviter à dîner le docteur Rank. Helmer. Non, à quoi bon, n’est-ce pas tout entendu. Et d’ailleurs je l’inviterai tout à l’heure quand il va arriver. J’ai commandé du bon vin. Nora, tu ne peux t’imaginer quelle fête pour moi cette soirée de Noël. Nora. Pour moi aussi. Et comme les enfants vont être heureux, Torvald ! Helmer. Ah ! c’est une joie de penser qu’on est parvenu à une situation stable, assurée, qu’on a abondamment le nécessaire, n’est-il pas vrai ? C’est un bonheur intense que d’y penser. ”
Jules Claretie,
Noris : moeurs du jour
(1883)
“ Une femme qui aime René. – Allons, dit Noris, il n'y a décidément pour être adorés que ceux qui n'aiment personne ! Et c'est Mme de Montépreux, je parie, cette femme-là ? – C'est la comtesse de Montépreux ! – Elle avait un mari, celle-là. Elle n'a pas d'excuse, tant pis pour elle ! dit Noris froidement. Alors un cri monta, comme du fond de son être, aux lèvres de Raymond. Il prit les mains de Noris, il la regarda, à son tour, au fond des prunelles, comme elle le regardait tout à l'heure et, tout son amour éclatant dans une sorte de prière ardente : – Eh ! bien, Suzanne, et moi ? dit-il. ”
Henrik Ibsen,
Une maison de poupée
“ Nora, sans changer de ton. Je veux dire que des mains de papa je suis passée dans les tiennes. Tu as tout arrangé à ton goût, et je partageais ton goût ou je le laissais croire, je ne puis le dire au juste. Peut-être l’un et l’autre. Maintenant quand je regarde en arrière, il me semble que j’ai vécu comme les pauvres au jour le jour. J’ai vécu les pirouettes que je faisais pour t’amuser, Torvald, mais cela allait à ton but. Toi et papa, vous avez été bien coupables envers moi. C’est vous qui êtes responsables que je ne sois bonne à rien. Helmer. Tu es incompréhensible, Nora, et ingrate. ”
Maurice Renard,
Le Carnaval du mystère
“ Oh ! Toute ma vie, je me rappellerai la vision déchirante : mon grand, mon cher Arnoldson, couché sur un cahier de classe et, d’une écriture hâtive et fantasque, alignant des mots sans suite, des mots d’enfant ! Quelle flèche invisible me transperça ? Une chaude et irrésistible montée noya mes paupières, et je me retirai silencieusement, la mort dans le cœur. Nora m’attendait, immobile, appuyée à la muraille. Nous nous regardâmes. Mais l’obscur soleil de minuit baignait pour moi sa face douloureuse ; je ne voyais ses larmes qu’à travers les miennes. ”
Jules Claretie,
Noris : moeurs du jour
(1883)
“ Morte chez René, emportée, endormie dans quelque coin de terre, sous des fleurs, quelle volupté profonde !. Ou bien honnête, mariée, heureuse, comme cette paysanne de Suresnes dont l'image, depuis un an, ne la quitte plus ! – Suzanne Lestrade ! Et parfois, Noris essaie de souffleter, par une ironie, le souvenir de la rosière : – Bah ! Elle a maintenant un enfant, et, quand il rentre titubant du cabaret, son mari, le soldat, l'insulte et la bat ! Mais non : pourquoi ce brave garçon serait-il un rustre ? ”
Jules Claretie,
Noris : moeurs du jour
(1883)
“ De toutes les femmes, une seule lui plaisait maintenant, Noris. C'était insensé, incompréhensible ; mais c'était ainsi. Tous les souvenirs d'autrefois le mordaient au coeur. Puis, comme si le hasard eût voulu le rendre décidément fou, partout où il allait on ne parlait que de Noris, et, à ce nom de Noris, on ajoutait toujours celui de Ferdys. Cette mystérieuse belle fille, inaccessible à tant d'hommages, s'était donc humanisée ? Elle avait laissé fondre, disait le duc de Marsan, la cuirasse de glace que lui imposait le grand-duc Vassili, chaque fois qu'il la quittait. ”
