“ Et toute la forêt reprit : — Arrête, Simplice, un baiser doit la tuer, ne donne pas ce baiser. Ne le sais-tu pas ? la brise du soir, notre messagère, ne te l’a-t-elle pas dit ? Fleur-des-eaux est la fleur céleste dont le parfum donne la mort. Hélas ! la pauvrette, sa destinée est étrange. Pitié pour elle, Simplice, ne bois pas son âme sur ses lèvres. ”
Simplice
Définition et enjeux
Citations sur “Simplice”
Georges Duval, Un coup de fusil (1887)
“ Simplice s'était souvent aperçue de l'envie que Mllc Raymonde avait de lui parler de Pascal. Dieu sait pourtant avec quelle discrétion le marchand de chevaux laissait deviner à Simplice l'inclination qui le portait vers elle, et le soin qu'avait toujours pris Simplice d'enfermer au plus profond d'elle-même le sentiment qui l'agitait quand elle voyait Pascal. L'allusion de Mlle Raymonde était évidemment le commencement de questions à venir. Simplice passa une partie de la nuit à y réfléchir. ”
Georges Duval, Un coup de fusil (1887)
“ Le visage du jeune homme rayonnait de sincérité et de bonheur. Simplice lui tendit le front, en signe d'ac- cordailles. Le docteur serra les mains au bri- quetier, tandis que Mme Raoul et Mme Rivière échangeaient un regard. Deux regards de mère qui voulaient dire : châtiment et absolution. La veille de la cérémonie arriva. On avait discuté la question de savoir qui mettrait Simplice au courant de la vérité. Le docteur s'offrit. Mme de Chantrigué en revendiqua le triste privilège. — Je connais Simplice, dit-elle; si elle doit en souffrir, nulle ne la consolera mieux que moi. ”
Georges Duval, Un coup de fusil (1887)
“ La jeune fille mit un doigt sur ses lèvres, et lui serrant la main : — Dieu connaît la vérité ! balbutia-t-elle, Mlle Raymonde rentra sur ces entrefaites. — M. Pascal va mieux, lui dit Simplice. — Je vais tout à fait bien, fit le marchand de chevaux en se redressant. Il y a des baumes infaillibles. Comme si elle avait compris, Mlle Raymonde jeta un regard à Simplice qui, pour la première fois, l'affronta. ”
“ Simplice fut très occupé les jours qui suivirent son installation. Il lia connaissance avec ses voisins, le scarabée de l’herbe et le papillon de l’air. Tous étaient de bonnes bêtes, ayant presque autant d’esprit que les hommes. Dans les commencements, il eut quelque peine à comprendre leur langage : mais il s’aperçut bientôt qu’il devait s’en prendre à son éducation première. Il se conforma vite à la concision de la langue des insectes. Un son finit par lui suffire, comme à eux pour désigner cent objets différents, suivant l’inflexion de la voix et la tenue de la note. ”
Georges Duval, Un coup de fusil (1887)
“ Elle ne tarda pas à se créer une clientèle à la Chapelle, à Coyes, à Survilliers, à Plailly, à Mortefontaine, à Thiers, même à Senlis. L'été, la présence des citadins en villégiature lui permettait de réaliser en quelques mois autant que pendant le reste de l'année. Lorsque Simplice eut atteint l'âge de quatorze ans, elle s'en fit une aide et une associée. A seize ans, Simplice travaillait comme une fée. Au point de vue pécuniaire, la situation de Mlle Raymonde et de Simplice suffisait donc à l'entretien de leur ménage et leur permettait même de réaliser des économies. ”
Georges Duval, Un coup de fusil (1887)
“ Vous venez de m'avouer que Simplice aimait mon fils. Pas- cal aime Simplice. A leur âge, des amours contrariées peuvent devenir dangereuses. — M. Pascal serait-il donc capable...? inter- rompit Mlle Raymonde, chez qui la colère allait succéder à l'émotion. — Non, mon enfant, répliqua Mmc Rivière, ils n'en seraient capables ni l'un ni l'autre. Nous pouvons toutes deux nous rassurer sur ce point. Si j'y insiste, c'est de crainte que le repos de mon fils ne dépende de cette entrevue, et, en qualité de sœur aînée, les sentiments maternels ne doivent point vous être étrangers. ”
Georges Duval, Un coup de fusil (1887)
“ « Un jour! » lui avait-elle dit. Quand il s'agit de faire une bonne action, le délai que se dOllnent les femmes n'est jamais bien long. Elle se demanda, sans arrière-pensée, si elle avait le droit de priver sa fille du baiser d'un père revenu à résipiscence. Elle appela Simplice et lui dit : — Simplice, nous avons une commande pour M. Raoul, le briquetier. Va le trouver de ma part et dis-lui que je n'attends que ses ordres. Simplice n'en revint pas. Par suite de quelles circonstances Mlle Raymonde lui permettait-elle de traverser le pays, au risque de se rencontrer avec Pascal? ”
Georges Duval, Un coup de fusil (1887)
“ Le soir même, complètement remis de sa chute, il raconta à sa mère, devant le docteur Deltombe que l'on avait mandé, de quelle façon discrète Simplice lui avait fait l'aveu de son inclination. Le docteur observa, non sans regrets, la chaleur que Pascal mettait à discourir. Il avait étudié la situation et ne trouvait pas le moyen de se glisser entre le penchant de Sim- plice et les résistances de Mlle Raymonde. — Quelle drôle de chose que le monde ! s'écria-t-il, dans son entêtement à voir heureux les gens qu'il aimait. On dirait que nous nous étudions à faire notre malheur ! ”
Georges Duval, Un coup de fusil (1887)
“ Le contact de la nature rend le jugement plus sain et prête plus de grandeur aux idées, en leur permettant de battre plus aisément de l'aile. Il voulut pourtant donner à ses amis tout le temps de la réflexion et les avertir qu'il ne porterait la réponse à M. de Chantrigué que le lendemain. Au bout de vingt- quatre heures, il trouva Mme Rivière dans les mêmes dispositions. Quant à Pascal, il était plus pressé que jamais de fournir à Simplice cette nouvelle preuve de son désintéressement et de son amour. ”
Eugène de Margerie,
Contes et nouvelles (3e édition…
(1877)
“ Voilà comme par le le monde, aj outa le petit vieillard. Avouez, mesdames et messieurs; que le monde est bien sot. Moi qui ai fréquenté Simplice, je puis certifier qu'il a peu de besoins ; qu'il est entouré de bons cœurs; que la paix règne constamment dans son âme et dans sa maison ; qu'il ne désire rien ; que pauvre il peut cependant, de temps à autre, donner à plus pauvre que lui portion de son dîner ou de son souper. Sa probité laborieuse, si elle ne le préserve pas de la gêne, le garantit du moins de la misère ”
Jean-Pierre Camus,
Alcime, par J.-P. Camus,...
(1858)
“ Alors Simplice pensant avoir amené Alcime au point où il le désirait, s'avança de lui dire que se promener à pied ou à cheval était de soi chose indifférente ; mais que les choses indifférentes devenaient bonnes ou mauvaises selon les desseins et les déterminations qu'on y mêlait, n'y ayant rien de si bon qu'un mé- ALCIME. 89 chant esprit ne corrompe et dont comme l'araignée il ne fasse poison, ni rien de si mauvais dont un bon esprit ne tire quelque avantage. ”
Ferdinand Antoine, Étude sur le Simplicissimus de Grimmelshausen… (1882)
“ Donc Simplicissimus va recommencer une nouvelle histoire de sa vie, parce que« rien n'est constant que l'inconstance même. » La raison n'est pas très concluante. Nous avons affaire ici à un Simplicius converti. Le récit, la disposition des faits, et la conclusion surtout, accusent une tendance religieuse très prononcée. Ce sentiment, d'ailleurs, se fait jour par intervalles/dans l'âme de Simplicissimus : il a de temps à autre des retours sur lui-même et de douloureuses quoique passagères préoccupations sur son salut compromis. Il y a là évidemment un trait du caractère de l'auteur. ”
Ferdinand Antoine, Étude sur le Simplicissimus de Grimmelshausen… (1882)
“ Comme aujourd'hui, répond Simplicius, presque personne ne veut plus regarder la vérité toute nue, je lui fis alors un vêtement pour qu'elle restât agréable aux yeux des hommes, et qu'ils entendissent et acceptassent de bonne grâce ce que je voulais leur dire de temps à autre pour corriger leurs mœurs et leur conduite. ”
Ferdinand Antoine, Étude sur le Simplicissimus de Grimmelshausen… (1882)
“ Il y a moins de rapidité et d'entrain dans le récit, moins de verve dans la description que dans Simplicissimus ; mais c'est toujours la même sûreté de coup d'œil et d'observation, la même précision dans le détail. On reconnaît en un mot le moraliste du Simplicissimus. Les tableaux qui passent successivement sous les yeux du voyageur qui observe sont variés et changeants comme la vie, tantôt gais, tantôt tristes et désolants : le laid coudoie le beau, la vérité est à côté du mensonge. ”
Ferdinand Antoine, Étude sur le Simplicissimus de Grimmelshausen… (1882)
“ Aussi, c'est pour le lecteur une agréable surprise de retrouver dans Simplicissimus ces expressions naïvement pittoresques, imagées et proverbiales, empruntées au langage populaire. J'en citerai seulement deux exemples, Le chapitre 17e du livre IIIe débute ainsi : « Ich glaube, es sei kein Mensch in der Welt, der nicht einen hasen im Busen habe, dann wir sind ja alle einerlei Gremächts, und kan ich bei meinen Birn wol merken, wenn andere zeitig sind. » ”
Ivan Tourgueniev,
Terres vierges
“ Il y en a beaucoup dans ce temps-ci. — Comment avez-vous dit, Tatiana ?... Se simplifier ? — Oui... c’est une manière de dire que nous avons à présent : vivre tout à fait comme le peuple. Se simplifier, quoi ! C’est de la bonne besogne, enseigner au peuple à raisonner. Mais ça n’est pas commode, oh ! non ! Dieu vous donne de la chance ! — Se simplifier ! répéta Marianne. ”
Ferdinand Antoine, Étude sur le Simplicissimus de Grimmelshausen… (1882)
“ Simplicius, à mesure qu'il avance dans la vie, perd son innocence et son honnêteté naturelles. Les bons principes déposés dans son esprit par l'ermite sont étouffés dans le tumulte des passions qui l'entourent. ”
Ferdinand Antoine, Étude sur le Simplicissimus de Grimmelshausen… (1882)
“ S'il a devancé là-dessus ses contemporains, c'est par l'indifférence tolérante et non par la connaissance de la vérité. Philosophe et moraliste, il jette sur la société un coup d'œil pénétrant. Calme et indépendant, il considère toute chose avec une grande liberté d'esprit. Ce n'est pas lui qui se laisse éblouir par la vaine grandeur et les brillantes espérances. Il nous a dit par la bouche de Simplicissimus ce qu'il pense de tous ces titres sonores dont ses compatriotes sont si avides, de cette maladie restée essentiellement allemande, die Titelsucht. ”
A. Thierry, Les Derniers Temps de l’empire d’Occident…
“ En effet, Simplicius n’est pas de ces hommes qui courent au vent de toutes les popularités ; il ambitionne l’estime des bons, et non la faveur de tous. Son affection est précieuse, parce qu’elle sait choisir. ”
Charles Nodier,
Examen critique des dictionnaires de la langue françoise…
(1828)
“ Simplicité n'a pas la même acception au figuré, où il se prend maintenant pour grossièreté d'esprit et de manières, tant les merveilleux progrès de la politesse ont influé sur la modification des mots. ”
Arnelle, Madame Cottin d'après sa correspondance…
“ Je croyais, en traversant le Simplon, avoir vu tout ce que l’intelligence humaine peut vaincre d’obstacles et surmonter de barrières ; cette superbe route élevée au-dessus des plus effroyables précipices m’avait paru le dernier effort de l’audace et du génie et la plus grande victoire que l’homme eût pu remporter sur la nature. ”
A. Thierry, Les Derniers Temps de l’empire d’Occident…
“ Son savoir-vivre est tel que tout le monde se louera de lui, clercs ou laïques, étrangers ou citoyens. Quant à son hospitalité, vous savez que la table de Simplicius n’exclut personne, et que ceux-là goûtent le plus souvent de son pain qui sont hors d’état de le lui rendre. ”
Ferdinand Antoine, Étude sur le Simplicissimus de Grimmelshausen… (1882)
“ Il se corrompt rapidement et il finit même par devenir odieux. Sa vie parisienne est celle d'un drôle dénué de tout sens moral. En somme donc, Simplicissimus est peu intéressant par luimême, parce qu'en définitive il ne représente ni un vice ni une vertu. Mais ne peut-on pas cependant découvrir en lui, sinon une de ces fortes passions qui font tout l'intérêt du roman con- temporain, du moins une tendance, un défaut, un travers qui explique ses démarches et soit comme le lien qui relie entre elles ces aventures multipliées et diverses et mette une certaine unité dans le récit? ”
Caroline Delestre, Une pythonisse contemporaine. Tome 2 (1835)
“ Déjà Simplicie, lancée avec son habile galopeur, s'étonne de son agilité et du peu de gêne qu'elle éprouve. Elle fait mille tours en tous sens, passe d'une pièce dans une autre, puis revient sur ses pas avec la rapidité de l'éclair, et ne tarde pas à partager l'espèce de frénésie sautante qui s'empare de tous ceux qui se livrent à ce fatigant exercice. ”
Edmond About,
Lettres d'un bon jeune homme à sa cousine Madeleine
“ Ils aimaient mieux les cent mille francs de rente, et voici ce qu’ils ont imaginé. Ils ont écrit sur l’enseigne de leur boutique le célèbre similia similibus. C’est latin, c’est joli, c’est harmonieux, c’est nouveau et paradoxal, c’est un principe, peu démontré, j’en conviens ; mais qui a une bonne physionomie de principe. On attire plus de badauds avec un principe douteux qu’avec [p. 125] le sens commun tout bête et tout naïf. ”
Ferdinand Antoine, Étude sur le Simplicissimus de Grimmelshausen… (1882)
“ Quant à la moralité du récit, elle est à peu près la même que celle du Simplicissimus. Le possesseur du Vogelnest, comme Simplicius, est jeté par les événements sur la pente du mal. Grâce au talisman, il peut impunément faire sa fortune aux dépens d'autrui. Mais, comme il n'est point de nature perverse, et qu'il y a en lui comme dans Simplicius un excellent fond d'innocence et de vertu native, il suffit d'un événement sans importance pour le ramener au bien. C'est la voix de la nature qui le prêche et le convertit. ”
Ferdinand Antoine, Étude sur le Simplicissimus de Grimmelshausen… (1882)
“ Springinsfeld a toutes les qualités de Simplicissimus : courageux et adroit, beau et robuste, plein de bonne humeur et de finesse, frais et dispos, alerte et gai, sans peur et sans conscience, il vit au jour le jour, sans nul souci de l'avenir. ”
Ferdinand Antoine, Étude sur le Simplicissimus de Grimmelshausen… (1882)
“ Simplicius cependant paraît bien décidé à vivre durement, à s'imposer d'austères privations pour le salut de son âme et à faire dans toutes les règles la pélerinage des lieux saints. Il refuse tous les secours qu'on lui offre, argent et provisions. « Je m'étais en vérité proposé de renoncer à toute consolation humaine, d'accepter dans la plus profonde humilité les croix et les souffrances et de n'avoir recours qu'en Dieu seul. » L'histoire se termine par une Robinsonade : singulière conclusion d'une vie d'aventures comme celle de Simplicissimus. ”
Ferdinand Antoine, Étude sur le Simplicissimus de Grimmelshausen… (1882)
“ Le roi des sylphes, à qui il est présenté, l'accueille avec bonté, lui fait parcourir tout son royaume, le met au courant de tout ce qui le concerne, lui et ses sujets. Comme les sylphes doivent vivre autant que le monde et finir avec lui, le roi interroge Simplicius sur l'état de la société, sur la vie des hommes mortels, pour voir s'il ne reconnaîtra point les signes précurseurs de la fin du monde annoncés par J.-C. Simplicius fait de la société une description ironique, en prenant tout à contre-pied. ”
Fédor Dostoïevski,
Journal d’un écrivain
“ C’est, parfois, grâce à cette rage de simplification qu’une œuvre grande et belle avorte complètement. Et cette simplicité peut nuire aux simplificateurs mêmes. La simplification est ennemie de l’analyse, si bien que certaines opinions simples finissent par devenir fantastiques. ”
Ferdinand Antoine, Étude sur le Simplicissimus de Grimmelshausen… (1882)
“ Les passions n'apparaissent plus que comme de rares et faibles éclairs à l'horizon. C'est la raison qui gouverne. Nous sommes loin des mœurs rudes et grossières du Simplicissimus ; mais bien loin aussi de cette description vive et rapide, de ce style léger et simple qui font le charme du roman de Grimmelshausen. ”
Saint-René Taillandier,
Théâtre contemporain. — La Contagion et les Comédies de M. Émile Augier
“ Au lieu de la simplicité un peu indigente des premiers jours, on verrait chez lui la simplicité féconde de l’homme qui possède bien des secrets de la vie. Que lui faudrait-il pour atteindre ce but ? Chercher dans le développement d’une pensée principale les victoires qu’il demande aujourd’hui à la multiplicité des sujets. ”
“ SILVÈRE. Que dit-elle ? ORIANE. Prends-moi, Silvère. Je consens. SILVÈRE. Viens ! je vais t’emporter dans mes bras frémissants A travers la splendeur de la forêt complice. Pour que l’hymen de nos deux rêves s’accomplisse Les astres nuptiaux ferment leurs yeux cléments. Dans tout le bois pour le triomphe des amants Un féerique printemps épaissit la feuillée. Tout se tait. Pas un cri d’oiselle réveillée, Pas un frisson de vent sur le calme gazon. ”
Ferdinand Antoine, Étude sur le Simplicissimus de Grimmelshausen… (1882)
“ Que lui arriva-t-il? C'est ce que raconte «Le merveilleux nid d'oiseaux de lajoueuse de lyre de Springinsfeld. » La première partie expose les aventures de ce jeune homme qui s'en va courir le monde et poursuivre la fortune. C'est pour l'auteur de Simplicissimus une occasion de nous faire une description de mœurs, resserrée dans un cadre assez étroit, mais précieuse et importante pour l'histoire du temps et la connaissance des maladies morales de la société. Nous quittons la vie rude et sauvage des soldats pour rentrer dans le cercle paisible de la vie bourgeoise. ”
