“ Manqué! cria madame Josserand, en se laissant aller sur une chaise.Et, d'un geste brutal, elle arracha la dentelle qui lui enveloppait la tête, elle rejeta sur le dossier sa fourrure, et apparut en robe feu garnie de satin noir, énorme, décolletée très bas, avec des épaules encore belles, pareilles à des cuisses luisantes de cavale. Sa face carrée, aux joues tombantes, au nez trop fort, exprimait une fureur tragique de reine qui se contient pour ne pas tomber à des mots de poissarde. ”
Madame Josserand
Définition et enjeux
Citations sur “madame Josserand”
Émile Zola,
Pot-Bouille
(1882)
“ Madame Josserand s’était remise à marcher. — Ah ! on ne sait jamais ! Eh bien ! si, il faut savoir !... Je vous demande un peu, se mal conduire ! mais ça n’a pas une ombre de bon sens, c’est ce qui m’exaspère ! Est-ce que je t’ai dit de tromper ton mari ? est-ce que j’ai trompé ton père, moi ? Il est là, questionne-le. Qu’il parle, s’il m’a jamais surprise avec un homme. Sa marche se ralentissait, devenait majestueuse ; et elle donnait, sur son corsage vert, de grandes tapes qui lui rejetaient la gorge sous les bras. ”
Émile Zola,
Pot-Bouille
(1882)
“ Madame Josserand et Hortense avaient du courage. Seule, Berthe sanglotait si fort, que, pour ne pas affecter le malade, elle s’était réfugiée au fond de la cuisine, où Adèle, profitant du désarroi, buvait du vin chaud. D’ailleurs, M. Josserand mourut avec simplicité. Son honnêteté l’étouffait. Il avait passé inutile, il s’en allait, en brave homme las des vilaines choses de la vie, étranglé par la tranquille inconscience des seules créatures qu’il eût aimées. À huit heures, il bégaya le nom de Saturnin, se tourna contre le mur, et s’éteignit. ”
Émile Zola,
Pot-Bouille
(1882)
“ Cependant, à travers l’appartement désert, madame Josserand se promenait, muette, comme emportée par un vent d’orage. Elle avait fermé violemment le piano, éteint la dernière lampe ; puis, passant dans la salle à manger, elle s’était mise à souffler les bougies, d’une haleine si forte, que la suspension en tremblait. La vue de la table dévastée, avec sa débandade d’assiettes et de tasses vides, l’enragea davantage ; et elle tourna autour, en jetant des regards terribles sur sa fille Hortense, qui, tranquillement assise, achevait la tête brûlée de la brioche. ”
Émile Zola,
Pot-Bouille
(1882)
“ On complimentait Clotilde. Madame Josserand, qui s’était précipitée, lui serrait les deux mains ; tandis que les hommes, soulagés, reprenaient leur conversation, et que les dames, d’une main plus vive, s’éventaient. Duveyrier osa se risquer alors à retourner dans le petit salon, où Trublot et Octave le suivirent. Au milieu des jupes, le premier se pencha à l’oreille du second. — Regardez à votre droite... Voilà le raccrochage qui commence. C’était madame Josserand qui lançait Berthe sur Auguste. Il avait eu l’imprudence de venir saluer ces dames. ”
Émile Zola,
Pot-Bouille
(1882)
“ Madame Josserand, toute blanche, s’étranglait, devant la révolte inconcevable de son mari. — Ne dites pas du mal de papa ! Il a été l’honneur de l’enseignement pendant quarante ans. Allez donc parler de l’institution Bachelard dans le quartier du Panthéon !... Et quant à ma sœur et à mon beau-frère, ils sont ce qu’ils sont, ils m’ont volée, je le sais ; mais ce n’est pas à vous de le dire, je ne le souffrirai pas, entendez-vous !... Est-ce que je vous parle, moi, de votre sœur des Andelys, qui s’est sauvée avec un officier ! Oh ! c’est propre, de votre côté ! ”
“ Depuis quinze jours, pour amener l'oncle Bachelard à doter Berthe, les Josserand l'invitaient presque chaque soir, malgré sa malpropreté. Quand on lui avait annoncé le mariage, il s'était contenté de donner une légère tape sur la joue de sa nièce, en disant : — Comment ! tu te maries ! Ah ! c'est gentil, fillette. Et il restait sourd à toutes les allusions, exagérant son air de noceur gâteux, tombé dans les liqueurs, dès qu'on parlait d'argent devant lui. Madame Josserand eut l'idée de l'inviter un soir avec Auguste, le futur. Peut-être la vue du jeune homme le déciderait-elle. ”
“ Madame Josserand se leva, majestueuse, terrible.—Taisez-vous, répondeuse!... Oh! je sais, ce sont les autres bonnes qui vous gâtent. Dès qu'il y a, dans une maison, une bête qui débarque de sa province, il faut que les coquines de tous les étages la mettent au courant d'un tas d'horreurs.... Vous n'allez plus à la messe, et vous volez, maintenant!Adèle, la tête montée en effet par Lisa et par Julie, ne céda pas.—Quand j'étais une bête, comme vous dites, fallait pas abuser.... C'est fini.—Sortez, je vous chasse! cria madame Josserand, la main tendue vers la porte, dans un geste tragique. ”
Émile Zola,
Pot-Bouille
(1882)
“ Taisez-vous, ma chère, vous me faites honte, répondait madame Josserand, l’air fâché. J’ai des filles qui peuvent vous entendre... Moi, je ne sais rien, je ne veux rien savoir. Si vous avez des affaires avec mon fils, arrangez-vous ensemble. Jamais je n’accepterai un rôle équivoque. Pourtant, elle l’accabla de conseils. À son âge, on devait se résigner. Dieu lui serait d’un grand secours. Mais il fallait qu’elle livrât sa nièce, si elle voulait offrir au ciel son sacrifice comme une expiation. ”
Émile Zola,
Pot-Bouille
(1882)
“ Ah ! vous pourrez bien vous mordre les doigts, si vos filles coiffent Sainte-Catherine. — Me mordre les doigts !... Mais, tonnerre de Dieu ! c’est vous qui mettez les maris en fuite, avec vos toilettes et vos soirées ridicules ! Jamais M. Josserand n’était allé si loin. Madame Josserand, suffoquée, bégayait les mots : « Moi, moi, ridicule ! » lorsque la porte s’ouvrit : Hortense et Berthe revenaient, en jupon et en camisole, dépeignées, les pieds dans des savates. — Ah bien ! ce qu’il fait froid, chez nous ! dit Berthe en grelottant. Ça vous gèle les morceaux dans la bouche... ”
Émile Zola,
Pot-Bouille
(1882)
“ Nous ne mourons pas, nous autres, pour échapper à nos promesses. Cet aplomb superbe acheva d’accabler M. Josserand. D’ailleurs, madame Josserand continuait, ahurissait son gendre par des déclarations extraordinaires, sans lui laisser le temps de parler. — Vous n’êtes pas fort, monsieur. Lorsque vous aurez rendu Berthe malade, il faudra appeler le docteur, ça coûtera de l’argent chez le pharmacien, et c’est encore vous qui serez le dindon... ”
Émile Zola,
Pot-Bouille
(1882)
“ La mère haussa les épaules. — Hein ? tu dis que ça ne prouve rien. C’est bon, mène ta barque comme je mène la mienne... Eh bien ! en voilà une brioche qui peut se flatter d’être mauvaise ! Il ne faut pas qu’ils soient dégoûtés, pour engloutir des saletés pareilles. M. Josserand, que les soirées de sa femme brisaient, se délassait sur une chaise ; mais il eut peur d’une rencontre, il craignit que madame Josserand ne l’emportât dans sa course furieuse ; et il se rapprocha de Bachelard et de Gueulin, attablés en face d’Hortense. L’oncle, à son réveil, avait découvert un flacon de rhum. ”
Émile Zola,
Pot-Bouille
(1882)
“ C’est convenu, dit à l’oreille de Valérie madame Josserand, en revenant s’asseoir sur un des fauteuils destinés à la famille, derrière ceux de Berthe et d’Auguste. Il y avait là M. Josserand, les Vabre, les Duveyrier. Maintenant, les orgues égrenaient des gammes de petites notes claires, coupées de grands souffles. On se casait, le chœur s’emplissait, des hommes restaient dans les bas-côtés. L’abbé Mauduit s’était réservé la joie de bénir l’union d’une de ses chères pénitentes. ”
“ Ces trois francs-là vous permettent d'ajouter des rubans à vos robes et d'offrir des gâteaux à vos gens du mardi.Il regretta tout de suite sa phrase, car il sentit qu'elle frappait madame Josserand en plein coeur, dans la plaie sensible de son orgueil. Un flot de sang empourpra ses épaules, elle parut sur le point d'éclater en paroles vengeresses; puis, par un effort de dignité, elle bégaya seulement:—Ah! mon Dieu!... ah! mon Dieu! ”
Émile Zola,
Pot-Bouille
(1882)
“ Et ce qui m’irrite, c’est qu’elle n’est pas trop mal, quand elle veut, reprit madame Josserand. Voyons, essuie tes yeux, regarde-moi comme si j’étais un monsieur en train de te faire la cour... Tu souris, tu laisses tomber ton éventail, pour que le monsieur, en le ramassant, effleure tes doigts... Ce n’est pas ça. Tu te rengorges, tu as l’air d’une poule malade... Renverse donc la tête, dégage ton cou : il est assez jeune pour que tu le montres. ”
“ Hortense et Berthe s'assirent également, les jambes cassées ; et elles restaient là, l'une en bleu, l'autre en rose, dans leurs éternelles toilettes, retapées une fois de plus. — Je l'ai toujours dit, murmura le père, Bachelard nous exploite... Jamais il ne lâchera un sou. Debout, vêtue de sa robe feu, madame Josserand relisait la lettre.. Puis, elle éclata. — Ah! les hommes!... Celui-là, n'est-ce pas? on le croirait idiot, tant il abuse de la vie. Eh bien! pas du tout! Il a beau n'avoir jamais sa raison, il ouvre l'oeil dès qu'on lui parle d'argent... Ah! les hommes! ”
“ Madame Josserand portait sa robe feu de la veille ; seulement, afin de dépister les gens, elle avait passé la journée à coudre des manches au corsage, et à se faire une pèlerine de dentelle, pour cacher ses épaules; tandis que, près d'elle, ses filles, en camisole sale, tiraient furieusement l'aiguille, retapant avec de nouvelles garnitures leurs uniques toilettes, qu'elles changeaient ainsi morceau à morceau depuis l'autre hiver. ”
“ Berthe prenait, dans le mariage, la carrure de madame Josserand. Elle s'empâtait, lui ressemblait davantage. Ce n'était plus la fille indifférente et souple sous les gifles maternelles; c'était une femme où poussaient des obstinations, la volonté formelle de tout plier à son plaisir. Auguste la regardait parfois, étonné de cette maturité si prompte. D'abord, elle avait goûté une joie vaniteuse à trôner au comptoir, en toilette étudiée, d'une modestie élégante. ”
“ Mais un grand bruit de chaises remuées emplissait le salon. Les dames passaient dans la salle à manger, où le thé se trouvait servi. Madame Josserand, victorieuse, s'y rendit, entourée de ses filles et de la famille Vabre. Bientôt, il ne resta plus, au milieu de la débandade des sièges, que le groupe des hommes sérieux. Campardon s'était emparé de l'abbé Mauduit: il s'agissait d'une réparation au Calvaire de Saint-Roch. L'architecte se disait tout prêt, car son diocèse d'Évreux lui donnait peu de besogne. ”
“ Puis, comme elle ne pouvait plus marcher et qu'elle sentait la fin venir, elle eut encore la force d'étaler sur le lit une vieille toile cirée ronde, que madame Josserand lui avait donnée, pour mettre devant sa table de toilette. Et elle était à peine recouchée, que le travail d'expulsion commença.Alors, pendant près d'une heure et demie, se déclarèrent des douleurs dont la violence augmentait sans cesse. ”
Émile Zola,
Pot-Bouille
(1882)
“ — Un sous-chef de bureau, continuait la mère ; pas trente ans, un avenir superbe. Tous les mois, ça vous apporte son argent ; c’est solide, il n’y a que ça... Tu as encore fait quelque bêtise, comme avec les autres ? — Je t’assure que non, maman... Il se sera renseigné, il aura su que je n’avais pas le sou. Mais madame Josserand se récriait. — Et la dot que ton oncle doit te donner ! Tout le monde la connaît, cette dot... Non, il y a autre chose, il a rompu trop brusquement... En dansant, vous avez passé dans le petit salon. Berthe se troubla. — Oui, maman... ”
“ Nous le gardons. C'est si désagréable, de changer! Vous savez, les domestiques s'habituent ensemble, et je tiens beaucoup à Clémence...Madame Josserand se hâta d'approuver, sentant le terrain délicat. On espérait les marier ensemble, un jour; et l'abbé Mauduit, que les Duveyrier avaient consulté en cette affaire, hochait doucement la tête, comme pour couvrir une situation connue de toute la maison, mais dont personne ne parlait. Ces dames, du reste, ouvraient leur coeur: Valérie, le matin, avait encore renvoyé une bonne, ce qui faisait trois en huit jours ”
“ XVI Dans la matinée du mercredi, lorsque Marie avait amené Berthe à madame Josserand, celle-ci, suffoquée par une aventure dont elle sentait son orgueil atteint, était restée toute pâle, sans une parole. ”
“ —Et qui est-ce qui paiera les cinquante mille francs inscrits dans le contrat? dit madame Josserand. Lui sous la terre, on pourra courir après, n'est-ce pas?—Oh! les cinquante mille francs! murmura Berthe embarrassée. Tu sais qu'il devait, comme vous, donner seulement dix mille francs tous les six mois.... Nous n'y sommes pas encore, le mieux est d'attendre.—Attendre! attendre qu'il revienne pour te les apporter, peut-être!... Grande cruche, tu veux donc qu'on te vole!... Non, non! tu vas les exiger tout de suite sur la succession. Nous autres, nous sommes vivants, Dieu merci! ”
“ Madame Juzeur confiait une fois de plus à M. Josserand les tristesses de ses trente ans solitaires. Elle levait les yeux vers le ciel, elle se contentait de cette discrète allusion au drame de sa vie: son mari l'avait quittée après dix jours de mariage, et personne ne savait pourquoi, elle n'en disait pas davantage. Maintenant, elle vivait seule dans un logement toujours clos, d'une douceur de duvet, et où il entrait des prêtres. ”
Paul Féval, Oeuvres de Paul Féval soigneusement revues et corrigées… (1878)
“ Il paraît que décidément ce maître Josselin était une manière de puissance – Toc ! toc ! toc ! reprit le voyageur Julot en faisant sonner la dernière phalange de son médium contre la dame-jeanne ; c'était maître Josselin qui frappait comme cela à une petite porte de la cour des fontaines, au revers du Palais-Royal. « – Qui est là ? – C'est de la part de madame Saint-Elme. » Bon ! nous voilà dans un corridor noir au bout duquel grimpait un petit escalier ; après l'escalier un autre corridor, et puis, ma foi ! ”
Auteur : René Doumic, Revue des Deux Mondes
“ Josanne est mariée à un homme qui n’a vis-à-vis d’elle aucune espèce de tort, sauf celui d’être malade : elle prend pour amant un jeune homme bien portant, et un enfant étant né de leurs amours, elle en fait endosser à son mari la paternité. ”
“ Le sans-gêne princier donne un privilège d’essai, et une personne ducale s’amuse où une bourgeoise se perdrait. Josiane était en tout, par la naissance, par la beauté, par l’ironie, par la lumière, à peu près reine. ”
“ Lady Josiane disait : C’est ennuyeux que je sois forcée d’épouser lord David, moi qui ne demanderais pas mieux que d’être amoureuse de lui ! Josiane, c’était la chair. Rien de plus magnifique. Elle était très grande, trop grande. Ses cheveux étaient de cette nuance qu’on pourrait nommer le blond pourpre. Elle était grasse, fraîche, robuste, vermeille, avec énormément d’audace et d’esprit. Elle avait les yeux trop intelligibles. D’amant, point ; de chasteté, pas davantage. Elle se murait dans l’orgueil. Les hommes, fi donc ! un dieu tout au plus était digne d’elle ; ou un monstre. ”
Alphonse de Lamartine,
Œuvres complètes de Lamartine
(1850)
“ Ah ! j'entendrai toute ma vie ce cri et le coup sourd de sa chute sur le plancher. Je m'élançai, je la pris dans mes bras, je l'appelai : Josette ! Josette! Je la portai vers la fenêtre pour lui faire respirer l'air de la nuit; rien n'y fit; elle était comme morte dans mes bras! Je l'étendis sur le lit, je lui jetai de l'eau sur les tempes, je pris ses mains dans les miennes, je mis ma bouche contre sa bouche; elle ne respirait toujours pas; elle devenait froide comme j'avais senti ma mère en l'ensevelissant. — Malheureuse que tu es ! m'écriai-je en me parlant à moi-même, tu as tué ta sœur! ”
Raoul de Navery,
L'Aboyeuse
(1878)
“ Les femmes de Josselin sont de pieuses créatures qui acceptent le châtiment du ciel avec soumission. Durant toute l'année, elles se montrent douces et patientes, elles consentent à un voyage qui devientpour elles une source de fatigues et de douleurs. Si à l'heure où commence la crise elles se débattent entre les bras de leurs frères et de leurs maris, comme si l'église leur faisait horreur, leur révolte est involontaire, et la crise passée, elles reviennent seules, reconnaissantes et douces au pied de l'autel, où -elles trouvent le soulagement et la paix. ”
