“ Ivan Dmîtritch regarda le nez rouge du docteur – et nous nous enivrons !... En un mot, vous n’avez rien vu de la vie, vous l’ignorez complètement et vous ne la savez qu’en théorie. Vous méprisez la souffrance et ne vous étonnez de rien pour une très simple raison. Considérer la vanité de toute chose ; avoir un dédain intérieur et avoué de la vie, des souffrances et de la mort ; penser que la compréhension est le bien véritable : tout cela est la philosophie qui convient le mieux au Russe paresseux. Ainsi, par exemple, vous voyez un moujik battre sa femme. ”
Résumé
“Salle 6”, est une œuvre de Anton Tchekhov. Des thèmes tels que André Efîmytch, Michel Avériânytch ou Ivan Dmîtritch y sont abordés.
Citations de Salle 6 (Anton Tchekhov)
“ Maintenant j’ai peur d’Akssînia, Ilia Makârytch ! Elle n’est pas mauvaise, elle sourit toujours, mais par moments elle regarde par la fenêtre et ses yeux sont mauvais, ils brûlent, verts, comme ceux des brebis dans un toit. Les Khrymine jeunes l’entortillent : « Votre vieux, lui disent-ils, a un petit bout de terre de quarante dessiatines à Boutiôkino ; c’est un bout de terre, disent-ils, où il y a de l’argile, du sable et de l’eau ; aussi, disent-ils, Âkssioûcha, fais-toi construire par lui une briqueterie ; nous nous associerons avec toi. » ”
“ Voici Béquille ! Béquille ! Vieux radis noir ! L’écho riait aussi. Et puis le bois fut dépassé ; on commença à voir le haut des cheminées d’usine ; la croix scintilla sur le clocher ; ce fut le village, « ce même village où à un enterrement le sacristain avait mangé tout le caviar ». Et c’était déjà presque la maison : il n’y avait plus qu’à descendre dans ce grand fond. Lîpa et sa mère, qui marchaient nu-pieds, s’assirent sur l’herbe pour se chausser. Béquille s’assit avec elles. Regardé de là, Oukléevo, avec ses saules, sa blanche église et sa rivière, paraissait harmonieux et joli ”
“ Je ne trouve pas qu’il y ait lieu de se réjouir, dit André Efîmytch, à qui le mouvement d’Ivan Dmîtritch parut théâtral, et qui cependant le goûta... Il n’y aura plus de prisons et d’asiles d’aliénés, et la vérité, comme vous avez daigné le dire, triomphera. Mais voilà ! la nature des choses ne sera point changée. Les lois de la nature resteront les mêmes. Les gens souffriront, vieilliront et mourront comme maintenant ; quelle aube splendide n’aura pas illuminé votre vie, mais au bout du compte, on vous clouera dans le cercueil et on vous jettera dans la fosse ! – Et l’immortalité ? ”
“ IV Au bout de cinq jours, Anîssime, se disposant à partir, monta chez Varvâra lui dire adieu. Elle tricotait un bas de laine rouge, assise près de la fenêtre ; toutes ses veilleuses brûlaient devant les images et on sentait dans sa chambre une odeur d’encens. – Tu restes bien peu de temps avec nous, lui dit-elle. Tu commences à t’ennuyer, bien sûr ? Ah la la la la !... Nous vivons bien, il y a de tout chez nous en abondance, et ton mariage s’est bien passé. Ton père dit qu’il a coûté deux mille roubles. Nous vivons, en un mot, comme des marchands. Seulement on s’ennuie chez nous ! ”
“ Le traîneau s’arrêta à la porte du cimetière. Ouzélkov et Châpkine descendirent et s’engagèrent dans une longue et large allée. Le givre argentait les cerisiers dépouillés, les acacias, les croix grises et les tombes. Le jour ensoleillé se reflétait dans chaque flocon de neige. On sentait, comme dans tous les cimetières, une odeur d’encens et de terre fraîchement remuée. – Ce cimetière est joli, dit Ouzélkov ; c’est un vrai jardin. – Par malheur, on viole les tombes, dit Châpkine... Tenez, là, à droite, derrière ce monument en fonte, est enterrée Sôphia Mikhâïlovna. Voulez-vous voir ? ”
“ Vous êtes un homme plein d’esprit et je me délecte avec vous. Khôbotov poussa la porte et regarda dans la salle. Le docteur, et Ivan Dmîtritch, en bonnet de coton, étaient assis l’un à côté de l’autre sur le lit. L’aliéné grimaçait, frissonnait et se drapait convulsivement dans sa capote. Le docteur était immobile, tête basse, et son visage était rouge, abattu et triste. Khôbotov leva les épaules, sourit, et fit un clignement d’œil à Nikîta ; Nikîta leva lui aussi les épaules. Le lendemain, Khôbotov revint à l’annexe, accompagné de l’aide-chirurgien. ”
“ Des jours entiers il ne sortit pas de sa chambre, ne se levant de son divan que pour boire de la bière. Michel Avériânytch le pressait sans cesse de partir pour Varsovie. – Mon cher ami, lui demandait André Efîmytch d’une voix suppliante, pourquoi irais-je là-bas ? Allez-y seul et laissez-moi rentrer chez moi ! Je vous en prie ! – Sous aucun prétexte ! protestait Michel Avériânytch. Varsovie est une ville étonnante ! J’y ai passé cinq des plus heureuses années de ma vie. André Efîmytch n’eut pas la force de s’en tenir à son idée ; il partit, à contre-cœur, pour Varsovie. ”
“ Les heures ne se ressemblent pas, tu n’es plus jeune. Tu mourras ; vois si, quand tu n’y seras plus, on ne fera pas tort à ton petit-fils ? Ah, j’ai bien peur qu’on ne fasse tort à Nikîphore ! Regarde, c’est comme s’il n’avait déjà plus son père. Sa mère est jeune et bête... Tu devrais assurer à ce petit un peu de terre, ce Boutiôkino, par exemple, Pétrôvitch. N’est-ce pas ? Réfléchis ! continua à conseiller Varvâra. Ce petit est gentil, ce serait dommage ! Pars demain, et écris le papier. Pourquoi attendre ? – J’avais oublié ce petit-fils..., dit Tsyboûkine. Il faut que je l’embrasse. ”
“ Le cocher Iôna Potâpov est blanc comme un fantôme. Replié sur lui-même autant que peut se replier un corps humain, il est assis sur son siège et ne fait pas un mouvement. Glissât-il sur lui tout un amas de neige, il n’éprouverait pas, semble-t-il, le besoin de le faire tomber... Son méchant petit cheval est immobile et blanc comme lui. Par l’angulosité de ses formes, la raideur en bâtons de ses pattes, par son immobilité, il ressemble, même de près, à un petit cheval en pain d’épice d’un kopek. ”
“ Iôna sent derrière son dos le corps qui remue et la voix qui tremble du bossu ; il entend les injures qu’on lui adresse, voit les gens, et le sentiment de la solitude insensiblement commence à s’adoucir en lui. Le bossu braille, tant qu’il ne s’engoue pas dans quelque injure compliquée à six étages ou qu’un accès de toux ne le prend pas. Les deux grands se mettent à parler d’une certaine Nadiéjda Pétrôvna. Iôna se retourne à tout moment de leur côté. Profitant d’une minute de calme, il se retourne encore et murmure : – Cette semaine,... j’ai perdu un fils !... ”
“ Ivan Dmîtritch Grômov est noble. Il est âgé de trente-trois ans, il a été huissier et secrétaire de gouvernement ; il a la monomanie de la persécution. Il se tient couché sur son lit, ramassé sur lui-même en petit pain, ou va d’un angle à l’autre de la salle, comme pour faire de l’exercice ; il s’assied très rarement. Il est toujours en éveil, inquiet, comme tendu par quelque attente indéfinissable. Il suffit du moindre frôlement dans le vestibule ou d’un cri dans la rue pour qu’il dresse la tête et se mette à prêter l’oreille. ”
“ Aussitôt qu’ils franchirent le seuil, les chantres, déjà rangés dans le vestibule avec leur musique, partirent à chanter de toutes leurs forces. Une musique commandée exprès à la ville commença à jouer. On avait apporté dans de hauts verres du champagne du Don, et, se tournant vers les mariés, le contremaître charpentier Elizârov, grand vieux, maigre, aux sourcils si épais que l’on voyait à peine ses yeux, leur dit : – Anîssime et toi, mon enfant, aimez-vous l’un l’autre ; vivez selon les lois de Dieu, mes enfants, et la Reine des Cieux ne vous abandonnera pas. ”
“ Lîpa et le vieillard sur l’autre. Ils partirent au pas, Vavîla en avant. – Mon petit a souffert tout le jour, dit Lîpa. Il regardait de ses petits yeux et se taisait. Il voulait parler et ne pouvait pas. Seigneur, mon Dieu, Reine des cieux ! De chagrin, je tombais à chaque minute par terre. J’étais debout et je tombais près du lit. Dis-moi, grand-père, pourquoi un petit doit souffrir avant de mourir ? Quand une grande personne souffre, une femme ou un homme, leurs péchés leur sont pardonnés, mais pourquoi un enfant souffre-t-il, lorsqu’il n’a pas de péchés ? Pourquoi ? ”
“ La voix d’Ivan Dmîtritch et la mobilité de son visage jeune et intelligent plurent à André Efîmytch. Il voulut lui dire quelque chose d’agréable et le calmer ; il s’assit à côté de lui sur son lit, réfléchit, et dit : – Vous le demandez : Que faire ? Le mieux, dans votre situation, serait de vous enfuir. Mais, malheureusement, c’est inutile. On vous arrêtera ! Quand la société écarte de soi les criminels et les malades de l’esprit, et, en général, tous les gens qui la gênent, elle est inexorable... Il ne vous reste qu’à vous reposer dans cette pensée que votre séjour ici est nécessaire. ”
“ Le sentiment d’un malheur sans consolation était prêt à les envahir, mais il leur semblait que quelqu’un regardait du haut du ciel, dans le bleu, de l’endroit où sont les étoiles, et qu’il voyait tout ce qui se passait à Oukléevo et qu’il veillait. Et aussi grand que fût le mal, la nuit cependant était calme et belle, et dans le monde de Dieu la vérité existe toujours, et toujours existera, aussi calme et aussi belle ; tout n’attend sur la terre que de se fondre avec la vérité, comme la lumière de la lune se fond avec la nuit... ”
“ Parfois le soir, il se drape dans sa capote, et, tremblant de tout le corps, claquant des dents, il se met à marcher vite, entre les lits, et d’un bout à l’autre de la salle. On dirait qu’il lui prend une forte fièvre. À la façon dont il s’arrête tout à coup et regarde ses compagnons, on croit qu’il veut leur dire quelque chose de très important, mais, pensant sans doute qu’ils ne l’écouteront pas ou qu’ils ne comprendront pas, il redresse la tête avec impatience et recommence à marcher. ”
“ Dix ans avaient passé, le sacristain était mort depuis longtemps, mais on se souvenait toujours du caviar. Soit que la vie fût à Oukléevo extrêmement misérable ou que les gens y fussent incapables de rien remarquer en dehors de ce mince événement, on n’en racontait rien autre chose. La fièvre y était en permanence et on y trouvait des fondrières de boue, même en été, surtout le long des clôtures par-dessus lesquelles se courbaient de vieux saules qui donnaient une ombre large. On y sentait toujours une odeur de déchets d’usine et d’acide acétique qui sert à la fabrication des indiennes. ”
“ De grâce, Votre Noblesse, que pensez-vous ? fit en souriant Merkoûlov. Je ne suis pas un marchand. Nous savons comment on se comporte avec les seigneurs ! Même quand nous avons habillé le consul de Perse, ç’a été sans un mot... Les mesures prises, ayant reconduit le capitaine, le tailleur demeura toute une heure planté dans son isba, regardant sa femme avec hébétude. Il n’y pouvait pas croire... – En voilà une aventure, dites-moi un peu ! murmura-t-il enfin. Où prendrai-je l’argent pour le drap ? Akssînia, mon amie, prête-moi l’argent que nous avons gagné sur la vache ! ”
“ Le peuple, en foule, flânait sur la rive, en peine de lui-même, ne sachant que faire, puisqu’il ne pouvait ni manger ni boire avant que la dernière messe fût dite à l’ermitage, et que les boutiques du monastère, où les pèlerins aiment tant à se rassembler et à s’informer du prix des objets, étaient encore fermées. Malgré leur fatigue, beaucoup, par ennui, se traînaient vers l’ermitage ; je fis comme eux. Le sentier, descendant et montant, se développait, au long de la rive escarpée, comme un serpent, contournant les chênes et les pins. En bas luisait le Donéts où le soleil se réfléchissait. ”
“ Un jour, au commencement de juin, le docteur Khôbotov vint pour affaire chez André Efîmytch, et, ne l’ayant pas trouvé chez lui, il alla dans la cour pour le chercher. On lui dit que le vieux docteur était à l’annexe. Khôbotov y entra, et, arrêté dans le vestibule, il entendit la conversation suivante : – Nous ne nous accorderons jamais et vous ne me convertirez jamais à votre croyance, disait Ivan Dmîtritch exaspéré. Vous ne savez rien de la réalité et vous n’avez jamais souffert. Vous vivez comme une sangsue, de la souffrance d’autrui. ”
“ Nous sommes faibles, faibles !... Quelque chose encore d’obsédant, outre la peur et le sentiment d’une offense, tourmenta André Efîmytch toute la soirée. Il trouva enfin que c’était le désir de boire de la bière et de fumer. – Je vais sortir d’ici, mon cher, dit-il. Je vais dire qu’on me donne de la lumière... Je ne puis pas rester comme cela... C’est au-dessus de mes forces... André Efîmytch se dirigea vers la porte et l’ouvrit, mais Nikîta sursauta aussitôt et lui barra la route. – Où allez-vous ? demanda-t-il. Il faut rester ici. Il est temps de dormir ! ”
“ Alors même qu’on ne croit pas, on se sent cependant plus tranquille quand on a prié. Embrassez l’image, mon petit pigeon. André Efîmytch se déconcerta et alla embrasser l’image. Michel Avériânytch, tendant les lèvres et s’inclinant, marmottait des prières, et, de nouveau, les larmes lui vinrent aux yeux. Ils allèrent ensuite au Kremlin et y regardèrent le canon du tsar [5] et la cloche du tsar ; ils ne manquèrent pas de les toucher. Puis ils admirèrent la vue que l’on a au delà de la Moskva, sur le bas Moscou ; ils visitèrent l’église du Sauveur [6] et le musée Roumiantsiov [7] . ”
“ André Efîmytch comprit que c’était la fin et il se souvint qu’Ivan Dmîtritch, que Michel Avériânytch et que des millions de gens croient à l’immortalité. Eh bien, voyons, si elle existait ?... Mais il ne désira pas l’immortalité, et n’y pensa qu’un instant. Un troupeau d’antilopes extraordinairement belles et gracieuses, sur lesquelles il avait lu quelque chose la veille au soir, passa devant lui. Une femme ensuite lui tendit une lettre recommandée. Michel Avériânytch lui dit quelque chose. Et tout sombra. André Efîmytch oublia tout, pour toujours. ”
“ Un coucou comptait l’âge de quelqu’un, s’embrouillait dans ses comptes et recommençait. Les grenouilles, sur l’étang, furieuses, s’appelaient à tue-tête, et l’on pouvait distinguer leurs mots « Et toi de même ! Et toi de même ! » (I ty takôva ! I ty takôva !) Quel vacarme ! Il semblait que tous ces êtres criaient et chantaient pour que personne, ce soir de printemps, ne pût dormir, pour que tout, et même les grenouilles furieuses, jouît de chaque minute et la chérît, car la vie n’est donnée qu’une fois. Le croissant de la lune brillait dans le ciel et il y avait beaucoup d’étoiles. ”
“ Un peu après neuf heures Michel Avériânytch quitte son ami. Mettant sa pelisse dans l’antichambre, il dit en soupirant : – Tout de même, dans quel sale trou nous a placés le destin !... Le plus triste est qu’il faudra y finir nos jours... Hélas ! VII Ayant accompagné son ami, André Efîmytch se rassied à sa table et recommence à lire. Aucun bruit ne trouble la paix du soir et le silence de la nuit. Il semble que le temps s’arrête et se fige, comme le docteur sur son livre, et qu’en dehors de ce livre et de la lampe à abat-jour vert, il n’existe plus rien. ”
“ Après avoir examiné l’hôpital, André Efîmytch conclut que c’était un établissement scandaleux, et dangereux au plus haut point pour la santé des habitants de la ville. À son avis, ce qu’il y avait de mieux à faire était de licencier tous les malades et de fermer l’hôpital. Mais il réfléchit que, pour cela, une seule volonté ne suffisait pas et que ce serait d’ailleurs inutile. Si l’on parvient à chasser d’un endroit la saleté physique et morale, elle se réfugie ailleurs. Il faut attendre qu’elle disparaisse d’elle-même. ”
“ Plus un organisme est simple, moins il sent et moins il réagit. Plus il est élevé, plus il est impressionnable, et plus il réagit avec énergie et effet. Qui ne sait cela ? Il est docteur et ignore ces choses élémentaires ! Pour mépriser la souffrance, être toujours content de son sort et ne s’étonner de rien, il faut en arriver à cet état-là, – et Ivan Dmîtritch montra l’informe moujik, noyé dans la graisse, – ou alors il faut se tremper dans la souffrance jusqu’à y perdre toute sensibilité : ce qui revient à cesser de vivre. ”
“ Je crois, maman, que tout le mal vient de ce que les gens ont peu de conscience... Je vois tout au fond, et je comprends. Si un homme a une chemise volée, je le vois. Un homme est assis au traktir et il vous semble qu’il boit du thé et rien de plus, et moi, en dehors du thé, je vois qu’il n’a pas la conscience tranquille. ”
“ Comme on est seule la nuit dans la campagne au milieu de tous ces cris de joie, quand on ne peut pas se réjouir, lorsque la lune vous regarde, toute seule aussi dans le ciel et à qui il est indifférent que ce soit le printemps ou l’hiver et que les gens soient vivants ou morts... Il est pénible, quand on a eu du malheur, de n’avoir personne autour de soi ; ah ! si elle avait auprès d’elle sa mère Prascôvia, ou Béquille, ou la cuisinière, ou quelque moujik !... ”
“ Ivan Dmîtritch frissonnait à tout heurt à la porte, à tout coup de sonnette, et languissait dès qu’il apercevait un inconnu chez sa propriétaire. Quand il rencontrait des policiers ou des gendarmes, il se mettait à sourire et à siffler pour paraître calme d’esprit. Craignant d’être arrêté, il ne dormait pas les nuits d’un somme, mais il faisait semblant de dormir bien fort, de ronfler et de soupirer, pour que sa logeuse crût qu’il dormait. C’est que, s’il ne dort pas, on pensera que ce sont les remords qui l’agitent : quelle preuve éclatante ! ”
“ Et si l’on met la fin de la médecine à adoucir la souffrance par des remèdes, la question suivante se pose aussitôt malgré vous : pourquoi adoucir la souffrance ? On dit que la souffrance conduit l’homme à la perfection. Si l’humanité se met à adoucir ses souffrances par des pilules et des gouttes, elle rejette par là toute religion et toute philosophie dans lesquelles on a trouvé jusqu’à présent non seulement un refuge contre tous les maux, mais même le bonheur. ”
“ Tsyboûkine la regardait avec joie ; ses yeux brillaient et il regrettait que ce ne fût pas son fils aîné qui l’eût épousée, au lieu du plus jeune, le sourd, qui, visiblement, s’entendait peu en beauté féminine. Le vieillard avait toujours été enclin à la vie de famille et il aimait sa famille plus que tout au monde, son fils aîné le policier surtout, et sa belle-fille. Akssînia, à peine mariée, avait montré une activité extraordinaire et avait su tout de suite à qui on pouvait faire crédit et à qui il ne le fallait pas. ”
“ Je te forcerai à jouer, tricheur ! criait le capitaine, brandissant la queue de billard furieusement, et s’essuyant le front. Je t’apprendrai, simple brute, à jouer avec les honnêtes gens ! – Regarde un peu, sotte ! murmura Merkoûlov, poussant sa femme du coude et riant. On voit tout de suite quelqu’un de noble ! Qu’un marchand fasse faire un habit pour sa sale tête de moujik, il le portera dix ans sans l’user ; et celui-ci a déjà éreinté son uniforme. Il n’y a qu’à en faire un autre ! ”
“ André Efîmytch comprit tout. Il se rendit sans rien dire au lit que lui montrait Nikîta et s’assit. Puis voyant que Nikîta, debout, attendait, il se déshabilla en entier et eut honte d’être nu devant lui. Ensuite il revêtit les effets de l’hôpital. Le caleçon était trop court, la chemise trop longue, et la capote sentait le poisson fumé. – Vous guérirez, grâce à Dieu ! répéta Nikîta. ”
Termes fréquents
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