Charles de Moüy

Résumé

Charles de Moüy Revue des Deux Mondes

Les princes se séparèrent plus irrités que jamais l’un contre l’autre : le roi sentait avec dépit l’inutilité de son langage et de ses avances en face d’un parti pris évident ; Philippe était mécontent de n’avoir point osé parler en maître à un personnage dont la dignité fière et douce s’imposait à son audace.
Cette entrevue, si brève qu’elle eût été, n’en eut pas moins des conséquences décisives. Le déploiement des forces militaires de l’archiduc, son impénétrable obstination, le concours des Grands autour de lui, laissèrent Ferdinand rempli de crainte et découragé.
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Ferdinand n’était ni d’un âge, ni d’un caractère à tenter une entreprise qui eût amené peut-être la guerre générale et assurément ruiné l’Espagne : à soixante ans, il ne pouvait plus risquer les campagnes indécises, les longs sièges, les embuscades dans la Sierra : quelque rude que fût l’abandon de la Castille, soit qu’il eût redouté un désastre pour lui-même ou pour les peuples, soit qu’il eût considéré comme inévitablement transitoire le triomphe de l’archiduc, il recula devant une solution belliqueuse et préféra se montrer magnanime et désintéressé.
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En somme, qu’on vît en lui le paladin, l’homme d’Etat ou du monde, il était fort à la mode dans les salons et il jouait dans l’assemblée l’un des premiers rôles. Il manœuvrait partout avec autant d’énergie que d’élégance et d’apparente liberté d’esprit. Et il y avait bien quelque mérite, en ce moment, où il couvait ses ambitions en Bosnie-Herzégovine, et où il combinait en secret avec le prince de Bismarck cette triple alliance, œuvre inconsciente du Congrès et destinée à devenir le facteur capital de la diplomatie européenne.
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