Eugène Baret

Résumé

Eugène Baret Revue des Deux Mondes

Le conseil d’état auquel le père Nithard était fort assidu, avait ouvert la délibération sur la question du commandement des troupes destinées à renforcer l’armée de Flandre, dans la guerre que nous appelons des Droits de la reine (1667) : « Je pense, opina don Juan, que l’on doit envoyer le père Nithard ; c’est un saint homme à qui le ciel ne refusera rien. Le poste où nous le voyons est déjà une preuve des miracles qu’il sait faire. » Le confesseur lui répliqua d’un air chagrin qu’il était d’une profession à devoir tout espérer de la miséricorde de Dieu, mais non pas d’être général d’armée.
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Telle fut la brillante et tragique destinée d’un homme qui, avec plus d’audace que de génie, plus de courage que de pruderice, osa saisir le pouvoir en un temps de minorité et entreprit de relever la monarchie espagnole de sa profonde décadence. Gentilhomme de petite naissance, n’ayant d’autre appui que l’amour ou le caprice d’une reine sans grand caractère, il osa, bravant de redoutables inimitiés, affronter, souvent humilier, l’altière et puissante aristocratie que l’histoire de l’Espagne montre constamment rebelle à l’autorité des favoris de ses rois.
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On se demande avec curiosité quelle fut, dans cette révolution de palais, l’attitude du favori. N’ayant pas su ou pu la prévenir, il était condamné à la subir. On l’a accusé d’avoir manqué de résolution. C’est oublier, ce semble, que Valenzuela n’était rien que par le crédit de la reine. Par le fait de se séparer volontairement de sa mère, par le fait surtout d’appeler don Juan, Charles II déclarait ramener à lui le pouvoir qu’il avait délégué jusqu’alors et laissait le favori retomber dans son néant.
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