Eugène Manuel

Eugène Manuel

Résumé

Portrait de Eugène Manuel Eugène Manuel Pendant la guerre : poésies... (1872)

La plaine n'était plus qu'une paille hachée Où le sang abreuvait la terre desséchée.
J'avais vu près de moi rouler de chers amis ; Mais j'avançais toujours : je me l'étais promis.
Nous franchissions vergers, ruisseaux, ravins, collines, Hameaux, où le canon n'a laissé que ruines ; J'avais chaud, j'avais soif, et j'étais affamé.
Sur mon cœur j'avais mis un portrait bien-aimé, Ma mère,—un talisman sacré pour qui s'expose: Quand d'un vieux bâtiment, dont la porte était close, Un poste d'habits verts fit feu subitement ; Et, sans pousser un cri, je tombai lourdement.
Elle lui prend la main.
Source : Gallica

Portrait de Eugène Manuel Eugène Manuel Pendant la guerre : poésies... (1872)

Je viens du Nord, je viens de l'ombre, Le cœur plein d'une ardente foi!
Je n'ai qu'un seul nom : « Délivrance! »
Ce deuil est. celui de la France, Et je viens pleurer avec toi !
Car la Lorraine et la Champagne Traînent un boulet, comme au bagne; Car l'étranger que je nourris Triomphe encore de nos haines, Quand on devrait briser les chaînes Qui pendent à mes pieds meurtris!
Toi qui n'as pas vu la bataille, Ni l'ennemi qui coupe et taille, A pleine étoffe, notre chair, Tu ne peux pas sonder le gouffre ; Tu ne sais pas comme l'on souffre Quand l'air qu'il respire est notre air!
Source : Gallica

Portrait de Eugène Manuel Eugène Manuel Pendant la guerre : poésies... (1872)

Va, tu fais bien d'être endormi : C'était l'heure où la faim désarmait nos murailles Et nous courbait sous l'ennemi!
Paris était venu, près de ta fiancée, Au grave et sombre rendez-vous : Chaque regard cachait une morne pensée, Faite de honte et de courroux.
Tous, les jeunes, les vieux, dans la foi, dans le doute, Nous méditions, le cœur navré; Et le De profundis qui montait vers la voûte Jamais n'avait ainsi pleuré ; Car, en couvant des yeux cette bière drapée, Nous conduisions un autre deuil : La patrie avec toi, du même coup frappée, Dormait aussi dans ton cercueil !
25 janvier.
Source : Gallica

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