Eugène Manuel,
Pendant la guerre : poésies...
(1872)
“ La plaine n'était plus qu'une paille hachée Où le sang abreuvait la terre desséchée. J'avais vu près de moi rouler de chers amis ; Mais j'avançais toujours : je me l'étais promis. Nous franchissions vergers, ruisseaux, ravins, collines, Hameaux, où le canon n'a laissé que ruines ; J'avais chaud, j'avais soif, et j'étais affamé. Sur mon cœur j'avais mis un portrait bien-aimé, Ma mère,—un talisman sacré pour qui s'expose: Quand d'un vieux bâtiment, dont la porte était close, Un poste d'habits verts fit feu subitement ; Et, sans pousser un cri, je tombai lourdement. Elle lui prend la main. ”
