Jules Renard,
Le retour d'un amnistié : notes et impressions d'un passager du Calvados
(1879)
“ La nuit, pendant que le vent siffle dans les cordages, les vergues, les mâts ; que l'énorme charpente crie ; que les nuages errent pêle-mêle clans les cieux, que les flots se soulèvent, se heurtent, se brisent, on voit, çà et là, sur le pont, à la pâle clarté de la lune, des taches noires, informes, indécises. Ces taches sont des matelots endormis. La mer, rude nourrice, les berce, et, de son souffle pur et vivifiant, caresse leur joue hâlée. A chaque jour suffit sa peine : reposez en paix, amis ! ”
