“ Mais admettons que les députés qui n’ont encore pris part à aucun scrutin arrivent tant du côté du ministère que du côté de l’opposition, la majorité de l’opposition augmentera d’une manière sensible, et il restera à peine quelques voix au ministère. Comment peut-il fonder tant d’espérances sur une majorité aussi faible, aussi incertaine, aussi accidentelle ; sur une majorité qui en est encore à craindre un échec chaque fois que la diligence vient de l’est ou de l’ouest, chaque fois qu’un nouveau député se présente au scrutin ? ”
Citations de Revue des Deux Mondes (Lag…)
“ Mais nous ne le croyons pas tellement engagé dans le parti auquel il appartient aujourd’hui, qu’il ne puisse s’en affranchir peu à peu, et se préparer en dehors de la doctrine un avenir plus durable. M. de Rémusat, sur lequel M. Guizot a fondé de grandes espérances, est un homme d’une intelligence fine et déliée, d’un esprit séduisant et éclairé. Homme du monde plutôt qu’homme politique, c’est par la conversation qu’il a commencé à se faire remarquer, c’est par le salon qu’il est arrivé au sous-secrétariat. ”
“ Tous les hommes du centre gauche l’appuieront dans un tel effort avec fermeté, avec persévérance, et il remplira une belle et honorable mission, en prêtant l’appui de son nom, de ses facultés, de son éloquence, à un parti qui représente la vitalité et l’avenir du pays. Résumons maintenant par des chiffres l’état réel des forces du ministère et celles de l’opposition. Si de ce tableau il résulte que le ministère a la majorité, c’est une majorité si faible, que le moindre souffle peut l’ébranler. ”
“ Ils passent leur matinée à recevoir des visites de province, à écrire dans leur petite ville des lettres pleines d’affection à tout le monde, et leur soirée à s’en aller de ministère en ministère. Ces pauvres députés sont bien à plaindre. Ils ont un rôle extrêmement pénible et embarrassé, d’autant plus qu’il y a toujours de par le monde de méchantes gens pour interpréter faussement toutes leurs démarches, et trahir leurs plus belles combinaisons. Leur vie est une vie d’angoisses perpétuelles. ”
“ Plusieurs fois ce souvenir du passé s’est réveillé en lui ; plusieurs fois les hommes qui le connaissent et qui l’observent, ont surpris dans ses actes, dans ses paroles, je ne sais quel mouvement d’impatience, comme s’il eût voulu secouer la chaîne dorée qui le lie à la doctrine, et reprendre son essor par une autre voie. D’ailleurs, M. Duchâtel, à qui sa jeunesse, ses connaissances spéciales assuraient une position, doit comprendre aujourd’hui qu’il s’est trop hâté de demander un vote à la chambre, un portefeuille à la fortune. ”
“ Toute cette fraction du centre gauche se forma peu à peu. Elle absorba bientôt le tiers-parti de l’ancienne législature ; elle rallia un grand nombre de députés de la gauche modérée et des autres côtés de la chambre. Et tous ceux qu’elle avait ainsi ralliés, elle les disciplina, elle les assujétit à une même pensée, à un même but. Elle fait chaque jour de nouvelles conquêtes ; elle s’appuie au dehors sur la grande majorité du corps électoral et sur toute la jeunesse éclairée. La plupart des députés du centre gauche se distinguent par leurs connaissances spéciales. ”
“ Les électeurs n’ont pas assez de confiance en eux, et le ministère ne les croit pas assez dévoués. Répudiés à la fois par les deux partis auxquels ils se sont tour à tour attachés, ils en sont réduits à remettre dans le tiroir leur médaille de député. Enfin, il en est d’autres dans cette fraction qui sacrifient l’intérêt général à l’intérêt de localité. Ceux-là ne voient au monde que leur département et le coin de rue où ils sont nés. Ils arrivent quelquefois avec des velléités d’opposition ; mais l’idée de satisfaire au vœu de leurs concitoyens les subjugue. ”
“ Il y a là 119 députés. Les uns faisaient partie du centre gauche de la restauration. Ils ont suivi toute leur vie cette ligne d’opposition mesurée, de libéralisme progressif dans laquelle ils marchent encore aujourd’hui. Les autres sont des hommes désabusés de la doctrine, qui, après avoir agi de concert avec elle sous le poids des circonstances, pensent qu’il est temps de l’abandonner dans ses points de vue trop restreints, dans ses timides préoccupations, et de se rallier à des idées plus larges, mieux assorties à nos véritables intérêts. ”
“ La troisième section se compose de M. Mauguin, qui a planté son drapeau au Journal du Commerce. Il forme à lui seul tout son parti. Il discute, il agit, il vote sans se rallier à personne, et sans rallier personne à lui. Il court d’une question à l’autre, du tableau de l’administration intérieure à la politique extérieure, trouvant partout des points de contradiction, et aiguisant avec habileté l’épigramme et l’argument. ”
“ Dans la dernière session, M. Odilon Barrot, sans abdiquer aucun de ses principes, s’est tenu à l’écart et n’a pas pris la parole aussi souvent qu’il eût pu le faire. Si dans la session qui vient de s’ouvrir, il cède au vœu de ses amis, il jouera un grand rôle, car c’est un de ces hommes qui se fortifient sans cesse par l’étude. Il jouit d’une considération méritée, il a sur la chambre un ascendant réel, et il est soutenu par un parti capable de le bien seconder. Nous arrivons maintenant à la section de la chambre la plus puissante, la plus nombreuse, à celle du centre gauche. ”
“ Ces nouveaux députés prirent cette place, et en s’affranchissant également des vagues frayeurs de la doctrine et des ardeurs démocratiques de l’extrême gauche, ils constituèrent le parti vraiment national, le parti destiné à défendre ce qu’il y a de plus durable et de plus vivace dans la pensée d’un grand peuple. ”
“ Dans leur état perpétuel d’anxiété, le pavillon doctrinaire lui-même est encore pour eux trop large et trop mal fermé ; on y entend le bruit de la rue et le mouvement de la foule. Ce sont eux qui souvent entraînent les doctrinaires, car pour certaines natures d’esprit la peur est contagieuse. Un jour ces hommes absorberont la camarilla de M. Guizot ; un jour les doctrinaires, auxquels ils ont d’abord demandé asile, viendront leur en demander un et se retrancheront avec eux dans le même système de défiance perpétuelle, dans la même frayeur. Il n’y a dans cette fraction aucun orateur. ”
“ En voyant le peu d’influence réelle que M. de Fitz-James a acquis jusqu’à présent, il nous semble qu’il doit regretter parfois d’avoir quitté, à la chambre des pairs, une position où il eût pu exercer un véritable ascendant, pour venir se mettre ici à la tête d’une faible fraction. M. Berryer est l’un des orateurs les plus accomplis que nous ayons jamais eus. Il fera époque dans les annales de la chambre. À cette facilité d’élocution, à cette éloquence vive et brillante que nous lui connaissons, M. Berryer joint une aptitude rare à saisir d’un coup d’œil toutes les questions. ”
“ C’est celle des députés flottans. Là se trouvent encore des hommes que leur penchant entraîne vers le ministère ; mais ils ne votent pas toujours systématiquement. Ils discutent parfois, ils examinent. Les uns sont des hommes de détail et d’administration qui aiment à étudier les nouvelles lois que l’on propose, à scruter les comptes qu’on leur présente. Ceux-là n’applaudissent pas éternellement à toutes les mesures du ministère. Ils n’apportent pas dans chaque circonstance une conviction d’avance toute faite. ”
“ Il vit dans un état perpétuel d’excentricité où nul de ses collègues ne peut l’accompagner. Il a d’ailleurs une sorte de mission spéciale que personne ne peut partager avec lui. Il défend les intérêts coloniaux comme on ne les défend plus de nos jours. Ainsi le seul point décidé qu’il présente à la chambre, est celui où la chambre ne veut pas le suivre. C’est du reste un homme du monde aimable, un esprit adroit, un orateur distingué. ”
“ On ne déplace pas un percepteur dans leur localité, on ne suspend pas un maire de village de ses fonctions, sans qu’ils en soient responsables. Il n’y a pas dans tout Paris une sonnette plus fatiguée que la leur, et pas une porte plus assiégée par la sollicitation. S’ils réussissent à obtenir ce qu’ils demandent, c’est bien ; leurs chances de réélection se fortifient. Mais s’ils échouent, bon Dieu ! que de plaintes ! que d’orages ! Ils ont cependant les meilleures intentions. Qu’on les laisse seulement députés, c’est tout ce qu’ils demandent. ”
“ Ils votent toute l’année fidèlement comme on leur a dit, et s’en retournent avec orgueil visiter leur chemin, contempler leur tableau, admirer leur fontaine. Je ne parle pas de ceux qui se laissent diriger par des motifs moins louables, et qui font de leur mandat de député une mission de népotisme. Ceux-là ont toujours été ; ils seront de tout temps. Cette section des députés flottans compte 50 membres. Dans les circonstances graves, plusieurs d’entre eux ont voté avec le ministère ; plusieurs que nous pourrions nommer commencent à tourner vers le centre gauche. ”
“ En face de la session qui commence, nous ne répéterons point ce que l’on dit chaque année en pareille circonstance, que les affaires se compliquent, que les embarras redoublent. Nous croyons, au contraire, une chose : c’est que la question gouvernementale s’éclaircit chaque jour davantage, c’est que des hommes effrayés d’abord, et peut-être à juste titre, de tout ce qui se passait parmi nous, en reviennent, maintenant qu’ils sont rassurés, à des idées plus larges, à des combinaisons plus hardies. ”
“ Dans un tel état de choses, il est essentiel d’étudier la composition de la chambre, d’apprendre à la connaître, non point dans de vagues généralités, mais dans ses nuances, dans l’idée dominante qui anime chacun de ses partis, dans les ressorts souvent mystérieux qui les font mouvoir. ”
“ Mais si vous vous abandonnez à lui, vous ne savez où il vous mènera. Il est comme ces soldats hardis, mais indisciplinés, qui, dédaignant de combattre avec le corps auquel ils appartiennent, se jettent en avant et font feu de tous côtés. ”
“ Si on leur accorde un chemin vicinal, ils commencent à être ébranlés ; si un tableau à leur église, ils vantent l’intelligence des ministres ; si une fontaine dans leur ville natale, les voilà vaincus. ”
“ C’est que, l’orage étant passé, il importe d’étendre nos regards autour de nous, afin de savoir si, tout étant paisible ici, tout est honorable plus loin ; si la France ayant conquis dans l’enceinte de ses frontières la sécurité dont elle avait besoin pour ses intérêts matériels, a soutenu au dehors la dignité qu’elle doit avoir, l’ascendant qu’elle doit prendre. ”
“ La grande question du moment est là, et voilà ce qui pose l’un en face de l’autre deux hommes forts et intelligens, qui ont quelque temps marché de concert, qui ont soutenu ensemble les jours de lutte, et qui se sont divisés après le succès, l’un restant sous le poids des mêmes préoccupations, tournant invariablement dans le même cercle ”
“ Il y a parmi ces députés des esprits éclairés, des noms fort honorables, et des hommes à qui il ne manque qu’un peu plus de hardiesse pour prendre, dans un des partis plus avancés de la chambre, une place distinguée. ”
“ Ils étaient déjà ministériels par conviction, ils sont devenus courtisans par circonstance. Il y a dans cette seconde section des hommes qui jouissent d’une certaine influence, soit par leur caractère, soit par leur position. Ils ne sont guère moins dévoués que ceux de la première ; mais il leur est permis d’agir avec plus de hardiesse. ”
“ Mais ils possèdent une fortune de 80 à 100 mille livres de rente, et comment voulez-vous qu’on n’ait pas un profond respect pour un homme qui a 100 mille livres de rente ? Tous, comme les doctrinaires purs, ont été groupés autour du chef de file par des relations de cité ou de famille. L’un a été maire de la ville de Nîmes, et celui-là M. Guizot le revendique de droit. Un autre est le frère de M. Duchâtel qui est ministre, et il ne saurait en conscience manquer aux devoirs que lui impose la fraternité. Celui-ci a des obligations à l’un des treize grands doctrinaires ”
“ Quelques-uns pensent qu’on pourrait fort bien régir les affaires constitutionnellement, sans discuter attendu que la discussion produit toujours un certain ébranlement dans l’équilibre des idées, ce qui est parfois fort désagréable. ”
“ Ils aiment le repos, l’ordre, le silence, leur petite place à la chambre, leur fauteuil chez eux. Ils trouvent que vouloir toujours analyser la conduite des ministres est chose fort inutile, que vouloir les arrêter dans leurs projets est chose éminemment dangereuse. ”
“ Chacun se demande quel rôle il jouera dans la session actuelle. Tout ce qu’on peut dire, c’est que ce sera certainement un rôle important. La position de M. Thiers à la chambre nous paraît bien déterminée. M. Thiers est appelé à se mettre à la tête du centre gauche. C’est là qu’il pourra combattre le système étroit des doctrinaires, et développer ses idées sur la politique extérieure ”
“ Du reste, il y a dans cette section, comme dans la précédente, des hommes qui agissent par peur et cèdent par entraînement ; puis des fournisseurs, qui ne peuvent trahir le pouvoir, dont ils attendent chaque trimestre un mandat de paiement ”
“ Il représente le parti des légitimistes ralliés à la tribune et dans le Journal des Débats. Ses articles de journaux, son éloquence parlementaire, trahissent toujours par quelque côté l’auteur de Don Alonzo. ”
“ Les sous-doctrinaires sont au nombre de 21 : MM. Anisson-Duperron, Boigues, Chastellier, Daunant, B. Delessert, Fr. Delessert, Nap. Duchâtel, Duchesne, de l’Espée, Jay, Lareveillère, Le Prévost, Lemercier, Magnoncourt, Molin, Muret de Bord, Pavée de Vandœuvre, Alph. Périer, Cam. Périer, J. Périer, Wustenberg. Parmi ces 21 députés, il n’y a pas un homme vraiment remarquable par son talent. Mais plusieurs ont, par leur position, une assez grande influence dans leur département ; plusieurs jouissent d’une fortune considérable, ce qui a toujours été pour la doctrine une excellente recommandation. ”
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