“ Peu de femmes ont reçu avec cette largesse l’instinct délicat de la vie et des manières du monde, cet art qui se devine et ne s’enseigne pas. Introduite dès sa première jeunesse dans une cour où se heurtaient les façons les plus disparates, l’élégance enjouée, simple, aisée et raffinée pourtant du véritable ancien régime, les airs de parvenus, la morgue hautaine et parfois burlesque du nouveau, Mme Duchâtel s’était approprié les traditions anciennes, non sans les rajeunir d’une sorte de grâce et d’affabilité qui lui était particulière. ”
Pierre Duchâtel
Définition et enjeux
Citations sur “Pierre Duchâtel”
Baptiste Capefigue, La Présidence du Conseil de M. Guizot et la majorité de 1847… (1847)
“ Je n'accuse personne, mais j'affirme que nul ne peut se dire ni plus probe, ni plus honnête que MM. Guizot et Duchâtel ; l'un dont la vie austère n'a pas de besoins, l'autre que sa grande fortune met au-dessus du besoin. ”
P.-Henri Lauwereyns de Diépenhède, Essai sur la narration, le discours et la lettre… (1850)
“ Ce discours est le développement de ce syllogisme : Un homme d'État, qui dans son poste nuit plus qu'il ne sert, doit se retirer; Or, Duchatel dans son poste nuit plus qu'il ne sert ; Donc Duchatel doit se retirer. La première proposition, qui est générale, n'est pas difficile à admettre ; mais la deuxième, qui est particulière à Duchatel, a besoin d'être démontrée. Or, elle se fonde sur des faits positifs, sur le succès des Anglais, sur les factions intestines qui déchirent la France, sur la demande que fait le duc de Bretagne de l'exil de Duchatel, enfin sur la vieillesse de Duchatel. ”
Ludovic Vitet,
Discours prononcés aux funérailles du comte Duchâtel…
(1868)
“ La consolidation de cette œuvre imposait d'incessants efforts, mais on acceptait ces rudes labeurs comme les conditions mêmes d'un gouvernement libre. On savait que par ces efforts et par ces labeurs s'épurait la vie publique ; on se sentait grandir soi-même par ce travail de chaque jour ; on aimait d'ailleurs son pays et on le servait avec toutes les forces de son âme. C'est ainsi que, parmi les plus illustres, M. Duchâtel l'a servi. Mais une surprise révolutionnaire vint tout à coup briser la monarchie constitutionnelle et l'avenir de son fidèle ministre. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Un seul homme. Sans reproduire ici un parallèle toujours présent aux esprits, M. Guizot a porté le poids des débats, et quels débats, grand Dieu ! avec une puissance qui a ramené ses adversaires au respect. Il a toujours occupé la tribune avec une imposante autorité, plusieurs fois avec un admirable ascendant. La plus haute rectitude d’esprit et la fermeté d’un véritable homme d’état caractérisent l’éloquence de M. Duchâtel, dont l’influence sur les esprits pratiques augmente tous les jours. M. Dumon et M. Hébert ont partagé avec talent, avec énergie, la défense de la politique du cabinet. ”
Daniel Stern, Histoire de la Révolution de 1848
“ Fatigué d’une lutte ingrate contre la probité publique, pressé de jouir, loin du tracas des affaires, d’une fortune considérable, M. Duchâtel, depuis quelque temps, sollicitait le roi d’agréer sa démission ; et, retenu à contre-cœur par des instances qui ressemblaient à des ordres, s’il inclinait de plus en plus vers une résistance opiniâtre, c’était autant par impatience d’humeur que par conviction d’esprit. M. Guizot, au contraire, ne pouvait souffrir la pensée de quitter le pouvoir. Son ambition tenace [1] s’irritait, au lieu de se lasser, dans la lutte. ”
Adolphe Bitard,
Dictionnaire de biographie contemporaine française et étrangère
(1887)
“ De nouveau conseiller géneral du Puy-de-Dôme depuis 1871, M. Duchasseint fut élu député do l'arrondissement de Thiers le 20 février 1876, et prit place dans les rangs de la gauche. Réélu le 14 octobre 1877 et le 21 août 1881, il figurait aux élections d'octobre 1885 sur la liste républicaine du Puy-de-Dôme et fut élu au scrutin du 18. Il a voté lexpulsion totale des princes. DUCHATEL (comte) , CHARLES JACQUES MARIE, diplom de et homme politique français, né à Paris le 19 octobre 1838, est fils de l'ancien ministre de Louis-Philippe. Il fit ses études à Paris et se fit recevoir avocat. ”
E. Caro, Un Moraliste inédit, M. Doudan
“ Tout était tempéré dans sa personne. Cependant la discussion, qu’il ne fuyait pas, sans la provoquer jamais, sinon comme une joute entre de purs esprits, venait-elle à l’animer, la transformation était soudaine, et sa verve était incomparable. Combien de fois ne l’ai-je pas vu croiser le fer sans désavantage, en politique, avec M. Guizot et M. Duchatel, en philosophie avec M. Cousin ou M. de Rémusat, en littérature avec M. Villemain ou M. Saint-Marc Girardin ! ”
Henriette de Witt,
Monsieur Guizot dans sa famille et avec ses amis…
(1880)
“ Je ne sais pas si je suis bien aise de vous savoir au Pied-du-Terne au lieu de Dieppe, ni si la tristesse de l'attente n'est pas plus pénible encore que celle du spectacle. Il y a longtemps que je suis touché de votre amitié fraternelle pour Duchâtel. Votre chagrin est et sera grand. Vous en avez connu un plus grand. J'ai vu mourir, comme vous, ce que j'aimais le mieux au monde. ”
Louis L'Herminier, Les Dernières opinions de M. Guizot… (1842)
“ M. Guizot était tiraillé, combattu par une coalition d'intérêts, d'ambition, de susceptibilités parlementaires, tout aussi puissantes aux extrémités de la chambre, dans l'opposition, que dans le centre même du parti conservateur. M. Duchâtel, collègue de M. Guizot, le ministre; après lui le plus influent dans le conseil, M. Duchâtel, simple ministre de l'intérieur, achevait de troubler la haute intelligence de M. Guizot, et se laissait prôner et porter comme le chef réel du parti conservateur dans la chambre. ”
Camille Cardonne, Le Roi, la Chambre, le Ministère… (1839)
“ M. Duchâtel publia, sur ces matières, quelques écrits et des articles dans le Globe, communément pensés et d'un style fort lourd. La Révolution de Juillet le prit comme par la main, et, grâce à la - 76 — protection de M. Guizot, elle le conduisit à la députation, et ensuite au ministère. Quelques semaines après son entrée dans la Chambre, l'influence des doctrinaires lui faisait donner un portefeuille. Plus tard, il a fait un mariage de plusieurs millions. Il ne manque pas de mérite dans les parties qu'il a étudiées ”
Fernand de Prayols, Silhouettes saintongeaises. Nos hommes politiques… (1885)
“ N'importe. Le parti libéral, lui aussi, avait atteint son but. Il avait affirmé son existence en luttant, et ses efforts avaient produit dans le pays un effet moral considérable. Ce n'était pas d'ailleurs la première fois que M. Duchâtel était victime des manœuvres administratives du régime impérial. Déjà, au mois de juillet 1867, à l'occasion de sa candidature indépendante au Conseil général, pour le canton de Mirambeau, les agents du pouvoir n'avaient reculé devant aucun moyen pour fausser et faire mentir le suffrage universel. ”
Daniel Stern, Histoire de la Révolution de 1848 (1869)
“ LouisPhilippe s'assombrit à cette pensée. Sa volonté s'affaissa. Il n'opposa plus qu'une résistance molle aux influences contradictoires et aux inspirations confuses qui se disputèrent les derniers actes de son règne. M. Duchâtel était dans le cabinet du roi quand y arrivèrent les premières nouvelles de la défection des légions. Comme il essayait d'atténuer la gravité de ces rapports, probablement exagérés, disait-il, la reine entra. Émue, agitée, elle s'exprima avec une vivacité qui ne lui était pas habituelle sur l'impopularité de M. Guizot. ”
“ Mais ils possèdent une fortune de 80 à 100 mille livres de rente, et comment voulez-vous qu’on n’ait pas un profond respect pour un homme qui a 100 mille livres de rente ? Tous, comme les doctrinaires purs, ont été groupés autour du chef de file par des relations de cité ou de famille. L’un a été maire de la ville de Nîmes, et celui-là M. Guizot le revendique de droit. Un autre est le frère de M. Duchâtel qui est ministre, et il ne saurait en conscience manquer aux devoirs que lui impose la fraternité. Celui-ci a des obligations à l’un des treize grands doctrinaires ”
Auguste Nougarède de Fayet, La Vérité sur la révolution de février 1848… (1850)
“ Il envoya donc un de ses aides de camp chercher le maréchal, et en même temps, afin de contre-signer la double ordonnance qui lui donnait le commandement de la garde nationale et des troupes et afin d'avoir leur conseil, il fit mander MM. Guizot et Duchâtel. Plusieurs fois, dans le cours de la soirée, il s'était plaint de ne pas les voir, et en particulier de ne recevoir de M. Duchâtel aucune — 171 — nouvelle, aucun rapport quelconque sur l'état de Paris. ”
Eugène Fournière,
Histoire socialiste de la France contemporaine
“ Et invoquant « l’équité naturelle », il s’écria : « Je vois de vieux employés qui ont travaillé toute leur vie, sacrifiés à l’ambition d’un député défectionnaire. » Le comte Duchatel défendit les députés-fonctionnaires. Et au vote, les députés-fonctionnaires défendirent le ministère et les fonctions qu’ils tenaient de lui. Leur cause était tellement gagnée d’avance, dans une majorité où ils étaient en majorité, que Guizot ne s’était pas même donné la peine de monter à la tribune. ”
Fernand de Prayols, Silhouettes saintongeaises. Nos hommes politiques… (1885)
“ M. DUCHÂTEL C'est en étudiant les hommes qu'on peut se faire une idée exacte des choses et connaître tout à fait non seulement le personnel, mais le mouvement d'une époque. Malgré dix-huit ans d'absolutisme napoléonien, le réveil de l'esprit public était à peu près général en France, en 1869. Il se manifesta, cette année, d'une façon éclatante, dans le département de la Charente-Inférieure, par le fait de la candidature libérale de M. Duchâtel, posée hardiment en face de celle du candidat du « gouvernement de l'Empereur », dans la circonscription de Jonzac. ”
Gustave d’Alaux, Revue des Deux Mondes
“ La révolution n’a pas d’appréciateur plus impartial, sinon plus infaillible. Est-ce affectation chez lui ? Je préférerais y voir la tendance instinctive d’un esprit généralisateur qui sait froidement déduire la théorie du fait, quel que soit le fait. MM. Duchâtel et Dumon n’avaient pas la philosophie pratique de M. Guizot. Dans les premiers mois de leur séjour à Londres, l’un et l’autre supportaient l’exil avec une impatience égalé, tout en appréciant la situation à des points de vue différens. ”
François Guizot,
Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps…
“ A peu près tous enfin s'accordaient à penser et à dire qu'en ramenant la politique un moment altérée, le nouveau cabinet devait la présenter sous un nouvel aspect; M. Duchâtel m'écrivait le 23 août de La Rochelle, où il présidait le conseil général: «S'il survient une crise, vous devez user de votre liberté. Je ne puis vous écrire avec détail, mais mon avis est qu'il faut deux choses: 1° ne pas ressusciter le passé et faire du neuf; 2° se distinguer en tout de ce qu'on remplace.» ”
Auguste Nougarède de Fayet, La Vérité sur la révolution de février 1848… (1850)
“ M. Duchâtel s'en chargea; toutefois, par un motif ou par un autre, il ne donna aucun ordre à cet égard, et les arrestations ne furent pas effectuées. Toute la matinée, le roi avait reçu des rapports sur l'attitude de la garde nationale, et il avait lui-même entendu, dans la rue de Rivoli, les cris A bas Guizot! ”
Daniel Stern, Histoire de la Révolution de 1848
“ Au banc des ministres, M. Guizot, pâle, les traits contractés, paraît souffrir avec une égale irritation le concours inintelligent de ses amis et les attaques malhabiles de ses ennemis politiques. M. Duchâtel, soucieux, las, ennuyé, vient s’asseoir auprès de M. de Salvandy, dont la confiance superbe et le zèle retentissant ne semblent pas soupçonner un danger, même lointain. Près d’eux siégent M. Hébert, la menace à la bouche, le plus détesté des hommes de répression ”
Victor Hugo,
Revue des Deux Mondes
“ Le brave homme de libraire ne faillit pas à ce qu’on attendait de lui. Il offrit sa maison et cacha M. Guizot dix jours entiers. Au bout de ces dix jours, on loua les huit places d’un compartiment du chemin de fer du Nord. M. Guizot s’y transporta à la nuit tombante. Les sept personnes qui l’accompagnaient et qui se dévouaient à son évasion prirent place près de lui dans le compartiment. On gagna ainsi Lille, puis Ostende. De là, M. Guizot passa en Angleterre. L’évasion de M. Duchâtel fut plus compliquée. ”
“ Il est vrai qu’au moment suprême, craignant de se commettre vis-à-vis des économistes de profession et sentant sa propre incompétence, l’Académie ne se hasarda pas à décerner le prix. Ce fut donc le public qui devint juge du concours. Le travail de M. Duchâtel une fois publié reçut, malgré la nouveauté des idées qui s’y produisaient, l’accueil le plus empressé, et fut placé au rang qui lui appartenait. ”
Calmon-Maison, Revue des Deux Mondes
“ Le Duc de Nemours, dont les dispositions pour nous étaient les mêmes, n’a pas soufflé mot, et quant au Duc de Montpensier, il semble que, pour lui, la belle heure de notre départ ne soit pas assez tôt arrivée. Il faut en avertir M. Guizot, ajouta M. Duchâtel, allez-y, car je ne veux pas entrer dans la Chambre. Si j’y paraissais, je serais immédiatement assailli de questions. M. Hébert fut, en effet, prévenir M. Guizot qui parut fort surpris de la nouvelle apportée par M. Duchâtel et n’hésita pas à se rendre tout de suite chez le Roi. ”
Daniel Stern, Histoire de la Révolution de 1848
“ Jamais M. Guizot, qui présidait le conseil, et M. Duchâtel, qui, au ministère de l’intérieur, était plus spécialement chargé de mener à bien l’entreprise des élections, n’avaient remporté de victoire plus facile et plus complète ; jamais ils n’avaient rencontré dans les mœurs moins d’indépendance et de vertu politique. Le goût des places et l’émulation d’un zèle servile semblaient devenus les seuls mobiles d’activité dans ce pays légal auquel seul ils avaient affaire et qui leur cachait l’autre. ”
Epingles politiques. 1832-1844 (1880)
“ « Que le faubourg Saint-Germain, maintenant, nous » reproche de ne pas posséder toutes les mar» quises! » (*) Duchâtel (Charles-Jacques-Nicolas, comte) , né à Rouen, le 29 mai 1751, membre du conseil des Cinq-Cents (1793) , conseiller d'État et directeur des domaines impériaux (1808) . Créé comte, il siégea à la Chambre sous la Restauration (1827-1832) . Nommé pair de France l'année suivante, il mourut à Paris en 1845. 1843 Nous apprenons que Monsieur Guizot vient d'accepter la livrée anglaise, de la veste, il n'a plus qu'à passer la manche. ”
M. D. R., Campagne réformiste de 1847 (1848)
“ « Les citoyens ont le droit de se » réunir pour causer entre eux des affaires pu» bliques ; il est bon qu'ils le fassent, et jamais je » ne contesterai ce droit; jamais je n'essaiera} » d'atténuer les sentimens généreux qui poussent » les citoyens à se réunir, à se communiquer leurs » sympathiques opinions. » M. Guizot est aujourd'hui président du conseil ; aurait-il changé d'avis, ou M. Duchâtel serait-il réellement le chef du ministère? ”
Armand Marquiset, À travers ma vie
“ Le ministère Guizot-Duchâtel s’est plu à barboter perpétuellement dans la fange électorale et n’est sorti de là que couvert de confusion, de mépris et de boue. Il est fâcheux que deux hommes, aussi corrompus n’aient pas payé, au moins de l’exil, le mal qu’ils ont fait au pouvoir et à la France. — « Ne cherchez pas à m’émouvoir, disait l’Empereur à Joséphine, après lui avoir annoncé son projet de divorce, je vous aime toujours, mais la politique n’a pas de cœur, elle n’a que de la tête. » Les ministres de Louis-Philippe étaient sans cœur, mais, en revanche, ils n’avaient pas de tête. ”
Félix Ribeyre,
Biographie des représentants à l'Assemblée nationale…
(1871)
“ Candidat de l'opposition libérale aux élections générales de 1869, M. le comte Duchatel a réuni plus de 4,000 voix dans l'arrondissement de Jonzac. 11 a été élu par 71,000 suffrages aux élections de février dernier pour l'Assemblée nationale. Il s'est occupé de travaux littéraires jusqu'au jour où la chute de l'empire lui a permis d'aborder le terrain politique. Il a fait acte constant d'opposition sous le gouvernement déchu qui l'a toujours combattu avec ardeur et le traitait comme un irréconciliable adversaire. ”
Claude-Philibert Barthelot Rambuteau, Mémoires du comte de Rambuteau publiés par son petit-fils… (1905)
“ « C'est vrai, mais mon frère m'a fait revenir de « mes préventions en me prouvant qu'aucun de ses « ministres ne s'était montré si soumis à sa volonté, « si docile à s'en rapporter à ses lumières, à sa direc« tion pour les Affaires Etrangères ; que Guizot avait « été le premier, sinon le seul à le comprendre et « à lui apporter en tout sa compétence et son talent. « Vous-même ne m'avez-vous pas souvent dit que « Guizot vous défendait contre les ambitions de la « famille de Duchâtel ? » ”
