“ Peu de femmes ont reçu avec cette largesse l’instinct délicat de la vie et des manières du monde, cet art qui se devine et ne s’enseigne pas. Introduite dès sa première jeunesse dans une cour où se heurtaient les façons les plus disparates, l’élégance enjouée, simple, aisée et raffinée pourtant du véritable ancien régime, les airs de parvenus, la morgue hautaine et parfois burlesque du nouveau, Mme Duchâtel s’était approprié les traditions anciennes, non sans les rajeunir d’une sorte de grâce et d’affabilité qui lui était particulière. ”
Duchâtel
Définition et enjeux
Le terme Duchâtel désigne un personnage ou un concept qui a attiré l’attention de plusieurs auteurs, abordé sous des angles divers. L. Vitet met en valeur l’élégance raffinée de Mme Duchâtel, alors que P.-Henri Lauwereyns de Diépenhède le représente comme un homme politique en prise avec ses obligations.
Daniel Stern, pour sa part, le rattache à la tension politique de 1848, illustrant ses divergences avec Guizot. Ces perspectives, allant du portrait social à l’analyse historique, dévoilent une figure multiple, liée à la cour, à la Révolution et aux enjeux de son temps.
Citations sur “Duchâtel”
P.-Henri Lauwereyns de Diépenhède, Essai sur la narration, le discours et la lettre… (1850)
“ Ce discours est le développement de ce syllogisme : Un homme d'État, qui dans son poste nuit plus qu'il ne sert, doit se retirer; Or, Duchatel dans son poste nuit plus qu'il ne sert ; Donc Duchatel doit se retirer. La première proposition, qui est générale, n'est pas difficile à admettre ; mais la deuxième, qui est particulière à Duchatel, a besoin d'être démontrée. Or, elle se fonde sur des faits positifs, sur le succès des Anglais, sur les factions intestines qui déchirent la France, sur la demande que fait le duc de Bretagne de l'exil de Duchatel, enfin sur la vieillesse de Duchatel. ”
Henriette de Witt,
Monsieur Guizot dans sa famille et avec ses amis…
(1880)
“ Je ne sais pas si je suis bien aise de vous savoir au Pied-du-Terne au lieu de Dieppe, ni si la tristesse de l'attente n'est pas plus pénible encore que celle du spectacle. Il y a longtemps que je suis touché de votre amitié fraternelle pour Duchâtel. Votre chagrin est et sera grand. Vous en avez connu un plus grand. J'ai vu mourir, comme vous, ce que j'aimais le mieux au monde. ”
Daniel Stern, Histoire de la Révolution de 1848
“ Fatigué d’une lutte ingrate contre la probité publique, pressé de jouir, loin du tracas des affaires, d’une fortune considérable, M. Duchâtel, depuis quelque temps, sollicitait le roi d’agréer sa démission ; et, retenu à contre-cœur par des instances qui ressemblaient à des ordres, s’il inclinait de plus en plus vers une résistance opiniâtre, c’était autant par impatience d’humeur que par conviction d’esprit. M. Guizot, au contraire, ne pouvait souffrir la pensée de quitter le pouvoir. Son ambition tenace [1] s’irritait, au lieu de se lasser, dans la lutte. ”
Baptiste Capefigue, La Présidence du Conseil de M. Guizot et la majorité de 1847… (1847)
“ Je n'accuse personne, mais j'affirme que nul ne peut se dire ni plus probe, ni plus honnête que MM. Guizot et Duchâtel ; l'un dont la vie austère n'a pas de besoins, l'autre que sa grande fortune met au-dessus du besoin. ”
Alexandre Dumas,
Revue des Deux Mondes
“ Tanneguy Duchâtel, au premier bruit, courut chez le dauphin, renversa tout ce qui s’opposait à son passage, pénétra jusqu’à la chambre où il était couché, et le trouvant accoudé sur son lit, et écoutant la rumeur qui arrivait déjà jusqu’à lui, sans perdre une minute, sans répondre à ses questions, l’enveloppa dans les couvertures de son lit, le jeta sur ses épaules robustes, comme une nourrice son enfant, et l’emporta. ”
Julien Lemer, Les femmes du monde (1876)
“ A côté de sa fille, la duchesse de la Trémoïlle, la comtesse Duchâtel est aidée dans les honneurs de son salon par sa bru, la comtesse Napoléon Duchâtel, née d'Harcourt. La jeune comtesse, très portée aux choses hippiques, rallie autour de son fauteuil tout l'élément sportif de l'hôtel de la rue de Varennes. C'est elle qui disait au moment de son mariage : « Le plus beau diamant a moins de prix pour moi qu'un cheval de race. » ”
Daniel Stern, Histoire de la Révolution de 1848
“ Au banc des ministres, M. Guizot, pâle, les traits contractés, paraît souffrir avec une égale irritation le concours inintelligent de ses amis et les attaques malhabiles de ses ennemis politiques. M. Duchâtel, soucieux, las, ennuyé, vient s’asseoir auprès de M. de Salvandy, dont la confiance superbe et le zèle retentissant ne semblent pas soupçonner un danger, même lointain. Près d’eux siégent M. Hébert, la menace à la bouche, le plus détesté des hommes de répression ”
Rodolphe Apponyi, Revue des Deux Mondes
“ N’ai-je pas raison, monsieur Duchâtel [4] ? demanda la duchesse à ce dernier, qui se trouvait là. Vous connaissez ce pays comme moi ; n’est-il pas vrai qu’on y est ignorant et malveillant ? — Oui, madame la duchesse, vous dites la vérité. Notre ignorance et notre vanité sont excessives. — Mais revenons à lady Cowley, reprit Mme de Dino. En arrivant ici, elle ne devra voir que la société officielle, les ministres, les dames de la Cour et celles qui vont aux Tuileries ; elle s’ennuiera prodigieusement, car ces dames sont de bien triste compagnie : — pardon ! ”
Adèle d’Osmond,
Mémoires de la comtesse de Boigne
“ Monsieur Duchâtel s’y rendit aussitôt. La Reine, toute en larmes, le supplia de donner une dernière preuve de dévouement au Roi en obtenant la démission de monsieur Guizot dont l’impopularité devenait trop compromettante. Monsieur Duchâtel se chargea d’effectuer la dissolution du ministère, et retourna au Palais-Bourbon. Peu d’instants après, monsieur Guizot déclara sa retraite, en annonçant que Sa Majesté avait fait appeler monsieur Molé pour former un autre cabinet. Bien des gens alors se persuadèrent la crise finie ; mais ce n’était pas le compte des entrepreneurs de ce fatal mouvement. ”
Auguste Nougarède de Fayet, La Vérité sur la révolution de février 1848… (1850)
“ M. Duchâtel s'en chargea; toutefois, par un motif ou par un autre, il ne donna aucun ordre à cet égard, et les arrestations ne furent pas effectuées. Toute la matinée, le roi avait reçu des rapports sur l'attitude de la garde nationale, et il avait lui-même entendu, dans la rue de Rivoli, les cris A bas Guizot! ”
Daniel Stern, Histoire de la Révolution de 1848
“ Ainsi que le ministère, il n’avait vu dans les premiers banquets qu’une fanfaronnade de l’opposition en goguettes. De ce grand bruit de paroles, pensaient les radicaux, il ne pouvait résulter qu’une modification dans les personnes, l’avénement d’hommes moins usés dans l’opinion que MM. Guizot et Duchâtel, et qui peut-être apporteraient au gouvernement, avec un peu plus d’initiative, une popularité nouvelle. ”
Daniel Stern, Histoire de la Révolution de 1848
“ Jamais M. Guizot, qui présidait le conseil, et M. Duchâtel, qui, au ministère de l’intérieur, était plus spécialement chargé de mener à bien l’entreprise des élections, n’avaient remporté de victoire plus facile et plus complète ; jamais ils n’avaient rencontré dans les mœurs moins d’indépendance et de vertu politique. Le goût des places et l’émulation d’un zèle servile semblaient devenus les seuls mobiles d’activité dans ce pays légal auquel seul ils avaient affaire et qui leur cachait l’autre. ”
Victor Hugo,
Revue des Deux Mondes
“ M. Guizot a cinquante-sept ans, la princesse en a cinquante-huit. À ce sujet, le roi disait un soir à M. Duchâtel, ministre de l’intérieur : — Guizot n’a donc pas un ami qui le conseille ? Qu’il prenne garde à ces femmes du nord. Il ne se connaît pas en femmes du nord. Quand une femme du nord est vieille et a affaire à un homme plus jeune qu’elle, elle le suce jusqu’à la moelle. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Un seul homme. Sans reproduire ici un parallèle toujours présent aux esprits, M. Guizot a porté le poids des débats, et quels débats, grand Dieu ! avec une puissance qui a ramené ses adversaires au respect. Il a toujours occupé la tribune avec une imposante autorité, plusieurs fois avec un admirable ascendant. La plus haute rectitude d’esprit et la fermeté d’un véritable homme d’état caractérisent l’éloquence de M. Duchâtel, dont l’influence sur les esprits pratiques augmente tous les jours. M. Dumon et M. Hébert ont partagé avec talent, avec énergie, la défense de la politique du cabinet. ”
Calmon-Maison, Revue des Deux Mondes
“ Le Duc de Nemours, dont les dispositions pour nous étaient les mêmes, n’a pas soufflé mot, et quant au Duc de Montpensier, il semble que, pour lui, la belle heure de notre départ ne soit pas assez tôt arrivée. Il faut en avertir M. Guizot, ajouta M. Duchâtel, allez-y, car je ne veux pas entrer dans la Chambre. Si j’y paraissais, je serais immédiatement assailli de questions. M. Hébert fut, en effet, prévenir M. Guizot qui parut fort surpris de la nouvelle apportée par M. Duchâtel et n’hésita pas à se rendre tout de suite chez le Roi. ”
“ COMTE DUCHÂTEL La tâche que j’entreprends m’inquiète et me trouble en même temps qu’un attrait puissant me force à m’y hasarder. Il s’agit de raconter la vie de mon ami le plus cher, du compagnon de mes meilleures années, du frère que je m’étais choisi, à qui jamais je n’avais cru survivre, et dont personne ne peut me rendre les trésors d’affection. ”
Daniel Stern, Histoire de la Révolution de 1848 (1869)
“ LouisPhilippe s'assombrit à cette pensée. Sa volonté s'affaissa. Il n'opposa plus qu'une résistance molle aux influences contradictoires et aux inspirations confuses qui se disputèrent les derniers actes de son règne. M. Duchâtel était dans le cabinet du roi quand y arrivèrent les premières nouvelles de la défection des légions. Comme il essayait d'atténuer la gravité de ces rapports, probablement exagérés, disait-il, la reine entra. Émue, agitée, elle s'exprima avec une vivacité qui ne lui était pas habituelle sur l'impopularité de M. Guizot. ”
“ Ces vues si justes, ces lueurs de bon sens passaient alors pour jeux d’esprit, pour paradoxes, et Duchâtel lui-même n’insistait pas, surtout en face du parti-pris, du ton railleur et du mauvais vouloir qui poussaient l’Angleterre à contredire nos sympathies. De part et d’autre, on en était venu à n’écouter que la passion, et, une fois l’orgueil national en jeu, tout changement de front devenait impossible. ”
Auguste Nougarède de Fayet, La Vérité sur la révolution de février 1848… (1850)
“ Il envoya donc un de ses aides de camp chercher le maréchal, et en même temps, afin de contre-signer la double ordonnance qui lui donnait le commandement de la garde nationale et des troupes et afin d'avoir leur conseil, il fit mander MM. Guizot et Duchâtel. Plusieurs fois, dans le cours de la soirée, il s'était plaint de ne pas les voir, et en particulier de ne recevoir de M. Duchâtel aucune — 171 — nouvelle, aucun rapport quelconque sur l'état de Paris. ”
“ Il est vrai qu’au moment suprême, craignant de se commettre vis-à-vis des économistes de profession et sentant sa propre incompétence, l’Académie ne se hasarda pas à décerner le prix. Ce fut donc le public qui devint juge du concours. Le travail de M. Duchâtel une fois publié reçut, malgré la nouveauté des idées qui s’y produisaient, l’accueil le plus empressé, et fut placé au rang qui lui appartenait. ”
“ Je dois dire cependant que pour Duchâtel c’était la condition première qui seule lui avait permis de souhaiter cette grande fortune. Sans être romanesque, il avait l’âme si fière et si délicate que toute femme qui aurait semblé ne pouvoir pas lui plaire, fût-elle encore dix fois plus riche, ne l’aurait jamais fait sortir du célibat. Et même il lui fallait cette condition de plus, que sa compagne s’accommodât aux exigences de la vie politique. ”
Henri Fargues, Tanneguy Duchatel, ou Réhabilitation d'un Breton… (1884)
“ Averti du danger par les cris de victoire des conjurés, le prévôt accourt, et avec l'esprit de décision qui le caractérise, il saisit le jeune dauphin, enroule une couverture autour de son corps, et l'emporte à la Bastille où. un grand nombre de ses partisans viennent le rejoindre. La révolution bourguignonne triomphe et frappe autour d'elle de terribles coups. Duchâtel est destitué de ses fonctions et remplacé par un affidé de Jean-sans-Peur. ”
“ Je ne sais rien en effet de plus étroitement lié dans mon souvenir, pendant la période dont il s’agit ici, que le Globe et M. Duchâtel : non que le jeune économiste fît de cette œuvre commune son affaire propre en quelque sorte, que de sa personne et de sa plume il y prît une part plus active que le plus grand nombre d’entre nous, ni même qu’il se mêlât d’en contrôler la marche et l’administration, d’empiéter sur les droits de la direction et de la gérance, il n’avait garde d’en prendre le souci ”
“ En plus d’une occasion, bien que ministre de l’intérieur, M. Duchâtel dut prendre une part active à des débats de finances ou de travaux publics, et chaque fois avec une autorité, une largeur de vues, une abondance d’idées, qui laissaient voir ce que ces grands intérêts auraient pu devenir sous sa direction immédiate et constante, si au lieu de n’en parler que par hasard et comme au dépourvu, pour pallier une faute ou soutenir un projet en détresse, il avait étudié lui-même les questions, préparé, combiné les projets qu’il aurait dû défendre. ”
Ernest Denormandie,
Temps passé, jours présents (notes de famille…
(1900)
“ Malgré ces obstacles apportés à sa carrière, il se maria le 7 février 1794 par le ministère d'un prêtre déguisé, dans un modeste appartement, et se réfugia dans les Bureaux du Domaine National où M. Duchatel, directeur, lui procura une occupation. ”
Camille Cardonne, Le Roi, la Chambre, le Ministère… (1839)
“ M. Duchâtel publia, sur ces matières, quelques écrits et des articles dans le Globe, communément pensés et d'un style fort lourd. La Révolution de Juillet le prit comme par la main, et, grâce à la - 76 — protection de M. Guizot, elle le conduisit à la députation, et ensuite au ministère. Quelques semaines après son entrée dans la Chambre, l'influence des doctrinaires lui faisait donner un portefeuille. Plus tard, il a fait un mariage de plusieurs millions. Il ne manque pas de mérite dans les parties qu'il a étudiées ”
“ Ils accoururent à qui mieux mieux, et Duchâtel un des premiers, apportant pour son contingent une ample provision d’études sur l’économie politique. Chacun s’enrôla de la sorte selon ses aptitudes ou ses prédilections, et c’est ainsi que fut formée cette association intellectuelle qui pendant près de six années, non-seulement en matière de goût dans les régions de l’art, mais dans le champ de la législation, de la morale et de la science politique, combattit corps à corps les préjugés que la révolution, l’émigration, l’empire, avaient successivement enracinés chez nous. ”
“ Notoirement outragée, la chambre usait d’un droit incontestable, mais d’un de ces droits qui, pour être efficaces, veulent être exercés avec grand à-propos. Or certains membres de la majorité, des moins timides, et Duchâtel était du nombre, pensaient que l’occasion était loin d’être bonne, que ce genre de répression devait exaspérer plutôt qu’intimider la presse, et que la cause de l’ordre et de la vraie liberté ne gagnerait pas dans cette aventure tout ce que l’assemblée risquait d’y perdre ”
“ Ce fut déjà pour Duchâtel presque un retour en France lorsqu’au bout de deux jours il retrouva sur le sol d’Angleterre sa femme et ses enfans. Dans ce libre pays, les marques d’intérêt, de sympathie, d’estime, les soins hospitaliers, les ressources d’esprit ne pouvaient lui manquer, pas plus que les sujets d’étude dès que le cœur lui dirait de les mettre à profit; mais aux premiers momens la France seule attirait ses regards comme elle absorbait ses pensées. Il est vrai que la France méritait bien alors qu’on lui prêtât quelque attention. ”
Epingles politiques. 1832-1844 (1880)
“ « Que le faubourg Saint-Germain, maintenant, nous » reproche de ne pas posséder toutes les mar» quises! » (*) Duchâtel (Charles-Jacques-Nicolas, comte) , né à Rouen, le 29 mai 1751, membre du conseil des Cinq-Cents (1793) , conseiller d'État et directeur des domaines impériaux (1808) . Créé comte, il siégea à la Chambre sous la Restauration (1827-1832) . Nommé pair de France l'année suivante, il mourut à Paris en 1845. 1843 Nous apprenons que Monsieur Guizot vient d'accepter la livrée anglaise, de la veste, il n'a plus qu'à passer la manche. ”
A. Leplieux, À la province ! coup d'oeil d'un provincial sur la rue de Poitiers… (1849)
“ Cependant MM. Guizot et Duchâtel, qui n'entendaient pas raillerie sur le chapitre de leur politique et des réformes, voyant le retentisse ment dangereux des banquets et l'effet qu'ils produisaient sur les populations, résolurent d'y mettre un terme ”
Jules Du Camp, Histoire de la Révolution de Février… (1850)
“ M. Guizot quitte son banc pour aller au bureau lire l'accusation. Il sourit dédaigneusement. « Il avait beaucoup lu et beaucoup écrit l'histoire, — dit un historien, acteur de ces journées, — Son âme forte et haute en aimait REVOLUTION DE FEVRIER. 19 les grands drames. Son éloquence recherchait les occasions retentissantes dans l'avenir. Son regard aspirait le combat. Il bravait une accusation contre laquelle il était défendu dans l'enceinte par une majorité incorporée à sa personne, et couvert en dehors par une monarchie et par une armée. » Un moment après, M. Duchâtel entra dans la salle. ”
