Résumé

Portrait de Lucie Delarue-Mardrus Lucie Delarue-Mardrus Mes mémoires. Souvenirs littéraires

À droite, on voyait, tout proche, l’estuaire, par delà le premier étang, couleur de vert-de-gris, tant les herbes l’envahissaient.
Tout à coup, la maison apparaissait, solide, épaisse sous son toit Louis XIII, et flanquée d’un lierre immense qui l’enveloppait comme une cape. Des rangs de lis rouges et de lis blancs conduisaient, proches de la serre, à la grande pelouse au bout de laquelle coulait, copieuse, dans le second étang, une source éternelle et chantante ; et, débordé jusque-là, le parc se mirait dans l’eau maçonnée, plus claire et plus réfléchissante qu’une glace de Saint-Gobain.
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J’eus plaisir à revoir les meubles de la Roseraie. La cathédrale se mirait dans les glaces de toutes les pièces. Les dimanches, conviée par notre voisin, le chanoine Pisani, j’allais m’asseoir dans l’orgue, à côté de Vierne, le fameux organiste aveugle, qui faisait semblant d’y voir et parlait toujours de la couleur qu’avaient les nuages au-dessus des tours.
Cette année-là, nous passâmes les mois chauds à Honfleur, dans l’hôtel du Cheval blanc, comme il sied. Mon mari rêvait de bâtir une maison aux environs de la ville. Il sentait qu’il me fallait malgré tout une racine dans ma terre natale.
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Tous les poèmes que j’ai écrits sur la mer, dans Occident, sont nés de ces journées errantes. Je trouvais tout naturel d’être ce que j’étais. On m’eût bien étonnée en me disant qu’il était au moins étrange d’être habillée de cette façon et d’arpenter éternellement cette grève, quand j’appartenais à ce milieu bien bourgeois, en somme, qui remplissait de sœurs, beaux-frères, parents, neveux, nièces et domestiques la grande maison où je rentrais pour les repas en famille et sagement dormir, les nuits, aux côtés de ma dévote sœur, dans notre chambre de jeunes filles.
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