M. Élisée Reclus

Résumé

M. Élisée Reclus Le Tour du monde

Il n’est guère de vallée des Pyrénées et des Alpes qui ne se vante d’avoir un pont construit par l’architecte des enfers, mais ces travaux méritent rarement le nom que les montagnards leur ont orgueilleusement donné. Le pont de Saint-Christophe, lui-même, n’offre rien de bien diabolique ; en revanche, la gorge d’où sort le torrent du Diable, et plus bas, l’abîme où il se perd, offrent un spectacle vraiment infernal. En amont, du côté des glaciers de la Selle, l’eau jaillit d’une étroite fissure entre deux rochers perpendiculaires striés de couches noires comme des bancs de houille.
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M. Élisée Reclus Le Tour du monde

De ce col, on jouit d’une vue vraiment ravissante sur la forêt de mélèzes et les cultures du plateau : au delà du promontoire de Ville-Vallouise se dresse le Mont-Pelvoux sur un entassement de montagnes neigeuses ; à leurs bases se contournent la vallée du Gir, et, plus loin, celle d’Aile-froide jusqu’aux glaciers Blanc et de l’Encula, dont la surface semble hérissée de vagues comme une mer agitée par l’orage.
La Vallouise forme un monde à part, et rien ne serait plus facile que d’en faire une véritable forteresse de montagnes.
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M. Élisée Reclus Le Tour du monde

Un léger brouillard de vapeurs et les couches d’air vaguement azurées jettent un voile transparent sur les rochers épars de la base ; à droite et à gauche du clapier, des ruisseaux descendus des neiges supérieures bondissent dans la vallée du Vénéon et secouent au vent leurs ondoyantes cascades : on n’aurait soi-même qu’à faire un pas pour tomber de chute en chute dans l’abîme effrayant, si profond qu’il semble appartenir à un autre monde.
Cette étroite vallée, plus nue et plus sombre en certains endroits que la combe de Malaval, ne mérite pas d’être célèbre uniquement à cause de son clapier.
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