Paul de Molènes

Résumé

Paul de Molènes Les Soirées du Bordj

Mon cher docteur, je crois que Dieu veut bien nous aimer, et j’ai une passion violente pour la prière.
On se demande pourquoi les philosophes ont cette sécheresse qui nous rebute, ce froid glacial qui nous oppresse au milieu des magnificences de leurs œuvres ; c’est tout simplement parce qu’ils ont chassé de leur cité la prière et l’amour, ce qui fait la religion chrétienne et la foi catholique.
« Pourquoi prierais-je Dieu ? » dit Jean-Jacques. Je répondrai : Pour tout. « Je ne désire par d’honneurs. » s’écrie-t-il. Je ne crois pas, mon cher docteur, que l’ambition me tourmente beaucoup.
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Paul de Molènes Les Soirées du Bordj

Il y a un monde où je sens de la douceur, du bien-être, cette bienfaisante et mystérieuse chaleur de l’espérance et de l’amour ; il y a un monde où j’ai froid : ce monde où le froid me saisit, c’est celui où l’on n’offre pour nourriture à mon ame que des idées de philosophes, où, au lieu du Père qui est aux cieux, qui nous délivre du mal et nous donne notre pain de chaque jour, on veut me faire adorer le dieu de Jean-Jacques, un dieu qui dédaigne ma prière, ne s’associe pas à mes combats, ne sait pas mes douleurs, un dieu qui voit l’ordre universel et ne me voit pas.
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Paul de Molènes Les Soirées du Bordj

En définitive, l’éclat de l’or, l’harmonie de l’orgue, les parfums de l’encens, viennent aussi bien de Dieu que la grandeur des montagne, la transparence du ciel et la mystérieuse étendue de la mer. Si l’or, l’encens et l’orgue peuvent donc nous être parfois des ailes pour nous emporter vers Dieu, je crois que nous ne devons pas repousser leur secours ; mais ce qui vous irrite encore plus, docteur, que la pompe du catholicisme, c’est l’espèce de cour céleste dont nous entourons Dieu. Je suis sûr que l’hommage rendu aux saints vous atteint dans votre foi politique.
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