Résumé

Pierre Caillet Épis et bluets, poésies. Préface par Eugène Pelletan… (1864)

Quoi! rien ! pas un désir, pas une fantaisie, Si ce n'est de cuver l'absinthe ou le cognac, Et le ventre au soleil, comme un pacha d'Asie, De suivre d'un oeil mort les vapeurs du tabac.
Juvénal, lève-toi! prends un fouet de vipères; Vieux Dante! rouvre encor les cercles de l'enfer; Chassez-moi, chassez-moi dans leurs affreux repaires Tous ces adorateurs de l'or et de la chair !
Mais non ! non! c'est assez pour nous de flétrissures. Grâce! nous guérirons de cette lâcheté. Comme des chiens galeux qui lèchent leurs blessures, Nous-mêmes panserons notre immoralité.
Source : Gallica

Pierre Caillet Épis et bluets, poésies. Préface par Eugène Pelletan… (1864)

Les oiseaux amoureux mêlent leur gai ramage Aux soupirs de la brise et des arbres en fleurs; De beaux insectes d'or flottent sur le feuillage; Avril étale aux yeux ses plus fraîches couleurs, Et le soleil sourit dans l'azur sans nuage. — Jeune femme, pourquoi, pourquoi verser des pleurs ?
Pourquoi? La vie est triste et longue est la journée, Quand il faut la passer seule, dans un salon, L'hiver, dans un fauteuil près de la cheminée, L'été, l'oeil sur la rue ou bien sur le vallon. A s'ennuyer d'un bout à l'autre de l'année, L'été comme l'hiver, certes le temps est long.
Source : Gallica

Pierre Caillet Épis et bluets, poésies. Préface par Eugène Pelletan… (1864)

Que j'épanche ma bile en criant anathème Sur l'absinthe qu'on dit la cause de ta mort ; Car je t'ai regretté, poète, car je t'aime, Et je sens qu'un regret douloureux et suprême, Hélas ! avait rempli ton âme jusqu'au bord, Et que ton rire était triste comme un remord.
Il fallait qu'elle fût bien vive, ta souffrance, Pour dévorer ton coeur, de même qu'un fruit vert Qu'a flétri pour jamais la morsure d'un ver; Pour t'enlever, si jeune, à la belle espérance Et te précipiter dans cette indifférence Qui ne t'a rien laissé, rien qu'un dédain amer !
Source : Gallica

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