Résumé

Souvenirs d'un déporté. Etapes d'un forçat politique… (1880)

Malasséné !
Malasséné ne détourna pas la tête. Il n'entendait rien.
En ce moment, la porte de la cage s'ouvrit. Je ne vis pas d'abord qui entrait. La tempête, qui continuait, avait créé une demi-obscurité.
Mon coeur battait.
Jamais je n'avais craint aussi vivement d'entendre le juron qui annonçait Nutzbaum.
Ce qui entrait, c'était une forme noire, indistincte pour moi.
Tout à coup, la forme parla et dit :
— Que la paix soit avec vous !
C'était l'aumônier de la Virginie.
L'aumônier du bord était un homme grand et maigre. Sa voix était très douce. Il avait les yeux d'un brave homme.
Source : Gallica

Souvenirs d'un déporté. Etapes d'un forçat politique… (1880)

Vous êtes blessé?
— C'est le rasoir, lui dis-je.
— Comment! on vous fait raser par un temps pareil? — N'est-ce pas, dit Malasséné, que c'est de la vraie
méchanceté ? J'ai blessé le chef de cage. On ne peut pas se tenir debout. L'aumônier s'éloigna en disant :
— Je vais parler au commandant:
Le temps était toujours sombre, la corvette toujours ballottée et jetée d'une vague à l'autre.
La pluie tombait comme un déluge.
De minute en minute grondait la foudre et notre cage était sillonnée d'une lueur bleuâtre qui entrait par les sabords.
Source : Gallica

Souvenirs d'un déporté. Etapes d'un forçat politique… (1880)

Au même instant un coup de sifflet déchira l'air dans le lointain. Nous reconnûmes le sifflet du gardechiourme.
La scène changeait d'aspect.
— Nous sommes perdus, me dit Lacaille, à moins que nous n'invitions le forçat de droit commun à s'évader avec nous.
— C'est impossible, répondis-je. Nous n'avons pas le droit de déshonorer notre évasion.
— Eh bien ! alors, quittons la côte et ramons.
Je me tournai vers la pleine mer. Le navire avait traversé l'anse et n'était plus visible. Lacaille, à son tour, regarda du côté de l'amirauté. — Il est trop tard, dit-il avec abattement.
Source : Gallica

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