“ La théorie répond bien à ce que l’on s’imagine. Le Dalaï Lama est effectivement considéré comme l’autocrate par excellence, non seulement souverain, mais possesseur, sans partage, du pays entier et de tout ce qu’il contient. Les productions naturelles du sol, tant végétales que minérales, les animaux sauvages aussi bien que le bétail, les marchandises diverses, les produits, quels qu’ils soient, du travail des habitants, et ces habitants eux-mêmes, enfin, passent pour appartenir, de droit, au Dalaï Lama. ”
Dalai Lama
Définition et enjeux
Citations sur “Dalai Lama”
Conrad Malte-Brun,
Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde…
(1853-1854)
“ Lorsqu'on se présente devant les deux principales incarnations divines, le Dalaï-lama et le Bandjïn ou Bantchan-lama, on doit aussi leur offrir un mouchoir ou une écharpe de soie, mais il n'y a pas réciprocité de leur part. Le salut, en approchant de ces grands personnages, consiste à se découvrir la tête, en croisant les bras sur la poitrine, et en tirant la langue roulée en pointe. Un homme qui en rencontre un autre d'un rang supérieur ôte son chapeau et se range de côté en baissant ses bras, La législation du Tibet n'annonce pas plus que les mœurs une civilisation avancée. ”
Gratien-Michel Ollivier-Beauregard, Kachmir et Tibet, étude d’ethnographie ancienne et moderne
“ Le Tibet qui depuis l’année 1750 relève politiquement de la Chine [12] est, on le sait, la terre d’élection et de prédilection du bouddhisme, et le Dalaï-lama [13] , incarnation continue, perpétuelle et divine du Bouddha, le Dalaï-lama, chef suprême du bouddhisme, domine au Tibet toutes les consciences. L’importance religieuse du Dalaï-lama est immense et l’attraction qu’elle exerce est telle, que toute la contrée semble ne plus être qu’une immense ruche de religieux [14] auxquels s’adjoignent, comme complément national, des artisans et des pasteurs. ”
L. de Miloué, Annales du Musée Guimet
“ Le Dalaï-Lama est en réalité simplement le chef de la secte orthodoxe devenue prépondérante depuis 1642, époque où son Grand Lama fut investi par les empereurs de Chine du pouvoir spirituel et temporel, et, en dépit de l’infaillibilité que lui donne sa filiation (si l’on peut s’exprimer ainsi) divine, son autorité spirituelle et doctrinale est fréquemment contestée par les sectes dissidentes qui le considèrent cependant comme chef universel de la religion et le vénèrent en tant que véritable incarnation et représentant sur la terre de Tchanrési. ”
Perceval Landon,
A Lhassa, la ville interdite : description du Tibet central et des coutumes de ses habitants…
(1906)
“ Elle prit immédiatement sur le Dalaï Lama lui-même : avec enthousiasme, sans consulter même les autorités nationales, il sauta sur les propositions du Bouriate, et résolut d'aller en personne à Saint-Pétersbourg. Un coussin sacré, sur lequel il assit sa divine personne lors d'une audience accordée par le tzar, et un magnifique codex aureus de sa bibliothèque privée, prirent place dans le musée impérial; et les bords de la Néva conservent ces précieux souvenirs d'une politique qui faillit russifier le plus autocratique et le plus farouchement religieux des royaumes de l'Asie. ”
Perceval Landon,
A Lhassa, la ville interdite : description du Tibet central et des coutumes de ses habitants…
(1906)
“ Le Dalaï Lama se trouva dans la position d'un homme qui, ayant frayé les voies à une grande puissance, n'en peut attendre aucun soutien; du côté de l'Angleterre il n'avait rien de bon à recevoir : une demande de satisfaction et des représailles qu'il avait lui-même provoquées. Pendant ce temps-là, les pieux citoyens de Lhassa murmuraient contre leur divin chef spirituel. Ils se disaient à l'oreille que le Lama du Potala, comme on l'appelle souvent, après avoir mis en prison les Shapés, était en train de consommer sa folle entreprise en poussant son pays et lui-même à sa perte. ”
L. de Miloué, Annales du Musée Guimet
“ Du haut en bas de l’échelle sociale, tout le monde fait du commerce au Tibet. Le Dalaï-lama, le Pantchen Rinpotché, le vice-roi, les ministres, les khampos, et les hauts fonctionnaires, à qui leur dignité défend de mettre eux-mêmes la main aux affaires, ont tous des intendants chargés de trafiquer en leur nom et à leur bénéfice ; chaque monastère possède un économe qui spécule, monopolise, accapare, agiote, escompte, prête à usure pour la plus grande gloire du Bouddha et le plus grand profit du couvent ”
“ Le dalaï-lama ne peut revêtir sa dignité que muni d’un diplôme en règle signé par l’empereur ; et il en est de même du taschi-lama et des supérieurs des grands couvens du Thibet. D’ailleurs le gouvernement de Pékin n’admet point qu’au cours de sa réincarnation, le dalaï-lama puisse, en vertu de sa nature divine, échapper, d’une manière quelconque, à l’autorité impériale, et, le cas échéant, il s’arroge le droit de retirer tout pouvoir au dalaï-lama qui a cessé de plaire. ”
L. de Miloué, Annales du Musée Guimet
“ Ce sont les Lamas incarnés ou Bouddhas vivants, Khoubilgans et Khoutouktous, au-dessus desquels trônent le Pantch’en Rinpotch’é et le Dalaï-Lama. D’une façon générale, un Lama incarné, populairement dénommé « Bouddha vivant », est un personnage qui passe pour être sur la terre le représentant réel de quelque Bouddha, Bodhisattva, dieu ou saint, dont l’âme, ou l’esprit, s’est incarnée en lui, au moment de sa naissance, et passera après sa mort dans le corps de l’enfant destiné à devenir son successeur dans les fonctions religieuses qu’il remplit. ”
Perceval Landon,
A Lhassa, la ville interdite : description du Tibet central et des coutumes de ses habitants…
(1906)
“ « Nous autres Anglais, nous sommes un singulier peuple : nos cartes ne sont pas bonnes, et à chaque étape que nous faisons, nous sommes comme des enfants dans un grand bois. C'est pourquoi nous plaçons ce fil, afin que, notre affaire conclue avec le Dalaï Lama, nous puissions retrouver la route par laquelle nous sommes venus, et retourner en Angleterre aussi vite que possible ». Inutile de dire que rien ne pouvait mieux garantir le fil de tout dommage, car le seul désir des Tibétains était d'être débarrassés de nous au plus vite. ”
“ Ce n’est pas au Dalaï-Lama seul qu’est due la singulière fascination émanant du « Pays des Neiges [1] ». Il est, par excellence, la terre de la magie, du merveilleux. Un monde de génies, de fées et d’enchanteurs a toujours hanté ses solitudes désolées. Les dévots voyageurs qui se hâtent vers Kra-sis-lhum-po ou vers Lhassa ont mille sujets, mille buts divers qui les attirent. ”
L. de Miloué, Annales du Musée Guimet
“ La rupture est près de se faire entre le pouvoir temporel et le spirituel ; de sourdes rumeurs circulent dans la population et parmi le clergé relatives à un conflit près d’éclater entre le Dalaï-lama et son compétiteur le Pantchen Rinpotché ; on répand mystérieusement le bruit que le Dalaï-lama en est à sa dernière incarnation et que le Pantchen Rinpotché ne renaîtra plus au Tibet, mais dans la Mongolie, d’où il reviendra à la tête d’une croisade de fervents bouddhistes expulser l’envahisseur chinois et rétablir la religion dans sa pureté primitive. ”
L. de Miloué, Annales du Musée Guimet
“ Quelle que puisse avoir été l’origine première de la croyance aux incarnations, un fait certain c’est qu’elle est universellement répandue au Tibet, adoptée, établie en dogme indiscuté, et que cette substitution d’un être divin à l’être humain s’effectue de la même manière (sauf quelques nuances d’étiquette protocolaire) pour toutes les classes de Lamas incarnés, qu’il s’agisse d’une divinité supérieure ou d’un simple saint tibétain, d’un Dalaï-Lama ou d’un modeste abbé de monastère de second ordre. ”
Pierre de Coubertin,
Histoire universelle — Tome I
“ Un prestige immense rayonna de sa personne sur toute l’Asie barbare. En 1577 menacé par une révolte de ses sujets laïques, le troisième Dalaï-lama fit appel aux Mongols qui le rétablirent sur son trône et, dans une diète solennelle tenue au Koukounor, proclamèrent le lamaïsme religion officielle de la Mongolie. ”
James George Frazer,
Les origines magiques de la royauté
(1920)
“ Il vivait, retiré loin des affaires de ce monde passager dans les profondeurs de son palais où, trônant sur un coussin et des tapis précieux, il recevait l'hommage de ses adorateurs, dans une salle où ne filtrait qu'un jour tamisé, mais qui resplendissait d'or et d'argent, et s'illuminait de l'éclat d'une multitude de torches (1) . Le Dalaï-Lama n'est nullement le seul homme de ces régions qui ait « posé » au dieu. Le ministère des colonies à Pékin tient un registre de tous les dieux incarnés de l'Empire chinois. ”
Perceval Landon,
A Lhassa, la ville interdite : description du Tibet central et des coutumes de ses habitants…
(1906)
“ Les riches, au Tibet, sont presque sans exception affiliés aux classes sacerdotales. La seule doctrine qui rattache le Lamaïsme à la pure religion de Gantama, la réincarnation, a donné lieu à un abus des plus cyniques : les Lamas l'emploient comme un levier politique. Le Dalaï Lama actuel — dont il n'est pas sûr que notre expédition ait affaibli le pouvoir sur les âmes de ses sujets — fit une soudaine découverte, fort opportune pour lui : c'est que TsongKapa, le grand réformateur du Lamaïsme, était réincarné dans la personne du tzar de Russie. ”
Léon Feer, Le Tibet (1886)
“ Avec un pareil système, il n’y a pas de décès du dignitaire sans que la dignité subisse un interrègne et une minorité. On dit qu’il existe, dans le monde lamaïque, cent cinquante à deux cents de ces « bouddhas vivants. » Tous n’ont pas la même importance ; la considération qu’ils obtiennent tient à la personnalité dont ils sont l’incarnation supposée. Le premier de ces personnages extraordinaires est le Dalaï-Lama, de Lha-sa, le deuxième est le Pantchen-rin-pot-che, de Tachiloumpo. ”
Perceval Landon,
A Lhassa, la ville interdite : description du Tibet central et des coutumes de ses habitants…
(1906)
“ Au physique, c'est un homme à puissante carrure et de haute taille, dont les yeux sont d'une obliquité peu commune. En face de ces trois hommes, les représentants et délégués divers des castes sacerdotales dirigeantes ne se départaient pas de leur respect traditionnel, et ne marchandaient pas au Dalaï Lama les hommages que le plus indépendant des Tibétains s'empresse de lui prodiguer; mais ils refusaient avec obstination de renoncer à leurs principes archaïques, à cette politique de réclusion qui avait été pendant si longtemps le salut du Tibet. ”
Perceval Landon,
A Lhassa, la ville interdite : description du Tibet central et des coutumes de ses habitants…
(1906)
“ Il y a longtemps que la divinité qui préside à ce temple s'est sauvée avec son maître, le Dalaï Lama; mais les offices continuent, et, pendant son absence, le temple est loin d'être négligé. Autant qu'on peut deviner le caractère d'un homme à l'aspect de sa maison, il est facile de voir que le Chef des Magiciens de Lhassa est un homme d'un goût sûr et délicat : dans toutes les parties du temple règne un ordre comme nous n'en avons pas vu trace dans aucun autre édifice du pays. ”
Léon de Milloué, Le Bouddhisme dans le monde, origine… (1893)
“ Un Dalaï-Lama n'est pas un homme comme les autres; il est une incarnation permanente du Dyâni-Bodhisattva Avalokitéçvara ou Tchenrési, le protecteur spécial du Tibet ; aussi est-il infaillible sur toutes les questions religieuses et temporelles. Ce dogme de l'incarnation est certainement une des conceptions les plus bizarres que l'on puisse imaginer ”
François Laouënan, Du brahmanisme et de ses rapports avec le judaïsme et le christianisme… (1884)
“ Ce prince ajouta à son empire la Chine méridionale, le Tong-king, la Cochinchine, le Pégu, le Tibet. Ce fut lui qui éleva à la dignité royale le Bodidharma ou Buddha vivant; et, comme celui qui vivait de son temps était un tibétain, Koublaï lui assigna une principauté dans le Tibet, avec le titre de Dalaï Lama ou Lama suprême. Telle est l'origine de la fondation du grand siège lamaïque du Tibet, de la hiérarchie et de certaines cérémonies ou symboles du culte des Lamas dont on a remarqué la ressemblance avec les institutions de l'Eglise catholique. ”
Perceval Landon,
A Lhassa, la ville interdite : description du Tibet central et des coutumes de ses habitants…
(1906)
“ Pour se défendre à l'avenir contre un pareil truquage dans un choix de cette importance, on adopta une nouvelle méthode : sur le conseil du chef des magiciens de Nachung choskyong, la découverte du nouveau Dalaï Lama fut confiée à la pieuse clairvoyance de Shartsé, abbé de Gaden. Cet homme, ayant reçu ses instructions, se rendit à Chos-kor, une plaine à l'est de Lhassa, et là, à la surface du lac Muli-ding-ki, put voir la nouvelle réincarnation, dans le sein de sa mère, une fleur de lotus. ”
Perceval Landon,
A Lhassa, la ville interdite : description du Tibet central et des coutumes de ses habitants…
(1906)
“ C'est lui dont l'âme, réincarnation elle-même du Bodisat Amitabha, s'est réincarnée dans le corps du Grand Lama de Tashi-lhunpo et ensuite, en tant qu'Avalokiteswara, dans celui du Dalaï Lama ou Grand Lama de Lhassa. Revenons à ce roi Ti-srong-de-tsan et reconnaissons qu'il faut lui accorder plus que de la science militaire ou que du zèle religieux : il vit bien que, si le Tibet offrait une demeure sûre à une religion que l'Inde, vers la même époque, rejetait doucement mais totalement, il devait en acquérir une importance énorme ”
Peter Simon Pallas,
Description du Tibet, d'après la relation des Lamas Tangoutes…
(1808)
“ Avec cette houppe de soie ( Badeng, ou en langue laïque Dchebang) , le Dalaï-Lama touche la tête de ceux qui viennent l'adorer à genoux. S'il s'en présente un grand nombre , quelques-uns des Lamas les plus distingués se placent à côté du siège de leur Pape, et lui soutiennent le bras droit avec lequel il tient son sceptre : ce siège , composé de plusieurs coussins , ressemble à un trône. Les docteurs laïques prient d'abord devant d'autres idoles; ensuite ils se prosternent devant le Dalaï-Lama, aussi souvent que le leur suggère leur dévotion ”
Emil Schlagintweit, Le Bouddhisme au Tibet
“ Nous connaissons en outre deux cas où, par considération d’intérêt public, le Dalaï Lama a accordé des dispenses pour le mariage à des lamas de sang royal. Un de ces cas est rapporté par le docteur Campbell, qui raconte qu’un prince de Sikkim a obtenu cette permission : un autre fait analogue est donné par Moorcroft, au sujet d’un Raja de Ladak [19] . Le vœu de pauvreté est une des institutions qui atteignent sérieusement la prospérité publique au Tibet, parce que les moines, si nombreux dans tous les pays bouddhiques, doivent vivre des contributions prélevées sur la population laïque. ”
Perceval Landon,
A Lhassa, la ville interdite : description du Tibet central et des coutumes de ses habitants…
(1906)
“ La première faculté dont ils aient à faire la preuve, est le pouvoir d'incarner leur personnalité sous une forme visible à Lhassa, Gyangtsé et Tashi-lhunpo, dans l'espace de quelques secondes. Une autre expérience, probablement plus difficile, consiste dans leur aptitude à s'évader par le trou de la serrure, de leur cellule bien et dûment close. Ces pouvoirs surnaturels, non seulement le moine que je connaissais, mais tous les sorciers et magiciens du pays, sans compter le Dalaï Lama lui-même, prétendent les posséder. ”
Collectif, Recherches asiatiques
“ Le Dalaï Lama et le vice-roi de Lhassa accompagnés de toute la cour, un des généraux chinois cantonnés à Lhassa, avec une partie des troupes qu’il commandoit, deux des quatre magistrats de cette ville, les supérieurs de tous les monastères du Tibet, et les ambassadeurs de l’empereur, se réunirent à Tichou-Loumbou pour célébrer cette époque importante de leurs institutions religieuses. ”
L. de Miloué, Annales du Musée Guimet
“ Cette victoire du parti dévoué aux Chinois amena bientôt après l’invasion de la province d’Ou par les hordes des Dzoungars, hostiles à l’influence chinoise, qui, commandées par Tsewang Arabdan et sous le prétexte de rétablir la religion dans ses anciennes formes, prirent d’assaut et pillèrent Lhasa en 1717, et déposèrent le Dalaï-lama récemment intronisé. À cette nouvelle, l’empereur Kang-hi fit franchir la frontière du Tibet à une puissante armée de Mandchoux et de Mongols. ”
L. de Miloué, Annales du Musée Guimet
“ On a pu voir des couvents — tels, par exemple, les lamaseries de Tchong-tien et de Hong-poû [14] — pousser la résistance jusqu’à se laisser assiéger et prendre d’assaut : on a vu en 1869 le vice-roi de Lhasa prendre la fuite devant une émeute de la populace menée par les lamas, et tout bas on murmure que le Dalaï-lama approuve et encourage ces actes. Il est vrai que, rentré à Lhasa après la mort du principal meneur, un lama nommé Pétchi, le Nomokhan pour mettre fin à une nouvelle révolte des grands monastères, fit trancher la tête de tous les supérieurs [15] ”
Collectif, Recherches asiatiques
“ L’ambassadeur chinois déroula pour lors son diplôme, et mit aux pieds du Lama les présens dont il étoit chargé. Les trois jours suivans, le Dalaï Lama se rendit dans le temple, auprès du Tichou Lama, et l’un et l’autre furent secondés par tous les prêtres dans l’invocation et le culte public de leurs dieux. Il paroît que ces rites complétoient la cérémonie de l’inauguration. Pendant cet intervalle, toutes les personnes qui étoient dans la ville furent nourries aux frais du public, et l’on distribua d’immenses aumônes. ”
